Madonna di Loreto
Figure jusqu'aux genoux.
La sainte Vierge, debout, tournée à gauche, derrière la couche de l’enfant Jésus, lève le voile qui le couvre en étendant le bras droit en Pair. L'enfant, couché sur un coussin, étendant ses mains vers sa mère, est d’un mouvement vif et spirituel ; saint Joseph, appuyé sur un bâton, se tient derrière la Vierge. Un rideau pour fond. Figures de grandeur naturelle.
Ce tableau se trouvait autrefois dans l’église S. Maria del Popolo, à
{. M. Villot dit, dans son Catalogue des tableaux du musée impérial du Louvre (p. 2238 des Écoles italiennes, 6° édition), que «cette peinture, évidemment de la troisième manière du peintre, a dû être exécutée de 1515 à 1520, et ne peut par conséquent représenter ses traits. » Émeric David, dans la notice qu’il a consacrée à ce tableau (Musée français, de Robillard- Péronville), ne paraît pas éloigné de croire, malgré l'autorité de Mariette, que Raphaël s'est peint lui-même à l’âge de seize ou dix-sept ans dans ce tableau, qui serait ainsi un ouvrage de sa première manière : « Le fait est sans doute tres-délicat, dit-il; les couleurs sont liées et fondues avec beaucoup de soin; mais on sait que cette manière d’imiter la nature était familière à l’élève du Pérugin dès ses plus jeunes années, et il dut particulièrement s’y attacher dans cette occasion, où il voulait représenter le coloris d’un adolescent. Ce portrait présente d’ailleurs quelques imperfections qui semblent annoncer l’ouvrage d’un jeune homme; l’œil gauche, la main, le poignet ne sont pas dessinés correctement ; les cheveux manquent de légèreté. De semblables erreurs n'auraient point échappé à Raphaël daus un âge plus avancé.» (Note de l'éditeur.)
Rome, avec le portrait du pape Jules Il; il y était encore en 1675, puisque Sandrart ly a vu à cette époque. (Voy. Academia nobilissimæ artis pictoriæ , p. 121.) Les renseignements positifs manquent sur les destinées de ce tableau !; mais il est généralement accrédité qu’un Romain, du nom de Girolamo Lottorio, en fit don au trésor de Loreto, en l’année 1717: c’est de là que lui est venue sa dénomination actuelle. Sur le volet du tableau, volet qui à maintenant disparu, on lisait l'inscription suivante :
Pictorum principis Raphaelis Sanctii Vrhinatis opus quod Hieronymus Lottorius Romanus Sacræ domui Lauretanæ hæredi ex asse reliquit ad perennem pii testatoris memoriam Clemente XI P.0.M. annvente in Lauretano thesauro collocatum est Anno D. MDCCXVII.
Voyez l'ouvrage de Vincenzo Murri : Sopra la Sunta Casa di Lorelo, 4741, p. 205.
1. Les journaux du mois de juillet (4857) ont annoncé à grand fracas la découverte de l’original. Voici la note qui a été envoyée d'Italie à ce sujet, et qui ne peut être qu'une manœuvre habile de la part d’un marchand de tableaux :
On écrit de Florence, le 2 juillet, au Morning Post : « La découverte d’un véritable tableau de Raphaël est un événement qui intéresse non-seulement les artistes, mais les personnes -de goût de tous les pays. Vos lecteurs seront donc charmés d'apprendre que les plus hautes autorités existant en Italie viennent de déclarer que l'original de la Madonna di Lorelo était en la possession d’un M. Walter Kennedy Laurie, gentleman anglais, résidant à Florence.
« Cette déclaration émane des membres de l’Académie des Beaux-Arts de Rome et est ainsi conçue :
« Rome, le 3 juin 1857.
« Le signor commandatore, le président et les professeurs de la classe de peinture, se sont « réunis pour examiner le tableau soumis à leur appréciation par le chevalier Walter Kennedy « Laurie, représentant la sainte Vierge (demi-figure), ayant devant elle, reposant sur un linge, a l'Enfant divin qui cherche avec amour à embrasser sa mère, tandis que de ses deux mains « elle soulève le voile qui le recouvre: saint Joseph, qui est derrière, à gauche, regardant avec « admiration, etc. Les professeurs expriment à l’unanimité l'opinion que ce tableau est de a Raphaël d’Urbino, et de sa meilleure époque, et qu’il est dans un état parfait de conservation, à l'exception de quelques parties évidemment restaurées par une personne sans aucune capa-
« cité. Cette œuvre est tellement remarquable, que les professeurs expriment le désir qu’elle puisse être ajoutée aux richesses artistiques dont Rome est déjà en possession.
a Pietro Tuerani, président; Filippo Agricola, Tomaso Minardi, Ferdinando Cavalleri, Fran-
cesco Caglietti, Francesco Podesti, Natale Carta, Alessandro Capatti, Niccola Consoni, Paolo a Mercuri, Salvatore Betti, professeur et secrétaire perpétuel. »
« Par suite de cette déclaration, des instances ont été faites par le cardinal Antouelli auprès de M. Laurie, pour l’engager à céder le tableau au gouvernement romain; mais M. Laurie a préféré le conserver dans sa famille et l’a rapporté à Florence. » Malgré le magnifique certificat accordé à ce tableau par l’Académie des Beaux-Arts de Rome,
nous attendrons que le tableau ait été vu et jugé par les vrais connaisseurs, pour lui donner rang parmi les œuvres authentiques du peintre d’Urbin. (Nole de l'éditeur.)
