Mionnet, Descript. de Mèd., pi. lxxii
3. Il existe peu de statues et de bustes spéciaux de ce dieu.
car le torse est nu, comme ceux de Neptune et de Jupiter1; mais son air lugubre le désigne suffisamment comme le souverain du royaume des ombres. La tête, vue de face, n’a ni la majesté de celle du roi des cieux, ni la carrure imposante de celle du dieu des eaux. Le front, sillonné de rides profondes, est surmonté de cheveux abondants et bouclés, disposés en trois masses principales2, qui ajoutent au volume de la partie supérieure de la tête3. Les yeux se tournent obliquement du côté de Vénus, et dans ce regard presque éteint on sent quelque chose de froid et d’inflexible. Le bas du visage est d’une maigreur effrayante. A travers la barbe inculte, la bouche paraît triste et incapable de sourire. La mort semble avoir mis son empreinte sur son dieu, dont le caractère se trouve ainsi parfaitement indiqué. On reconnaît de suite le Jupiter infernal et sinistre , le Vœjovis des Latins, le terrible IIadèsh des Grecs,
\. On voit du reste aussi, dans quelques monuments antiques, ce dieu, le torse nu. Ainsi, sur le bas-relief d’un sarcophage, au musée Pio-Clementino, et sur un autre bas-relief de la villa Rospigliosi, Pluton, assis près de Proserpine, a la poitrine complètement découverte. Dans le premier de ces bas-reliefs, Mercure amène deux ombres de femmes qui vont être jugées. Dans l’autre, Mercure, suivi du Printemps, vient chercher Proserpine pour la conduire dans l’Olympe.
2. Ces trois masses se dressent sur le sommet de la tête et de chaque côté des tempes.
3. Dans les représentations antiques, la tête de Pluton est quelquefois ornée d’une couronne.
4. Le mot àifo k ou a^nç signifie à la fois l’enfer et le roi des enfers. C’est Euripide, le premier, qui substitua le nom de Pluton à
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de tous les dieux le plus impitoyable. — A ses pieds se tient Cerbère, le monstre aux trois têtes, le gardien de l’Orcos, janitor Orci.
Junon, assise à la gauche de Jupiter, regarde l’Amour avec une tendre sympathie. Le profil est d’une remarquable douceur et d’une souveraine bonté. Les traits sont plus délicats que grands, et l’expression est essentiellement moderne. Les cheveux, couronnés d’une simple bandelette, forment des ondes harmonieuses qui partent du front et des tempes et vont se nouer par derrière. L’attache de la tête aux épaules est fort belle. Le corps est vêtu d’une ample tunique qui ne découvre que le cou , les bras et les pieds; et ce vêtement, très-habilement jeté pardessus les épaules , est ramené derrière le dos avec un art sans recherche tout personnel au Sanzio. Il n’y a, dans cet arrangement, rien qui rappelle directement les statues antiques, et l’on ne songe, en regardant cette figure, ni à la Junon colossale du Vatican, si richement drapée dans sa tunique talaire et dans son peplus, ni à la Junon allaitant le dieu Mars, ni à la Junon Sospiia de Lanuvium1. De même, pour la tête, on chercherait en vain quelques traits sérieux
celui de Hadès. Hadès avait à Élis un temple qui ne s’ouvrait qu’une fois l’an. Il avait aussi des temples à Pylos, à Nysa, à Coronée et à Olympia. A. Athènes, on l’honorait dans le sanctuaire des Furies, et dans celui de Diane à Trézène. Il avait des temples à Rome, à Crotone et jusque sur le Soracte.
I. C’est Junon Préservatrice : elle est armée. Ces statues sont également au musée Pio-Clementino.
de ressemblance, soit avec l’image créée par Polyclète, telle qu’on la trouve sur la médaille d’Argos1, soit avec le beau profil de la médaille de Platée, soit avec la Junon Lucinienne des médailles de Pandosie et de Grotone, soit enfin avec l’admirable tête de la villa Ludovisi. L’Héré2 de Raphaël n’en demeure pas moins
1. La statue fameuse d’or et d’ivoire du grand Polvclète était à Argos. Elle représentait la reine de l’Olympe, et était digne de paraître à côté du Jupiter de Phidias à Olympie. Une couronne ceignait sa tête, et sur cette couronne figuraient les Heures et les Grâces. D’une main elle tenait le sceptre, sur lequel était posé le mystérieux coucou, de l’autre main elle portait une grenade, emblème plus mystérieux encore. Hébé, déesse de la jeunesse, lui servait de compagne. Cette œuvre admirable avait valu à Polyclète l’honneur d’être mis par l’admiration publique des anciens en parallèle constant avec Phidias. Plutarque, Juvénal, Lucien sont unanimes à cet égard; et Martial, dans une de ses épigrammes, semble dire que Phidias était jaloux de la Junon de Polyclète :
Juno labor, Polyclete, tuus, et gloria felix,
Phidiacæ cuperent quam meruisse manus.
(Martial, Epig., lib. x.)
