‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 134 sur 214 · Cette figure de Minerve termine la fresque du côté droit · texte numérisé non relu

Cette figure de Minerve termine la fresque du côté droit

sa sagesse, en même temps qu’il le protège par sa prévoyance et le conserve par ses soins. Minerve est debout tenant de la main gauche une lance à longue hampe1. Le corps, dont la partie inférieure se perd au milieu des nuages, est vêtu d’une tunique2; la poitrine, armée de Y égide sur laquelle apparaît l’image de Gorgone, est tournée à droite, tandis que la tête se porte en sens contraire. D’ailleurs aucune prétention archaïque ou archéologique dans la pose ou dans l’ajustement, et à part quelques traits généraux, suffisants pour indiquer le caractère du personnage, on chercherait vainement quelque chose qui rappelle avec exactitude le rigide costume de la Pallas des Panathénées. Les traits sont tranquilles et graves; mais quoique, dans l’expression générale, on reconnaisse encore une force au-dessus de toutes les séductions, on sent néanmoins une bienveillance que l’antiquité n'aurait sans doute pas donnée à Pallas. On voit comme un rayon de pure lumière 3 qui descend sur l’Amour. Les yeux, pleins de bonté, sont fixés sur Gupidon ; le nez est fin , mais pas aussi droit que dans les œuvres de la plastique ancienne ; les joues n’ont pas la même fermeté , la même im-

1. Il faut regarder cette haste ou longue lance, dont la pointe disparaît hors du champ du tableau, comme une sorte de sceptre qui est souvent, sur les médailles, l’attribut des divinités bienfaisantes.

2. Cette tunique découvre le bras gauche; l’autre bras s’efface derrière la figure de Diane.

3. Minerve aux yeux d’azur, -pa'j*£>7:iç ’Aô-nvvi. (Homère, Iliade, ch. xx, v. 69.)

PSYCHÉ

passibilité, elles accusent un modelé susceptible de trahir les impressions de l’âme et peut-être les sentiments du cœur; la bouche n’a pas la même dureté solennelle, et, sans sourire encore, elle exprime une certaine joie intérieure que les artistes grecs n’auraient pas osé répandre sur cette face divine, invariablement sérieuse et calme dans son caractère idéal ; le menton est moins large que dans les antiques, et n’accuse pas la forme traditionnelle et presque carrée; la pureté du front disparaît sous le casque athénien, orné de l’aigrette1; les cheveux enfin se répandent librement sur le cou et jusque sur les épaules. Il ne faut donc pas espérer retrouver dans le Conseil des dieux le type sublime crée par Phidias. Vainement je cherche ici ce que les anciens voyaient dans Minerve , la divine étincelle qui anime et entretient l’enthousiasme, le lien lumineux qui rattache tous les êtres à l’infini. Non, ce n’est pas là la grande déesse qu’ Aristide appelait la Puissance et l’Énergie de Jupiter. Non , je ne reconnais pas la vierge inaccessible que Platon présentait comme la Providence de Dieu, et à laquelle il prêtait ces paroles profondes : « Je suis tout ce qui est,

« tout ce qui fut, tout ce qui sera. Personne n’a soulevé u mon voile, et le fruit que j’ai enfanté, c’est le soleil 2. »

1. Ce casque se retrouve à peu près identique dans nombre de monuments, entre autres dans une peinture antique où Minerve est assise entre trois nymphes, qui lui expliquent combien la double flûte déforme le visage. ( Winckelmann, Monum. inéd., n° 92.)

2. Aristide voyait en Minerve l’intelligence qui pénètre tout

Et cependant cette figure est une noble interprétation de l’antiquité; elle fait songer certainement à la statue du musée Pio-Clementino , à laquelle on aurait enlevé le peplus que le sculpteur antique a jeté par-dessus la tunique talaire. D’autres réminiscences encore se présentent en foule à notre souvenir. Comment ne pas se rappeler par exemple la Pallas de Velletri1, à la fois pacifique et victorieuse, la Minerve Poliade, protectrice de la cité2, la Minerve de la villa Albani, la

Minerve assistant Prométlîée et donnant une âme à sa statue3, et toutes ces belles médailles qui montrent la déesse tantôt terrassant les monstres4, tantôt disputant Athènes à Neptune5, et apportant toujours dans ces différents actes de sa puissance le même calme et la même sérénité ? Comment ne pas citer surtout la tête du Tétradrachme d’Athènes, et la magnifique intaille où apparaît dans toute sa splendeur le buste de Minerve Callimorphos6... Ce sont là de redoutables parallèles, à

l'univers. « Jupiter, ne pouvant trouver aucun être digne de con- « courir avec lui à la produire au jour, l’engendra et l’enfanta à « la fois, après s’être replié sur lui-même... Aussi est-elle insépa- « rable de lui. Elle habite en son père, intimement unie à son es- « sence; elle respire en lui..., elle est sa compagne et sa conseil- « 1ère... » (Aristide, inMinerv., I, p. 9.)

]. Musée du Louvre.

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