Selon Rehberg, dans son Raphaël d'Urbin, p. 64, les Français avaient enlevé ce tableau, lors de l’occupation de Lorette, pour le transporter à l'Académie de France à Rome, où il (Rehberg) l'avait vu ; mais, au lieu de l'original, on n’aurait envoyé à Paris qu’une copie. Le baron A. Boucher Desnoyers, dans son appendice à Quatremère de Quincy, p. 35, pensait que l'original a été donné à un musée départemental de la France‘.
D'après d’autres renseignements, que nous ne garantissons pas, cet original aurait déjà été dérobé à Loreto avant l’arrivée des troupes francaises, et il se trouverait encore caché dans une petite ville d'Italie.
Le marquis Spinola crut reconnaître l'original dans une copie qui était depuis longtemps en son hôtel, à Gênes, et il vendit ce prétendu origmal, en 1847, au roi de Sardaigne.
Ce fait est rapporté dans le Galignani Messenger, de 1847.
Une autre copie appartenant à la veuve de feu le chevalier Laurie, à Florence, est, selon le jugement de Sir Charles Eastlake, d’une grande beauté et exécutée d’une manière tout à fait analogue à celle de Raphaël. Ce tableau étant depuis bien des années dans la possession de la famille ‘ de cette dame, ne saurait être par conséquent celui qu’on voyait autrefois à Lorette.
Nous citerons encore une autre copie qu'on dit également être l’original, et qui se trouve dans la possession de la duchesse Marie de Saxe-" Meiningen. Ce tableau, rapporté d'Italie à Paris par le général français Alix, comte de Freudentha!, a été fortement restauré. En 1808, le général le prit avec lui à Cassel et le déposa, en 1813, chez M. Louis Hummel, peintre, qui devint directeur de la galerie de cette ville. Plus tard, en 1825, le prince-héritier, puis électeur, Guillaume IT de Hesse-Cassel, l’acheta pour en faire présent à son épouse, grand’mère du prince George de Saxe- Meiningen, et celle-ci l’a légué à sa fille Marie, duchesse de Meiningen. Ho |. 2109": ‘
En tout cas, nous n'avons reconnu l'original dans aucune des répétitions de ce tableau que nous avons vues, Mais, par contre, il en existe beaucoup d’anciennes copies. Vasari en cite déjà deux peintes par Bastiano di San Gallo, nommé Aristotile, lesquelles se trouvaient de son temps à Florence; l’une chez les-héritiers d’Ottaviano de’ Medici, et l’autre chez Filippo dell Antella.
Voici les copies qui nous sont connues :
a.) Au musée du Louvre ?, on a exposé depuis 4821 une bonne ancienne
4. C’est à la commune de Morangis que fut donné ce tableau, par ordonnance royale du 27 juin 1820, quand on eut constaté que le prétendu original était une copie médiocre, que remplaçait avantageusement, au musée du Louvre, le tableau acheté par Louis XVIII. La remise du tableau fut effectuée par les soins de Landon. (Note de l'éditeur.) À
2. Ce tableau, acheté comme original, en 4816, par le roi Louis XVIIT, qui voulait autant
PAR RAPHAEL A ROME. 105 copie, mais qui a été fortement restaurée. Quoi qu'il en soit, elle a été acquise, pour cette galerie, avec quelques autres tableaux de peu d’importance, au prix de 400,000 fr.! Voy. Stuttgarter Kunstblalt du 20 décembre 1821.
Gravé par Villerey, pour la Galerie Filhol, in-8.
b.) M. Willet, si nous ne nous trompons, acheta de la galerie d'Orléans une copie de cette composition pour 300 liv. sterl. C’est sans doute cette copie qui fut vendue aux enchères, en 1835, à Londres, à M. Stanley. H.:25 03h28".
