‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 160 sur 214 · Mus. Fiorent., II · texte numérisé non relu

Mus. Fiorent., II

PSYCHÉ

dans l’Olympe, rien surtout qui justifie au même degré l’admiration que les dieux eux-mêmes avaient vouée au plus beau de tous les mortels.

Jupiter, protecteur suprême de toute union1, sanctionne ici par sa présence l’hymen de l’Ame et de l’Amour, et reçoit la coupe des mains de Ganymède. La tête du maître des dieux se montre de face et fait songer au type traditionnel que nous avons signalé plusieurs fois déjà dans le cours de cette étude. Les yeux s’abaissent, regardent avec complaisance le breuvage immortel, et l’ensemble de la physionomie exprime une gravité bienveillante. Le torse est nu et porte sur le bras gauche, qui s’appuie sur un coussin; quant au bras droit, il s’avance en raccourci vers le bras de Ganymède, de sorte que les mouvements de ces deux figures se commandent et s’enchaînent. Le manteau tombe sur la partie inférieure du corps, qui disparaît derrière la table. — Junon, protectrice des noces , enveloppée d’une tunique qui couvre ses seins et ses bras, est assise à côté de Jupiter. Tandis que sa main droite se pose sur le corps de son époux, sa tête se tourne en sens inverse et se fait voir de profil, regardant Amphitrite et Neptune. Ses cheveux sont en partie couverts d’un voile, et ses traits ont la même expression de douceur que nous avons signalée déjà dans la fresque précédente.

\ . Jupiter, protecteur de la famille, était le Pénate par excellence, qui répandait toutes les bénédictions sur la maison.

On pourrait trouver une idée morale dans la présence du couple souverain aux Noces de Psyché , en songeant à l’union primitive de Zeus et de Héré. Junon, vierge encore, ouvrant son cœur à tous les opprimés, cherchait un jour la solitude et s’était assise à la pointe de l’Argolide, sur le mont Thornax. Jupiter fait gronder un orage, et, changé en coucou, se dirige vers Héré, qui le reçoit et le réchauffe dans son sein ; le redoutable oiseau se révèle alors et la prend pour épouse. C’est ainsi que la poésie païenne symbolisait l’alliance du ciel et de la terre, quand le ciel, se fondant en eau, embrasse la terre et s’unit à elle dans de fécondes tempêtes. ((Alors le père tout-puissant , l’Éther, avec sa u pluie bienfaisante , descend au sein de son épouse « ravie, et s’unissant à ce vaste corps, le grand dieu « vivifie les germes de toutes les productions1. » De même l’âme contracte avec l’Amour une union féconde. Mais alors que Psyché, transportée dans l’Olympe, va briller à jamais d’un éclat enchanteur, Junon, depuis longtemps déjà, par la majesté de sa personne, fixait les regards de l’antiquité. Elle était l’âme universelle du monde, dont Jupiter était l’intelligence et l’esprit. Souvent rebelle à son époux, elle errait à l’aventure, et lui-même se sentait alors défaillant et abondonné. Leur accord, au contraire, faisait fleurir la vie dans sa force et dans sa beauté2. Il faut donc voir dans cet

Virgile, Géorg., II, 324.

2. De même, Junon-Lucine répandait la lumière, et pourtant se‘ dérobait sans cesse à celte lumière qui lui venait de Jupiter. Alors

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hymen céleste le type de toute union terrestre. Cette loi de l’époux par excellence, tour à tour reconnue et méconnue, c’est la loi du monde et de la famille, loi que l’homme a reçue des dieux mêmes. L’Amour est donc le bon génie de Psyché comme Jupiter est la providence de Junon ; et de même que Psyché est l’emblème de l’âme dans ses vicissitudes terrestres et dans ses destinées immortelles, de même Héré n’est autre qu’une haute personnification de la nature, conçue et développée dans la perpétuelle tourmente du désordre et de l’ordre, du Chaos et du Cosmos.

Neptune et Amphitrite viennent ensuite. — Le frère marin de Jupiter (zéu; ireXayaîbç) conserve, même au sein de l’Olympe, même au milieu des doux propos, quelque chose de violent et de tourmenté. C’est toujours le dieu sauvage et formidable. Le torse nu, il porte sa main gauche sur la poitrine d’ Amphitrite , et retourne sa tête à droite vers Héré. Il y a dans ce mouvement plus de brusquerie que de tendresse. — Amphitrite, au contraire, s’abondonne avec confiance aux caresses de Neptune. Vêtue d’une tunique qui découvre son bras droit, elle porte la main à sa poitrine en se penchant vers Poséidon1. Sa tête, vue de profil et tournée vers la droite , se rapproche de la tête de

elle s’égarait, délirante et ténébreuse, semblable à Brimo-Proserpine et à la vache lunaire to, jusqu’à ce qu’un retour de raison la ramenât à son lumineux époux, près duquel seulement elle retrouvait la plénitude de sa dignité.

1. Le bras et la main gauches disparaissent derrière Neptune.

Neptune, et se lève en même temps pour regarder Junon et pour lui parler. Ses cheveux sont attachés sur la nuque. Rien, dans cet arrangement, ne rappelle les monuments du paganisme : on ne remarque ni le bonnet réticulé retenant la chevelure, comme sur les monnaies de Corinthe; ni les cheveux pendants sur les épaules, comme sur la médaille chargent de Crepereius1; ni les pinces de crabe qui paraissent souvent dans la coiffure de la déesse et qui annoncent une divinité marine. C’est donc en vain qu’on chercherait à établir quelques rapprochements utiles entre le groupe de la Farnésine et les œuvres de la plastique ancienne. Soit qu’on considère sur l’arc d’Auguste, à Rimini, le basrelief consacré à Amphitrite; soit qu’on regarde le basrelief de Munich, où des Tritons sont attelés à un char qui porte la déesse en compagnie de Neptune ; soit qu’on se souvienne du fronton du Parthénon, dans lequel Amphitrite apparaît à côté de Poséidon2; soit enfin qu’on tente, avec Quatremère de Quincy, de restituer, d’après le texte de Pausanias, le groupe considérable que Scopas avait sculpté à Corinthe 3, on ne trouve vraiment rien qui rattache aux conceptions antiques le dessin du Sanzio.

A. côté d’ Amphitrite, Pluton, sombre et sévère, est

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