La fresque de la Théologie
Ce tableau, que l’on nomme aussi la Dispute du Saint Sacrement est cintré dans le haut. La partie supérieure représente la Sainte Trinité, dans une gloire formée d’anges. Aux côtés du Sauveur, sont assis la sainte Vierge et le Précurseur, avec six saints de l’Ancien et du Nouveau Testament de chaque ‘côté.
Au milieu de la partie inférieure de la composition, s’élève un autel avec le Saint Sacrement exposé, autour duquel se groupent quarante-trois figures, papes, évêques, théologiens et autres personnages pris du peuple, dont vingt à droite et vingt-trois à gauche.
Pour la désignation des personnages représentés dans le tableau, nous avons reproduit principalement, dans notre Histoire de Raphaël, les noms inscrits dans les nimbes des têtes, comme ceux d’Anaclet, de Bonaventura, de Thomas d'Aquin et autres. Quelques-uns de ces personnages sont des portraits, notamment Dante, Savonarola et fra Angelico da Fiesole ; il y en a quelques-uns qui sont tout à fait inconnus, par a is les deux évêques placés derrière saint Jérôme.
Vasari, qui parle de ces fresques, mais d’une façon fort embrouillée, cite au nombre des personnages qu’on y remarque : saint Francois, Dominique et Liranus; aucun indice ne saurait toutefois les faire reconnaître.
Nous n’avons rien affirmé, là où les noms nous ont paru incertains, et nous nous sommes souvent abstenu, pour ne pas tomber avec Bellori et Montagnani dans des assertions hasardées.
La Dispute du Saint Sacrement, le premier tableau que Raphaël ait exécuté au Vatican, rappelle les ouvrages des anciens maîtres florentins. Les figures du haut de la fresque sont disposées comme dans les peintures d’Orcagna au Campo Santo, de fra Angelico da Fiesole et de fra Bartolomeo. Dans la partie inférieure du tableau, où les figures historiques ne sont pas
1. Voyez à ce sujet la lettre que Raphaël adressa à son oncle en 1514 ; puis le Hemorie sul Coreggio, d’Ant. Raph. Menys,
précisées des types!, Raphaël leur a donné un caractère de portrait.
Comme manière de faire, cette fresque, ainsi que celles de Pérugin, offre encore les hachures dans l’exécution et les ornements rehaussés d'or. Mais l'expression de toutes les têtes est pleine de vie et il y a une parfaite analogie entre cette expression et le caractère des personnages représentés. Le goût avec lequel sont disposés les ornements d’or dans le ciel ne fait qu'augmenter sa splendeur symbolique.
Pour ce qui est de l'exécution matérielle de cette fresque, Raphaël acquérait déjà plus de facilité pendant son travail même, comme cela est surtout sensible au côté droit du tableau, et il n'eut plus besoin d’avoir recours aux retouches hachurées faites à la colle sur la fresque sèche.
Mais à quel degré de grandeur Raphaël ne s’élève-t-il pas dans cette composition qui, par sa profondeur et sa variété, son ordonnance harmonieuse et son admirable unité, surpasse de beaucoup tout ce qui avait été fait en ce genre jusqu'alors ! :
Aussi, cette grande page, malgré quelques inégalités dans l'exécution, doit-elle être rangée parmi les meilleures du maître, qui n’a jamais mieux combiné l'aspect majestueux de l’ensemble approprié au sujet, la noblesse de chaque figure prise isolément et la beauté des groupes.
Cette peinture, dont n’approche, disons-le, aucun ouvrage moderne, a de plus, sur les chefs-d’œuvre de l’art antique, cet avantage que lui donne une vive et profonde inspiration de l’art chrétien.
Cette fresque se distingue aussi sous le rapport de la couleur, car elle n’est pas seulement chaude et puissante de ton dans quelques parties, elle a encore une harmonie générale, qualité d'autant plus rare dans la peinture à fresque, qu'il s’agit de couvrir de grandes surfaces.
Pour bien comprendre ce que Raphaël a fait d'efforts pour atteindre à cette perfection, il faut connaître toutes les études qui nous restent pour ce tableau. Nous verrons combien il a modifié successivement ses premières esquisses qui, quoique très-belles, ne répondaient pas suffisamment, selon lui, à la clarté et à la puissance avec lesquelles il voulait exprimer son idée. ;
Quant à la fresque elle-même, il faut malheureusement constater qu’elle a beaucoup souffert. Non-seulement quelques couleurs sont tombées, mais elle est fendue en trois endroits. La première fente parcourt l’ouvrage perpendiculairement et coupe en deux la figure du Christ; la seconde, également perpendiculaire, descend jusqu’au bas du tableau et traverse la figure de saint Jean-Baptiste dans le haut, ainsi que celles de saint Thomas d'Aquin et de l'écrivain dans le bas; la troisième fente
4. Nous avons conservé l'expression que M. Passavant a formulée lui-même pour rendre son idée. (Note de l'éditeur.)
endommage la figure de Dante. On a récemment pris des mesures pour prévenir de nouvelles détériorations dans le crépi de la fresque.
Esquisses et études pour la fresque.
a.) Première esquisse pour la partie supérieure de la composition. Demi-cercle. Dessin lavé et rehaussé de blanc. — Dans l’œuvre de la collecttion S. Morys.
Gravée par Lelu, sur une teinte.
b.) Autre première esquisse pour la partie supérieure et inférieure de gauche. — Collection royale d'Angleterre.
ce.) Deux premières esquisses sur une même feuille, pour les groupes du bas à droite et à gauche. — Provenant de la collection Crozat; actuellement chez M. Reiset, à Paris.