Gravé par A.-L. Romanet, pour la Galerie d'Orléans ; petit in-folio. — G. Bouillard ; petit in-folio.
c.) J.-Th. Richomme exécuta, après son retour d'Italie en 1813, une gravure grand. in-4°, d'après un dessin qu’il avait fait à Rome, d’après une copie attribuée à Jules Romain, {(Voy. Stuttgarter Kunstblatt du 20 décembre 1821.)
d.) Dans la galerie du duc de Marlborough, à Blenheim. Cette copie est médiocre.
e.) Dans la galerie Miles, à Leight Court, près Bristol. C’est une belle copie, mais sans le saint Joseph. Sur bois. |
f.) Dans la galerie de la Brera, à Milan. C’est une bonne copie ancienne, qui se trouvait auparavant dans l’église du monastère de Sassoferrato et qui, par cette raison, est aussi nommée Madonna di Sassoferrato. (Voy. Memorte storiche de Ricci, t. Il, p. 262.)
g.) Autrefois dans la galerie du cardinal Fesch, à Rome. Bonne copie de l’école de Raphaël. La carnation est un peu rouge brique.
k.) Dans la Chambre des conservateurs, au Capitole, à Rome. C’est une mauyaise copie.
i.) Dans l’église S. Agostino, à Rome. Au second autel, il y a un tableau dont le peintre s’est servi du motif de la Madone de Loreto, en y ajoutant des auges qui volent dans le haut et des roses sur la draperie blanche, ce qui fait qu'on la désigne par le nom de Madonna delle Rose.
k.) Dans la collection du cavaliere Carmine Lancelotti, à Naples. Copie de Fécole de Raphaël, mais dure de contours. Derrière ce-tableau, on lit : « Legato del Signor Principe Borghese alla Signora Costanza Eleonora. »
l.) Au musée de Naples. Cette copie était autrefois dans la galerie de
que possible remplir les vides laissés dans les collections du Musée par la reprise des tableaux et objets d’art réclamés par les Alliés de 1815, provenait du cabinet de M. de Scitivaux, Il a été catalogué, jusqu’en 1848, parmi les ouvrages de Raphaël, sous le n° 1186. M, Waagen l’avait très-vivement contesté dans ses Kunslwerke, etc., in Paris, 1841. Depuis, M. Villot, conservateur de la peinture, l’a classé dans son Catalogue, sous le n° 389 des Écoles italiennes, parmi les copies d’après Raphaël. Haut., 1 mèt. 21 cent. ; larg., 94 cent. (Nole de l'éditeur.)
l’abbaye de Monte Cassino, où elle était attribuée à Andréa del Sarto ; actuellement, on la croit de Perino del Vaga. Ce qui est une attribution très-arbitraire, en ce que le dessin en est très-médiocre et la couleur des chairs très-rouge.
m.) Dans la collection de M. de Canicof, ambassadeur de Russie à Dresde, on voyait une bonne copie, qui était attribuée à B. Garofalo.
n.) A Berlin, nous avons vu chez M. Charles Laird Wigram, de Londres, une belle copie tout à fait traitée dans la manière du Siciolante da Sermoneta. Dans cette copie, les doigts de l’enfant Jésus sont longs et forts ; la draperie bleue a des ombres brunes, d’une pâte légère; le pinceau dans les chairs est un peu mou et embarrassé, surtout dans le saint Joseph. Le coloris vert de la draperie rappelle la couleur des peintres de Ferrare. On assurait que le tableau, présenté comme l'original , provenait de Lorette.
o.) Feu le sculpteur Bystræm, à Stockholm, possédait une copie ancienne, mais peu remarquable.
p.) Une copie, aussi médiocre, se trouve également à Haarlem, dans la chambre des Juges, à l'hôtel de ville.
g.) Dans une chapelle de la cathédrale d’Avila, en Espagne (Vieille-Castille). Copie très-bien peinte : un ange dans le haut a été toutefois sjoué à la composition du maître.
r.) Dans la collection de M. Campana, directeur du Mont-de-Piété à Rome.
s.) En la possession du duc d’Aumale, à Chiswick, près Londres. Belle copie, d’un coloris très-clair.
t.) Dans la Galerie à Bruxelles. Copie médiocre,
u.) Dans la pharmacie du Collegio Romano, il y avait une petite copie (4.587971, 7°471/9)que Leroux d'Agincourt a fait graver dans son ouvrage, pl. 185.
Esquisses et études pour la Madone de Lorette.
Dans la collection Wicar, à Lille, se trouve une feuille avec plusieurs esquisses à la pointe d’argent, d’après un enfant. Parmi ces esquisses on reconnaît celle de l'enfant Jésus pour ce tableau.
Une esquisse, « pour la Madonna di Sassoferrato (Loreto) », à la pointe d'argent, est citée par Longhena (p. 707), comme se trouvant en la possession de la comtesse Constanza Monti, veuve Perticari, à Pesaro. Sur le revers de ce dessin on lit la nomenclature des prophètes, écrite de la main de Raphaël.
Une autre esquisse, à la sanguine, qui était dans la collection du général Morrison, est citée dans les Notices illustrative, etc., de H. Rexeley, publiées en 1787.
Citons encore les gravures d’après cette composition, sinon d’après le tableau original, par Michele Lucchese, 1553, in-fol. Du côté opposé. — Giorgio Mantuano, 1575. Épreuves postérieures de 1602. Bartsch, t. XV, p. 385, n° 5. — Gravure ancienne, anonyme ; du côté opposé. H. 10”; 1. 8° 4”. — Paulus Caronni, Longhi dir. Faible planche, gr. in-4°. — Landon, n° 148.