Titi, Descrizione delle pitture, p
mille innombrable dont nul autre que lui n’a le droit de revendiquer la paternité. Plusieurs dessins dont l’authenticité n’est pas douteuse prouvent que ces allégories ont été conçues et dessinées par le Sanzio1; et quand même ces dessins n existeraient pas, l’étude des fresques suffirait pour faire reconnaître l’Urbinate. Lui seul a su imprimer à cet âge heureux ce degré d’éloquence. Ces figures ont une telle souplesse, un tel élan, qu’elles échappent à la description. Gomment énumérer cette variété de gestes, de mouvements, d’attitudes, ces expressions diverses et cette profondeur de sentiment dans un âge ou 1 innocence ajoute à la beaute? Ces créatuies délicieuses se meuvent avec une aisance infinie a tiaveis les nuages et au milieu de 1 azur du ciel. Elles semblent être là dans leur élément, elles ont vraiment quelque chose de divin et reflètent des idées à la fois charmantes et sévères. On les rencontre à chaque pas dans l’œuvre de Raphaël , portant avec elles la poésie des souvenirs et le mystère de l’espérance. Nous les avons vues pleurer avec Galatée, partager ses nobles aspiiations ; nous les avons retrouvées avec les Sibylles et les Prophètes, sous des traits moins tendres, mais plus fiers, faisant retentir , au milieu des temps anciens, l’accent de l’avenir et de la vérité; nous les avons aperçues en compagnie des messagers célestes qui pié-
1. Voir le charmant dessin du cabinet de Dresde, et la belle esquisse de l’Amour portant les attributs de Yulcain, dans la collection Teyler, à llarlem.
sident aux évolutions des planètes; cg sont elles cjui nous ont convies aux noces d Alexandre et de Roxane ; elles aussi qui nous ont introduits dans l’intimité du cardinal Bibbiena; elles encore qui nous sont apparues dans les frises de la villa Madame; elles enfin qui célèbrent à l’envie la gloire de Psyché, et qui inclinent, devant l’Ame triomphante, toutes les puissances du ciel et de la terre vaincues par l’Amour... Il est impossible de ne pas nous retourner encore une fois vers cette multitude d’enfants, tour à tour joyeux et touchants, que Raphaël, au milieu de toutes ses compositions profanes, a répandus à profusion, comme les fleurs des champs dont la nature égaye et parfume les plus riches moissons. Fixons à jamais en nous tous ces chers souvenirs. Ce n’est pas ici le lieu de parler de cette beauté suprême de l’enfance, je dirai presque de cette religion, que l’Évangile a révélée au monde et dont Raphaël a été l’interprète par excellence. Cependant on ne saurait trop remarquer combien, dans tous ces enfants profanes, l’expression religieuse est profonde. Le maître a beau faire, il ne peut abdiquer ses sentiments chrétiens, et quelle que soit son admiration pour l’antiquité, sa main obéit sans cesse aux élans de son cœur.
L’étude des monuments antiques nous éclaire encore ici de ses témoignages irrécusables. Ces triomphes de l’Amour, que le Tasse allait bientôt chanter, l’antiquité les avait dès longtemps célébrés, et Philippe leur avait consacré, au temps d’Auguste, une de ses épi-
l’SYCHÉ.
grammes1 2 : « Voyez, dit le poëte grec, ces Amours « chargés des armes qu’ils ont ravies au ciel; voyez- « les portant les dépouilles des dieux immortels, celui- « ci enlevant l’arc d’Apollon, celui-là le bouclier de « Mars, et cet autre le foudre de Jupiter. » Quinze siècles après, les ombrages de Bello Sguardo 2 redisaient cette antique glorification de l’Amour..., de b Amour
Che fa spesso cader di mano a Marte La sanguinosa spada, ed a Netluno,
Scotitor délia terra, il gran tridente,
E le folgori eterne al sommo Giove 3.
Or , de même que Raphaël avait peut-être inspiré quelques-uns des plus purs accents de la poésie italienne , de même aussi les artistes de la Grèce et de Rome avaient du précéder le poëte de Thessalonique. On retrouve, en effet, dans l’art antique nombre de preuves des triomphes de l’Amour sur les dieux. Sur une pierre gravée du Musée capitolin, on voit Hercule qui, après avoir porté le monde sans fléchir, s’incline sous l’étreinte de l’Amour, en agitant vainement sa massue désormais impuissante4; tandis que sur une
1. Le poëte grec Philippe, de Thessalonique, vivait, selon les uns, au temps d’Auguste, et, selon d’autres, était contemporain de Nerva et de Trajan.
2. Bello Sgardo était le Versailles des ducs de Ferrare. C’est, dans ce palais que fut représentée pour la première fois YAminta (4573).