Gravée par le comte de Caylus.
d.) Esquisse pour la partie inférieure, à gauche. Dessin à la plume et lavé à la sépia. — Dans la collection du prince Paul Eszterhazy, à Vienne.
e.) Étude d’une moitié de la partie inférieure de gauche. Figures nues. — De la collection Lawrence; actuellement dans la collection de Fnstitut de Staëdel, à Francfort-sur-Mein.
Gravé par le comte de Caylus, en contre-partie.
f.) Étude pour la partie inférieure de droite. Figures nues.— Ce dessin était autrefois dans la collection Crozat.
g.) Étude pour le saint Jérôme et deux autres figures, nues toutes trois. — Ce dessin se trouvait dans la collection S. Morys.
h.) Une tête étude, de grandeur naturelle, se trouvait dans la collection Crozat. — Ce doit être celle de Dieu le Père, laquelle, de la collection
S. Morys, passa à celle du Louvre, et qui semble être un fragment du
carton original. Cette tête est citée aussi par Richardson (t. II, p. 31) comme étant alors dans la collection Ten Kate, à Amsterdam.
i.) Esquisses pour la partie supérieure du tableau. Dessin de treize figures. — Dans la collection d'Oxford.
j.) Étude pour l'apôtre saint Paul, — Dans la collection d'Oxford.
k.) Trois angès et deux autres figures. — Dans la collection d'Oxford.
l.) Deux feuilles, avec des têtes d’évèques et deux sonnets. — Dans la collection d'Oxford.
m.) Légère esquisse, avec un sonnet autographe. Au Musée britannique à Londres. Nous avons publié un fac-simile de cette esquisse dans l'édition allemande de notre ouvrage.
n.) Esquisse pour la partie inférieure à gauche. Figures vêtues. — Dans la collection Albertine, à Vienne.
Gravé par le comte de Caylus. — Lith. par Pilizotti.
0.) S. Ambrosius et Petrus Lombardus, avec un projet de sonnet, — Dans la collection Albertine, à Vienne.
p.) S. Ambroise. — Dans la collection de Munich.
g.) Étude de draperie pour la Vierge. — Dans la Bibliothèque ambroisienne, à Milan.
r., Esquisse pour la partie supérieure de la fresque. — Dans la Bibliothèque ambroisienne, à Milan.
s.) Quelques petits anges, avec une étude pour une poitrine et le bras d’un homme. — Dans la collection de Florence.
t.) Étude pour la figure du sectaire, avec un projet de sonnet. — Au musée Fabre, à Montpellier. ;
u.) Étude pour la draperie du Christ. — Dans la collection Wicar, au musée de Lille.
v.) Une étude de draperie pour le S. Grégoire, — Se trouvait dans la collection de Sir Thomas Lawrence, à Londres.
æ.) Étude pour la partie supérieure des trois anges, à droite.
Gravée en fac-simile en contre-partie, par S. Pacini (1770). In-8° en largeur.
y.) Isidoro Grassi cite, dans son manuscrit : Notizie spettanti alla città di Parma, un grand dessin de la fresque entière, lequel se trouvait au palais San Vitali. Voy. Pungileoni, p. 219.
Gravures d'après la fresque.
Giorgio Mantuano, 1552, en deux feuilles. H. 19”; L. 31”. Bartsch, xv, p. 394, n° 23. — Gasparo Osello ou ab Àvibus, signée G. a P. F., 1565. Deux feuilles grand in-folio en largeur. — J.-B. de Cavalerijs, retouchée par Philippe Thomassin, 1617, avec l'adresse de Nic. van Aelst. Épreuves postérieures avec l'adresse J.-J, de Rossi, 1648. Deux feuilles grand in-folio en largeur. H. 18” 5”; 1. 30° 11°”. — Franc. Aquila, 1722, imprimé in-folio en largeur pour le recueil intitulé : Picturæ Raphaelis Sanctij Urbinatis ex aula el conclavibus palatij vaticani el sub auspicijs Innocentij XIII P. O. M. presso Lau. Phil. de Rossi. Ce sont en tout dix-neuf feuilles : seize peintures murales, deux plafonds et le frontispice. — Seb. Gantrel, in-folio en largeur. — Joh. Volpato, 1779, grand in-folio en largeur. — Giuseppe Mochetti, 1816, petit in-folio en largeur. — Nous attendons de J. Keller, à Dusseldorf, une gravure d’une grande dimension, d’après son dessin. — Landon, n. 185.
Gravures partielles de la composition.
a.) Saint Jean-Baptiste. — Bergler del., Jos. Guaiser fec. Prague. Légèrement à l’eau-forte. Petit in-fol.
b.) Les têtes des quatre théologiens, parmi lesquels un évêque à l'arrière-plan de gauche. — Belle eau-forte de Matt. Osterreich, 1747. Contre-partie. H. 5” 9”; EXT A +
c.) Plusieurs groupes. — Joannes Paulus Melchiori delin., Caiïetanus Blanci sculp.
d.) De même, par Andrea Procaccini.
e.) Les têtes du Dante et de Savonarola, par Paolo Fidanza, pour ses Teste di personnagi illustri, etc. (Roma, 1785.)
f.) Groupes séparés, par Blômert et Barbazza, 1749.
g.) Le groupe inférieur à droite. — Lith. par Groben frères, gr. in-fol,
h.) Les têtes de S. Ambroise, V. Scolus et Savonarola.— Gravé par Buschweyh, sur une feuille .