2. Le nom de Junon, Hpvi ou Êpa, veut dire maîtresse , et est le féminin de tfpw;, qui signifie maître, et qu’on appliquait à Jupiter. — Héré semble avoir été une émanation de la fameuse Mylitta, la grande déesse de la nature à Babylone. Elle aurait pris naissance sur les bords de l’Euphrate, et les mêmes saules auxquels les vierges d’Israël suspendirent leurs harpes d’or, s’étaient courbés déjà pour former les voûtes du premier temple de la déesse. En Grèce, le temple le plus fameux de Héré était dans file de Samos. Il avait été élevé par le Samien Rhecus à vingt stades de la ville, et devint un des plus fameux sanctuaires des chefs-d’œuvre de l’art grec. La statue de Junon, dans ce temple, était l’œuvre de Smilis, contemporain de Dédale, venu d’Égine à Samos. Sparte, Mycène, et surtout Argos, entre toutes les villes de la Grèce, étaient chères à Junon. Longtemps elle avait disputé l’empire d’Argos à Neptune; c'est-à-dire que cette plage aride resta longtemps douteuse entre la terre et la mer. Héré
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une des parties éloquentes du thème antique développé dans le Conseil des dieux. Elle est une réminiscence poétique de la blanche déesse qu’on voyait briller dans le doux éclat des étoiles1. Ame de Jupiter et âme du monde, type de divine compassion, protectrice par excellence de la femme, comment ne s’intéresserait-elle pas au sort de Psyché ? C’est surtout en effet cette tendresse divine qui nous plaît et nous touche. Aussi Junon écoute-t-elle avec complaisance les raisons de l’Amour, et l’on voit dans son regard limpide son cœur s’ouvrir aux plus douces affections. Peut-être dans ce regard n’y a-t-il rien d’antique ; mais à coup sur il y a quelque chose de la nature intime du génie de Raphaël2.
A côté de Junon et en partie cachée par elle, Diane s’avance pour regarder et entendre l’Amour. C’est ainsi que la jeune et svelte Artémis dut montrer sa tête charmante, au sortir du riant bocage de la primitive Ortygie3. Digne sœur d’Apollon, ses traits,
triompha enfin, la mer se retira, et Pirasus, fils d’ Argus, consacra le culte de la déesse victorieuse.
1. C’était surtout l’étoile du matin qu’on regardait comme l’image de la déesse.
2. Le paon, avec sa queue étoilée, était consacré 'a Junon, comme reine du ciel et dos astres. Il se tient derrière la déesse et plus bas qu’elle, c’est-à-dire à l’angle inférieur de la fresque.
3. La primitive Ortygie, sur le Caystre, tant célébrée par la tradition comme le berceau des dieux, fut plus tard transportée à Délos. — Le principal sanctuaire de Diane était à Éphèse, véritable métropole religieuse asiatique, où saint Paul devait plus tard jeter une des fortes assises du christianisme. Le prêtre poëte Olen lut le premier chantre de la déesse, qu’il célébra sous le nom d’Ilithyia.
avec plus de délicatesse et non moins de beauté, expriment la force de la jeunesse et la fraîcheur de la vie. Sur son front brille le croissant de la lune, et l’on se rappelle aussitôt que Diane, dans une de ses attributions multiples, personnifiait, au sein de la nuit, les rayons de la lumière divinisée. Quant au corps de la déesse, il disparaît derrière celui de Junon; mais la tête suffit pour caractériser Artémis. Fille de Latone et de Jupiter, déesse de la lumière et de la vie, fière comme une amazone, humble comme une vierge 1, souple et légère comme la chasseresse du mont Dictys2, brillante comme un des flambeaux du monde, elle regarde discrètement par-dessus l’épaule de son père, et si, dans ce regard, il fallait chercher une lointaine ressemblance avec l’antiquité, c’est à la jeune et sévère beauté adorée par la Crète qu’on devrait songer. Toutefois, dans l’arrangement de la chevelure, Raphaël ne s’est; pas conformé à la tradition dorienne, et il serait impropre d’appeler du nom de corymbe ou de crobyle le nœud par lequel il a attaché le bandeau sur le sommet de la tête ; mais •il était impossible de couronner la vierge olympienne avec plus d’élégance et de goût. . . L’étude comparée des monuments antiques et de la figure dessinée par Raphaël semble d’abord n’offrir qu’un intérêt de curiosité; cependant la Diane du Conseil des dieux prend une
1. Les anciens Crétois l'appelaient, dans leur langue nationale, Brüomarlis , la douce vierge. (Creuzer.)
2. Didymia. Le mont Dictys était situé au couchant de la Crète.
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valeur plus grande, quand on a considéré Y Artémis Pergæa de la médaille de Perga, en Pamphilie L Y Artémis Soteira1 2 de la médaille de Syracuse, et les types si remarquables des médailles d’Érétrie et de Thespies3. Entre ces différentes têtes et celle qu’a conçue Raphaël , on trouvera des analogies évidentes en même temps que des dissemblances manifestes. De même si l’on considère la Diane chasseresse du Louvre, si fière et si noble, la Diane du musée de Dresde, si calme et si douce, Séléné conduite par l’Amour vers Endymion reposant entre les bras de Morphée, dans le bas-relief du Vatican, on sera de plus en plus convaincu de la profonde originalité du Sanzio et des mystérieuses affinités qui rattachaient son génie au génie de l’antiquité.
Pour achever le groupe des trois déesses qui assistent Jupiter et complètent pour ainsi dire sa divinité, il importait de personnifier la raison suprême à laquelle le maître des dieux donna naissance. Minerve, en effet , se montre derrière son père, en compagnie de Dicyne et de Junon4. L’image créée par Raphaël, sans avoir les qualités dune œuvre fervente, répond suffisamment à la conception antique d’un être pur et élevé, incarné dans une vierge immortelle, étroitement lié au dieu du ciel, éclairant le monde par