Portrait de. femme
A la Tribune de Florence. Sur bois. H., 6 déc, 70; L., 5 déc. 54.
Ce portrait en buste représente une jeune et belle dame, vue presque de face, un peu tournée vers la gauche. Un cercle d’or, émaillé de feuilles vertes, entoure sa tête. Elle tient d’une main le manteau garni de fourrures, qui recouvre son corsage de velours bleu foncé. Sur le fond, d’un vert sombre, se trouve la date 1512. Dans ce portrait, les ornements du corsage et de la couronne, le filigrane qui: brille autour du cou, la bague qui orne un des doigts de la main, et même les lumières des cheveux, sont rehaussés d’or, comme dans les portraits de Mantegna et de Holbein, ce qui ajoute encore à la richesse et à la magie de cette peinture. La couleur en est si chaude et si puissante, qu’elle rappelle d’une façon remarquable les œuvres du Giorgione, auquel à été plusieurs fois attribué ce portrait, malgré sa date de 4512, quoiqu'il soit avéré que le Giorgione était mort en 1511.
C’est avec aussi peu de raison que ce maguifique portrait a été encore attribué à Sébastien del Piombo, qui avait une tout autre manière de
faire et un tout autre pinceau. C’est bien là incontestablement un ouvrage de Raphaël, et cet ouvrage se distingue par une grâce, une suavité, une perfection, qui n’ont jamais été atteintes par aucun maître, si ce n’est par Raphaël. ÿ
Ce tableau était déjà décrit, avec le nom de Raphaël, dans l’Inventaire des tableaux de la Tribune, fait en 1589 : « Un quadro simile (ritratto) d’una donna in tavola un bragio ingniudo e schollata un suo cornice simile alta br. 1 1/3 larga br. 1 1/8 di mano di Raffaello da Urbino. »
Malheureusement cette notice ne nous dit pas quelle est la dame représentée dans ce tableau. Mais il est incentestable qu’il ne saurait être le portrait de la maitresse de Raphaël, portrait qui, d’après Vasari, était en la possession de Matteo Botti, à Florence , et qui se trouvait encore cent ans plus tard dans la maison de Matteo et Giovanni Botti, lorsque Gio. Cinelli publia, en 1677, une édition des Bellezze della città di Firenze, de Francesco Bocchi, où ce portrait est décrit de la sorte : « Ci à ancora un ritratto di una giovane di bel sembiante, e leggiadro, dipinto da Raffael da Urbino : il quale à tenuto dagli artefeci in grande stima : e si come fu questo pittore ammirabile, cosi è |’ 6pera nobile, e famosa appresso tutU1.-»
Ce sont là des faits et des dates authentiques qui réduisent à néant les assertions de Tomaso Puccini, relativement à ce portrait. Tomaso Puccini, dans la Real Galleria di Firenze (1794, vol. I, p. 6), a prétendu, d’après le témoignage du légat Botti, que Galuzzi a découvert dans les archives des Médicis, qu’un fils de Matteo Botti légua la moitié de ses biens au duc Cosme I°', mort en 1574, et que le portrait de la maîtresse de Raphaël faisait partie du legs. II faudrait donc rapporter le legs en question à une date beaucoup plus-récente, puisque le portrait de la maîtresse de Raphaël était encore dans la maison Botti en 1677. C’est un fait sur lequel nous reviendrons en parlant d’un autre portrait de femme, peint par Raphaël, qui est au palais Pitui.
Mais quelle est la ravissante personne représentée dans le portrait qu’on admire à la Tribune de Florence?
