Madone de la maison d Albe
Sur bois; dans un rond de 3° 3” de diamètre.
La Vierge, assise à terre, au milieu d’un paysage, tient l’enfant Jésus de la main gauche, tandis que de la main droite elle a un livre ouvert. L’enfant enlace, avec son bras gauche, le cou de sa mère, et de sa main droite saisit la petite croix que lui présente le petit saint Jean en adoration. Le paysage du fond rappelle les bords du Tibre.
Ce précieux tableau est bien conservé dans ses parties principales. Une fente, qui traverse le panneau en passant par-dessus la tête de la Vierge, a été soigneusement restaurée. Quelques glacis seulement semblent avoir été enlevés sur le front du petit saint Jean. Le paysage avait été totalement refait, pour un motif quelconque demeuré inconnu, et la couleur de ces repeints maladroits était tellement épaisse, qu’on a pu l’enlever sans endommager le tableau.
Si l’on en juge par la manière dont cet ouvrage est traité, on peut dire qu’il a été fait aussitôt après l’arrivée de Raphaël à Rome. Les plis du manteau bleu de la Vierge sont maigres et cassés comme ceux de la draperie de la Vierge dans la Sainte Famille de Michel-Ange, qui fut autrefois possédée par Angelo Doni, et qui est actuellement à la Tribune de Florence. Il est possible que le souvenir de ce tableau ait influé sur la peinture de Raphaël.
Anciennement, ce tableau était dans l’église des Olivetains, à Nocera de’ Pagani, dans les États napolitains ! ; il fut acheté par le marchese del Carpio, vice-roi de Naples, moyennant la somme de 1,000 scudi.
Nous le retrouvons plus tard dans la galerie du duc d’Albe, à Madrid, où il était à la fin du dernier siècle, lorsque dom Ant. Concea le décrivait dans sa Descrizione Odeporica della Spagna, Parma, 1793, t. 1, p. 236.
La galerie d’Albe possédait aussi une ancienne copie de ce tableau. Selon une tradition, la duchesse d’Albe aurait légué à son médecin l'original et la copie, en récompense de ce qu’il l'avait guérie d’une dangereuse maladie. Cette duchesse mourut bientôt après (en 1801), ce qui fit soupconner un empoisonnement ; le médecin, ayant été poursuivi à cette occasion, ne
1. C’est probablement Paolo Giovio qui le fit placer dans cette église, lorsqu'il fut nommé évêque de Nocera par le pape Clément VII, Voyez plus loin une notice du P. Resta, sur ce tableau,
fut remis en liberté que sur les instances du prince de la Paix. C’est alors que, par reconnaissance (si l’on en croit cette tradition), le médecin aurait fait don d’un des deux tableaux à son bienfaiteur, Quant à l’autre tableau, qui était l'original, il le vendit au comte de Rurcke, ambassadeur de Danemark à Madrid, qui lemporta. depuis à Londres. Lorsque le comte de Burcke quitta l'Angleterre, M. W.-G. Coesvelt, à Londres, l’acheta, pour sa galerie particulière, au prix de 4,000 liv. sterl. Mais, en 1836, M. Labensky, un des conservateurs du musée de l’Ermitage, acquit ce tableau, avec une partie de la galerie de M. W.-G. Coesvelt, pour le compte de lempereur de Russie, au prix de 14,000 liv. sterl. C’est donc à Saint-Pétersbourg qu’il faut aller chercher maintenant cette Madone, qui, heureuse ment, n’a pas péri dans le dernier mcendie du palais.
Gravures : A.-B. Desnoyers, 1823, in-folio, — Franz von Stadler: grand in-4°. — Vitali, Romæ; in-4°, — Lith. par F. Diffani; in-4°. — Lith. par Schertle, in-4, — Lith. par V. Dollet, pour l'ouvrage, intitulé : Galerie impériale de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg, 1846).
Le carton original de cette Madone, dessiné au crayon noir, se trouve dans la sacristie de S. Giovanni in Laterano, à Rome. Il a été malheureusement trop retravaillé. :
Un autre carton, dessiné au bistre et rehaussé de blanc, qui se trouve daus la collection du comte d’Outremont, à Liége, est d’une si grande beauté, qu’il a pu être considéré comme l'original. Toutefois, ce carton, certainement exécuté d’après le tableau, a été comme celui-ci fortement mis à effet.
Une première esquisse, avec des variantes pour ce tableau, se trouve dans la collection Albertine, à Vienne.
Une étude pour la Vierge, à la sanguine, est conservée dans la collection Wicar, à Lille.
Anciennes copies de ce tableau.
a.) Dans l'ancienne collection de feu le prince de la Paix, à Rome, copie déjà citée. Elle est très-belle.
b.) Dans la galerie Borghèse, à Rome. Faible.
c.) En la possession du comte’de Wyllich et Lottum, à Berlin. Copie sur un panneau carré. Ce tableau, provenant du baron Bacile, à Naples, avait été trouvé, disait-on, à Gaëte. Nous empruntons au Père Resta la notice suivante, qu'il joignit à un prétendu dessin de Raphaël représentant cette Madone, qui se trouve dans un recueil de dessins d’anciens maîtres, qu'il désigne sous le titre de Galleria portatile, et qui est conservé à la bibliothèque Ambroisienne, de Milan : « Primo studio di Raffaello d'Urbino del Tondo che stava per altare nella chiesa de’ Padri Olivetani di Nocera de’ Pagani, era celebrissimo et il sig. march. de] Carpio vice re di Napoli con licenza della congregazione del S, Consiglio lo comprà dei Padri in
mille scudi, fatta fare al medesimo altare una copia da Luca Giordano, e ne fece fide commisso passante alla famiglia della prima figlia che fusse märitata, non havendo maschi. E una bellissima copia antica sta in Gaeta nella chiesa d. Cand. di Malta dipinta da Andrea Sabbatini da Salerno, che pu da raggione dirsi 1} Raffaelle di Napoli. » L'attribution de cette copie à Andrea da Salerno nous semble erronée, car, dans les registres de la confrérie à Gaëte, elle est, dit-on, attribuée à Francesco Penni, surnommé il Fattore. Pendant le siége de Gaëte une bombe brisa le tableau en trois morceaux, mais sans trop endommager, et l’on a pu parfaitement le restaurer.
Lith. par Julius Kubr.
d.) Dans la collection de lord Dudley, à Londres.
e.) Dans la collection du comte de Lamberg, à l’Académie de Vienne. Petite copie de 12” de diamètre seulement.
f:) Dans la collection de M. Bernardi à Milan.