DESSINS INSPIRÉS PAR L’ANTIQUITÉ
Raphaël confiait à cle nombreux dessins ses pensées les plus intimes, ses admirations les plus vives. Quelquefois une simple étude, sortie d’un seul jet de sa plume , devenait un tableau. Quelquefois aussi , enflammé par un texte que lui traduisaient quelques-uns de ses savants amis, il refaisait une des œuvres mémorables qui avaient le plus excité l’enthousiasme de l’antiquité. Un puissant aiguillon stimulait d’ailleurs son activité. La gravure prenait chaque jour une extension et une popularité croissantes. Déjà l’Allemagne et l’Italie échangeaient les productions de leur art. Les images de Nuremberg arrivaient à Venise en grand nombre, et donnaient lieu à un commerce et même à des contrefaçons qui prenaient une véritable importance. Raphaël connaissait les œuvres d’Albert Durer et avait hâte d’entrer, par l’intermédiaire de la gravure, en relation avec ce grand maître1. Peu après son
Saint-Vital, à Ravenne, gravé en 1519 par Marc de Ravenne, marque aussi que, de tous les points de ITtalie, Raphaël se faisait envoyer les dessins des plus beaux antiques.
1. Albert Durer avait fait un voyage à Bologne, antérieurement au séjour que Raphaël y fit lui-même. Le Sanzio dut donc admirer chez le Francia les estampes qu’y avait laissées le maître de Nuremberg. Raphaël entra plus tard directement en relation avec Albert Durer, d’abord par l’échange de dessins, puis par l’envoi de gravures. On connaît, dans la collection Albertine, le beau dessin à la sanguine, représentant deux hommes nus, qui servit d’étude pour l’un des groupes de la Bataille d’Ostie, et sur lequel Albert Durer a écrit de sa main : « 1515. Raffael d’Urbin, qui est en si grande estime au- « près du pape, a fait ces figures nues et les a envoyées à Albrecht « Durer de Nürnberg, pour lui montrer un ouvrage de sa main. » En outre Albert Durer rapporte, dans son journal, qu’en 1520 il
arrivée à Rome, il eut la fortune de rencontrer le seul artiste peut-être auquel la nature eût donné toutes les qualités nécessaires pour comprendre sa pensée, et pour la plier, sans la défigurer, aux exigences du burin. En 1510, Marc-Antoine Raimondi abandonnait l’école de Fi ’ancia, et venait demander au Sanzio un enseignement plus large et des modèles plus grands. Des lors il ne quitta plus Raphaël 1, il s’y attacha autant par le cœur que par le talent, et se voua tout entier à reproduire et à multiplier ses œuvres. La gravure n’avait alors aucune des prétentions que lui a données depuis le perfectionnement de l’outil. Elle ignorait les tailles savantes à l’aide desquelles le burin croit pouvoir rivaliser avec le pinceau; elle n’aspirait à reproduire ni les tableaux, ni les fresques; elle était plus humble et plus sage dans son ambition; elle prenait simplement les dessins originaux des maîtres, s’appliquait à les interpréter avec une fidélité scrupuleuse, et cherchait surtout à en retrouver l’esprit. Heureuse ignorance du métier! qui permettait au graveur de se donner tout entier au culte de la forme , de n’employer qu’un instrument docile pour refléter le sentiment et l’inspiration. Heureuse simplicité! grâce à laquelle Marc-Antoine, en propageant les idées de Raphaël, contribua sans doute à les faire naître en plus grand nombre 2.
envoya' son œuvre gravé à Raphaël , pour que celui-ci lui fît remettre en échange les planches gravées d’après ses compositions.
\ . Sauf pour un voyage de courte durée à Venise.
2. Nous n’avons pas l’intention de parler ici de tous les dessins
APOLLON
APOLLON
Dès son arrivée à Rome, Raphaël s’était arrêté avec émotion en présence des trésors réunis déjà dans le palais des papes. Il voyait enfin face à face cette antiquité après laquelle il aspirait depuis longtemps : l’Apollon duRelvédère, leLaocoon, célébré par Sadolet1, l’Ariadne, chantée par le Castiglione2, le Torse, l’Antinoüs, etc. Livré à lui-même et libre de toute
que l’inépuisable invention du Sanzio tira de l’étude de l’antiquité. Nous nous contenterons de choisir et d’étudier les plus importants.
Sadolet, oper. III, p. 245, Yerona, 1738. — Sur la découverte du Laocoon dans les Thermes de Titus, Francesco da San Gallo s’exprime comme il suit : Io era di pochi anni la prima vol ta, diio fui in Roma, che fu detto al Papa, che in una vigna presso a S. Maria Maggiore s' era trovato certe statue molto belle. Il Papa comandù a un palafreniere : va, e di a Giuliano da San Gallo, che subito levada avedere, e cosl subito v’ando : e perché Michelangelo Bonaroti si trovam continuamente in casa , die vüo padre Pavera fatto venire, e gli aveva allogata la sepoltura del Papa; voile , che ancore lui andasse ; ed io cosi in groppa a mio pad;re, e andammo. Scesi dove erano le statue ; subito mio padre disse : questo è Laocoonle, di cui fa menzione Plinio. Si fece crescere la buca, per poterlo tirar fuori ; e visto, a tornammo a desinare. (Carlo Fea, Nolizie intorno Raff..., p. 21.)