Le Christ en croix et quatre saints
Sur bois; h., 6 140”; 1., 5” 3”, cintré.
Le Christ est cloué sur une croix très-élevée. De chaque côté de la croix, en l'air, un petit ange recueille dans des vases le sang qui s'échappe des plaies du Sauveur. Au pied de la croix, la sainte Vierge, debout, est en proie à la douleur, et, devant elle, saint Jérôme, à genoux, se frappe la poitrine avec une pierre. De l’autre côté de la croix, saint Jean et, devant lui, Marie Madeleine agenouillée, élevant ses regards vers le ciel. Le paysage du fond, qui représente des collines verdoyantes, rappelle la manière du Pérugin, et dans le ciel se montrent à la fois le soleil et la lune. Au bas de la croix, on lit en lettres d’or : RAPHAEL. VRBINAS. P.
Raphaël peignit ce tableau pour la chapeile de Ja famille Gavri, ou Gavari, dans l’église des Dominicains à Città di Castello, et, selon toute apparence, vers l’année 1500. Cette peinture resta pendant près de trois siècles à la même place, jusqu’à ce qu’un Français l’eût achetée, moyennant la somme de 4,000 seudi, et en échange d’une mauvaise copie, qui occupe aujourd’hui la place de l'original.
Le prince de 'Canino acquit l'original pour 10,000 scudi romains à la vente du cardinal Fesch, et le revendit, en 1847, avec d’autres tableaux, à lord Ward !.
Ce tableau, en général bien conservé, a été fait d’après ceux du Pérugin; il est tellement dans la manière de ce maître, qu'on y remarque seulement quelques parties qui, par la faiblesse du dessin et du modelé, trahissent un peintre encore jeune et inexpérimenté; mais le génie de Raphaël se révèle déjà dans la beauté des têtes et surtout dans celle de la Madeleine. En somme, c'est un ouvrage très-inférieur au Couronnement de la Vierge et au Sposalizio. Nous sommes donc convaincu que M. von Rumobr, dans ses Recherches en Italie, n'avait qu’un vague souvenir de ce tableau, quand il en fait remonter la composition à l’année 1504; il porterait un tout autre Jugement en présence du tableau lui-même.
Cette peinture n’avait jamais été gravée, avant que nous en eussions donné dans l'édition allemande de notre livre une gravure faite par
le
L. Gruner. — Voy. aussi Rosini, Storia della pittura ital. PI. COXIL. ÉTUDES POUR CE TABLEAU.
Une esquisse à la plume, pour le torse du Christ et pour la tigure de la Vierge, se trouve dans la coll. Albertine à Vienne. Reproduite par A. Bartsch.
Francesco Oliva, peintre d’Urbin, qui vivait sous Clément XI, a fait de ce tableau une mauvaise copie à fresque, dans la petite église de Battaglia,
1. Ce Christ a été exposé à Manchester, n° 159. Voyez Trésors d'art, ete. par W. Burger, p. 52-53, — (Note de l’éditrur.
près Urbania. Voyez à ce sujet Notizie storiche del Crocefisso di Battaglia presso Urbania (Ancona, 1700). Le titre gravé de cette notice représente la fresque de Francesco Oliva.
Giacomo Mancini de Città di Castello assure, dans un article du Giornale Arcadico , que, suivant un manuscrit des archives de la famille Gavari, le tableau dont nous parlons était à volets peints. Il ajoute que lui-même croyait posséder une Annonciation qui avait dû faire partie de ce triptyque. Cependant cette prétention n’est pas soutenable, car le petit tableau signalé par Giacomo Mancini est certainement du milieu du seizième siècle, et il ne rappelle pas même la manière de Raphaël.