Missirini, selon sa manière habituelle de défendre et de propager des opinions erronées, croit reconnaître le portrait de Vittoria Colonna, que Sébastien del Piombo peignit d'après un carton de Michel-Ange !, et cet écrivain cite, à l'appui de son système, une estampe d'Enea Vico, gravée d’après le tableau original de Sébastien del-Piombo , estampe -que- Longhena a fait reproduire dans sa traduction de l'ouvrage de Quatremère de Quincy (p.669). — Il existe aussi une gravure, exécutée par W. Hollar,
{. Ce magnifique portrait, décrit par Vasari, passa seulement en 4820 du palais Colonna, à Rome, à M. Day, à Londres. C’est un portrait vu de profil, d’un caractère extraordinairement
sévère et d’un aspect grandiose, Il est à déplorer que cette peinture ait été trop nettuyée,
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en 1650, d’après le même tableau. £x coll. Joh. et Jac. van Verle, avec cette suscription : Ritratto di Vittoria Colonna, fatto da Sebastiano del Piombo, ete. Mais toutes ces estampes prouvent que le portrait de Vittoria Colonna n’a pas la moindre ressemblance, si ce n’est dans le mouvement du bras, avec le portrait de la Tribune ; la forme de la tête et celle des vêtements sont complétement différentes. C’est pourquoi il ne nous paraît pas nécessaire de nous arrêter davantage à discuter l’opinion de Missirini.
D'autres écrivains ont supposé que ce portrait représentait la duchesse Élisabeth d’Urbin, ou Emilia Pia; mais ces suppositions ne reposent sur aucune preuve.
On pourrait avancer avec plus de raison que ce portrait est celui de Beatrice Ferrarese , qui a été mentionné par Vasari. Mais Vasari n’en donne aucune description, et nous ne savons même pas quelle était cette Beatrice. Des écrivains postérieurs la nomment Beatrice d’Este, quoique du temps de Raphaël il n'existât pas de princesse du nom de Béatrice dans la maison d’Este ‘, car on ne peut admettre que ce soit la Béatrice, femme de Lodovico Sforza, morte en 1497. Nous ne saurions donc reconnaître sous cette dénomination : Beatrice Ferrarese, aucune princesse de la maison d'Este. C'était peut-être une grande dame de Ferrare, connue alors par son talent poétique et improvisateur, mais à l’égard de laquelle il ne nous est resté aucun renseignement plus précis. Cette idée nous est venue en présence du portrait de femme de la Tribune. Sa pose, quelque peu cherchée, son regard fixe et inspiré, enfin, sa couronne d’or à feuillages, signe caractéristique des poëtes et des improvisateurs, nous ont semblé prêter quelque vraisemblance à une supposition qui mérite d’être examinée plus attentivement.
Il est aussi question d’une Béatrice, de la maison Pio, dans une lettre écrite de Ferrare, le 27 octobre 1593, et adressée au cardinal Bembo), lettre que Gratiosa Pia termine ainsi : « Le raccomando la mia Beatrice e me insieme. » Voyez : Delle Lettere da diverse principesse et altre sig. a mons. P. Bembo. Venezia, 4560 (lib. Il, p. 296).
Puissent ces diverses indications donner lieu à de nouvelles recherches et nous faire découvrir enfin quelle est la personne représentée dans cet admirable portrait.
Gravures : Raph. Morghen, 1809. Raphaelis amicitia celeberrima la Fornarina. In-folio. — Ph. Cenci, petit in-folio. — Bonaini, 1832, in-8. — Achille Martinet del., Leisner sculp., 1845, in-folio.
4. Voyez Litta, Famiglie celebri Ilaliane. — Le Père Pungileoni, dans l’Elogio storico di Giovanni, se trompe, quand il pense (p. 110) que la lettre de Veronica Gambara, en date du 3 septembre 1528, est adressée non à la marchese de Mantoue, mais à Béatrice d'Este. Cette marquise de Mantoue se nommait Elisabetta et était une fille d'Hercule d’Este, né en 1490 et mort en 1539.
Dans la galerie Corsini, à Rome, il y a un ancien tableau qui est évidemment imité de ce portrait; mais le copiste a dénaturé le caractère de la figure, en plaçant auprès d’elle une table sur laquelle est une urne, comme s’il avait voulu par là désigner une Madeleine.