‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 54 sur 407 · Le Parnasse · texte numérisé non relu

Le Parnasse

Apollon, jouant du violon, est assis sous de petits lauriers à la source de l’Hippocrène, entouré des neuf Muses. Du côté droit, sur le même plan, se tiennent debout quatre poëtes épiques, parmi lesquels on reconnaît Homère, Virgile et Dante. Le quatrième serait, au dire de Bellori, le portrait de Raphaël lui-même, ce qui est aussi faux qu’invraisemblable. Au bas, à gauche, dans le groupe du premier plan, composé de cinq poëtes, hommes et femmes, il ne se trouve qu’un seul portrait : celui de Pétrarque. Les autres sont désignés comme étant Alcée, Anacréon, Sapho et Corinne. Vis-à-vis, de l’autre côté du tableau, sont huit poëtes, en avant desquels on reconnaît Pindare et Horace. Quatre de ces figures sont évidemment des poëtes italiens, mais leur désignalion est douteuse. Vasari cite encore, au nombre des poëtes représentés par Raphaël : Ovide, Ennius, Tibulle, Catulle, Properce, Boccace, et finalement Antonio Tebaldeo. Nous serions tentés de reconnaître ce dernier dans celui qui est le plus près de la Muse. Le poëte que Raphaël a placé au-dessus d’Horace représente Giacopo Sanazzaro, mais pourtant cette figure ne ressemble pas complétement au buste bien connu de Sanazzaro, qui est placé sur son tombeau à Naples. A côté de lui, on reconnaît le portrait de l’Arioste, vu de profil.

Nous avons déjà indiqué, dans la Vie de Raphaël, que, selon toute apparence, la figure de lApollon qui joue du violon doit être le portrait du celèbre improvisateur contemporain Giacomo Sansecondo. Nous ajouterons seulement ici que l’expression et la pose de la figure ne se concilient

1. Nous sommes surpris de ne pas trouver ici une notice sur les principales copies générales ou partielles qui ont été faites à différentes époques d’après la fresque de Raphaël. Ainsi M. Passavant ne parle même pas de la belle copie qui figure au musée du Louvre sous 1 n° 390 des Écoles italiennes, et qui fut exécutée par ordre de Colbert pour servir de modèle à une tapisserie. Dans ces derniers temps, une copie infiniment plus exacte et de la grandeur de la fresque a été peinte par les frères Balze, sous les yeux de M. Ingres, directeur de l’École de Rome. Cette admirable copie, destinée à l’école des Beaux-Arts de Paris, assure, en quelque sorte, la conservation de la peinture de Raphaël, qu’elle reproduit avec la plus étonnante fidélité.

Entre les innombrables copies qui existent de cette peinture, nous citerons, comme une des plus curieuses et des plus importantes, une belle étude de Nicolas Poussin, qui a copié ou plutôt imité une partie du sujet inférieur de la fresque. Dans ce tableau, qui appartient à madame Paul Lacroix, Poussin a donné son style vigoureux à la composition de Raphaël, en changeant à sa manière toute la gamme des couleurs. C’est donc une magnifique œuvre collective, pour ainsi dire, de Raphaël et de Poussin, Sur toile, H, 1,32; 1, 0,05. (Note de l'éditeur.)

pas trop bien avec le sujet. Car cet Apollon lève langoureusement les regards vers le ciel, tandis que, suivant l'esprit de la mythologie antique, le dieu des poëtes devrait trouver sa complète satisfaction en lui-même. Le mouvement de cette figure a d’ailleurs quelque chose de maniéré et les lignes n’en sont pas belles. Ce qui est d'autant plus surprenant, qu’on connaît une composition antérieure de Raphaël pour le Parnasse, composition dans laquelle ne se trouvent pas les principaux défauts de l’Apollon de la fresque.

Cette fresque, quant à son exécution, se rapproche beaucoup de la Dispute du Saint Sacrement, quoiqu’elle n’ait pas été terminée avec le même soin que le tableau précédent. Mais, en revanche, la lumière y est mieux distribuée, les draperies y sont traitées plus largement aussi.

C’est au sujet lui-même qu’il faut s’en prendre si cette composition n’a pas la même richesse d'invention, ni la même profondeur dans les caractères que la Dispute du Saint Sacrement. Mais, par contre, nous voyons là, dans le Parnasse, une image fidèle de la sérénité de la vie des poëtes en Italie à cette époque, car toutes les figures expriment cette sérénité.

