Portrait de Bindo Altoviti
Sur bois. H., 22”; L., 46° 6°”.
C’est un beau jeune homme, aux yeux bleus, qui tourne la tête et regarde par-dessus son épaule droite. Une barrette noire couvre ses longs cheveux blonds, qui tombent en belles masses sur son cou. Sa main droite est posée avec beaucoup de grâce sur sa poitrine.
Ce portrait est resté jusqu’en 1808 dans l’ancienne maison Altoviti, à Florence. Acheté, à cette époque, moyennant 3,500 zecchini, par le prince Louis, héritier présomptif de la couronne de Bavière, il fut caché plusieurs années par Jean Metzger, qui était chargé des acquisitions de ce prince en Iialie, et qui faillit être inquiété au sujet de ce tableau que le gouvernement français voulait avoir. Il fait aujourd'hui l’ornement de la Pinacothèque de Munich !, où nous l’avons vu dans un excellent état de conservation.
Cette peinture, d’un ton plus chaud et plus puissant encore que le portrait précédent, rappelle d'autant plus la facon du Giorgione.
Ce beau tableau, qui fut conservé par la famille Altoviti pendant deux cent cinquante ans, comme étant le portrait de Bindo Altoviti, devint tout à coup, au dire de Bottari, vers la tin du siècle dernier, le portrait de Raphaël peint par lui-même. Le savant Bottari, qui avait la manie de chercher partout des portraits de Raphaël peints par lui-même, se crut autorisé à découvrir un nouveau portrait de Raphaël dans cette phrase amphibologique de Vasari, qui en français peut se rendre ainsi littéralement : « Pour Bindo Altoviti, il fit son portrait, lorsqu'il était encore jeune. » Il faut avouer que le texte de Vasari nous laisse dans le doute et ne nous dit pas clairement s’il s’agit du portrait de Raphaël ou de celui d’Altoviti.
Armenini ne s'exprime pas avec plus de clarté en parlant de ce même portrait, dans son ouvrage intitulé ‘ Dei veri precett: della pittura (Ravenna, 4587, p.191) : « Se ne trovano pur molti (ritratti) per mano di Raflaello in Firenze, già da lui fatti in Roma al tempo di Leone e di Clemente, ritratti da lui miracolosamente con Bindo Altoviti. » i
En attendant, il suffit d’un coup d’œil, si l’on compare ce portrait à ceux que Raphaël a faits d’après lui-même, pour juger et décider que ce ne peut être le sien. Non-seulement la tête du jeune homme représenté
1. Où il est toujours catalogué comme étant le portrait de Raphaël lui-même (n° 581 ‘partie, catalogue de 1853). — ( Note de l'éditeur.)
rene PEINTURES EXÉCUTÉES
dans ce portrait-ci ne ressemble pas à celle de Raphaël; non-seulement la forme du nez, de la bouche et du menton est tout à fait différente, mais encore le modèle du tableau avait les yeux bleus et les cheveux blonds, tandis que les yeux et les cheveux de Raphaël étaient bruns. Il n’y a pas plus d’analogie entre l’un‘et l'autre-dans Pexpression de la physionomie, qui est un peu sensuelle dans ce portrait et qui ne s’accorde pas du tout avec le caractère doux et pensif des portraits authentiques de Raphaël. L'opinion de Bottari à cet égard n’eut done pas lé moindre crédit auprès des vrais connaisseurs de‘ son temps, comme le prouve un passage d’une lettre de Winckelmann au baron de Riedesel, datée du mois d'avril 1763.
Tomaso Puccini et Lanzi se sont élevés également contre les assertions de Rottari, Ainsi M. C.-F. de Rumohr a commis une étrange erreur, en avançant, dans ses /talienische Forschungen (t. II, p. 8), que Wicar, à linstigation de Missirini {, avait essayé. le premier de faire passer le portrait en question pour celui de Bindo Altoviti, tandis que ce portrait fut toujours connu et décrit sous ce nom-là, jusqu’à ce que Bottari eût la fantaisie d’y voir le portrait de Raphaël lui-même, système insoutenable, qui reçut pourtant une sorte de consécration dans une pbrase de Fouvrage apocryphe intitulé : Vita inedita di Raffaello da Urbino.
Mais un argument sans réplique, fourni par l'étude comparative des œuvres de Raphaël, indique assez comment il faut entendre le passage ambigu4de Vasari au sujet de ce portrait. Il est évident, pour quiconque est initié à la connaissance de là peinture, que l’exécution de ce tableau ne saurait être placée avant l’année 1512. Or, à cette époque, Raphaël avait vingt-neuf ans, et le tableau représente un jeune homme à peine âgé de vingt-deux ans.
Au contraire, la date du portrait et l’âge du jeune homme représenté concordent parfaitement, si l’on ne veut pas y chercher d’autre personnage que Bindo Altoviti, qui, étant né le 26 septembre 1490, entrait dans sa vingt-deuxième année en 1512, lorsque le tableau a été peint.
GRAVURES d’après ce portrait, considéré comme étant celui de Raphaël luimême : Jac. Frey, pêtit in-folio, pour la Galerie de Florence, mais cette gravure ne fut point admise dans l'ouvrage auquel elle était destinée, parce qu'on reconnut plus tard que ce portrait n’était pas celui de Raphaël. — Gio. Batt. Cecchi, petit in-folio, pour la Serie degli uomini à pit illustri in pitlura, etc. — Robert Strange del. 1764, sculp. 1787, petit in-folio. — Raph. Morghen ; petit in-folio — Carl Barth, 1816, petitin-folio. — Ritter, d’après Morghen. — Ph. Cenci, de même. — Joannes Farrugia. Melitensis, 1822, dans un ovale. — Fusinati, 1829, in-8°., — Joh. Heinr. Lips., in-8°, pour la Vie de Raphaël, par H. Fuessli.
1. Voyez Melchiore Missirini, Del vero rilratlo di Raffaello Sanzio. Roma, 1821.
PAR RAPHAEL À ROME. 119 — Fr. John; in-12, pour la Aglaja. — Lath. par Pilotj, grand in-folio. — Nic. Strixner, grand in-folio. — Très-bien dessiné par W. Flachenecker, lithogr. par Jos. Selb.
Nous avons vu deux anciennes copies de ce portrait, l’une au palais Sarazani à Sienne, et Faütré'dansla collection-du cavaliere Carmine Lancelotti, à Naples.