Sur l'architrave de la fenêtre qui est au-dessous du tableau on lit: JVLIVS II. PONT. MAX. ANN. CHRI. MDXI. PONTIFICATVS. SVI. VIII.

Cette fresque semble avoir été exécutée en grande partie par Raphaël lui-même ; elle a un peu souffert.

Esquisses et études pour le Parnasse.

a.) Une esquisse de toute la composition, à la plume, passa de la collection de Sir Thomas Lawrence dans celle d'Oxford.

GRAVÉ : par Marc-Antoine. Bartsch, t. XIV, n° 247. — Copie de cette planche, par Ferd. Ruschweyh, 1830. — Landon, n° 412. — La partie supérieure seulement, avec deux Amours dans l'air; ancienne copie de l’école et d’après Marc- Antoine; en contre-partie; signé : RAPHAEL VRBIN. H. 7”; 1. 13”.

b.) Melpomène, tenant un masque. C’est la dernière Muse qui est au côté droit d’Apollon. Collection d'Oxford.

æ Gravée, dans le recueil : The ilalian School of design, par W. Y. Ottley. — Par S. Mulinari, d'après une copie qui est à Florence. :

c.) La tête d’une des Muses, avec une coiffure qui ressemble à un turban, à la gauche d’Apollon. Achetée dans la succession du feu roi de Hollande, par M. Colnäghi, marchand de dessins et de gravures à Londres.

Gravé par B. Picart, 1725.

d.) Les têtes d’'Homère, de Virgile et du Dante. — Dans la collection royale d'Angleterre.

e.) Le groupe avec Sapho sur le premier plan, à gauche. — Au Musée britannique.

f.) Étude de la draperie pour la figure d’Horace. — Au Musée britannique.

g.) La muse assise, Calliope, tenant une trompette. — Collection Albertine à Vienne.

Lith. par F. Pilizotti. — Sur la même feuille se trouve l’esquisse de la Muse vue de dos.

h.} La muse assise à gauche d’Apollon et tenant une lyre. — Collection Albertine, à Vienne.

Gravée par F. Ruschweyh.

i.) Dante, demi-figure. — Collection Albertine, à Vienne.

Gravée par A. Bartsch.

k.) Apollon jouant du violon. Étude d’après nature. — Collection Wicar, à Lille. 4

l.) Les pieds d’Ovide et d’Horace, avec la draperie du dernier. — Collection Wicar, à Lille.

Fac-simile des dessins de Raphaël, publiés par M. le duc de Luynes. «

Gravures d'après le Parnasse.

Par Seb. Vouillemont, en contre-partie, in-fol. en larg.— Jac. Matham, in-fol. en largeur. Bartsch, vol. IIL, p. 181, n° 199. — Franc. Aquila, in-fol. en larg. — P. Fidanza, in-fol. en larg.—Joh. Volpato, in-fol. en larg. — Giuseppe Mochetti, petit in-fol. en larg. — Franc. Putinati. Très-petite gravure sur acier. — Landon, n° 304.

Gravures partielles de la composition.

a.) Par D. Beyel. Deux muses, Clio et Érato, à gauche, derrière Apollon. — Aquatinta dans un rond. fn-4°.

b.) La tête de la muse Calliope. — Au pointillé, par un Anglais; dans un rond.

c.) La tête de l’Uranie, par F. Forster, 1839. In-fol.

Dans la maison Litta, à Milan, se trouve un tableau, en largeur, d’un Jugement de Marsyas, qui est attribué au Corrége. Ce tableau a été gravé en trois feuilles, par Giulio Sanuti, en 1582, et le graveur y'a introduit les Muses du Parnasse de Raphaël, qui ne se trouvent pas sur le tableau appartenant au duc Litta.

Plusieurs têtes tirées de cette fresque se trouvent dans l'ouvrage intitulé: Raccolta delle teste dei filosofi, dei Poeli, colle nove Muse ed Apollo, etc., nel Parnasso al Vaticano. Dis. da K. Agricola, inc. da diversi. Num. 51. à 30 baj. l’una (Roma, presso Agapito Franzetti).

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