‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 212 sur 214 · I . La Fontaine, poëme à’ Adonis · texte numérisé non relu

I . La Fontaine, poëme à’ Adonis

déjà dit, dans les fresques du château Saint-Ange. L’exécution de ces peintures se sent de l’influence florentine, mais la pensée qui les anime appartient à l’école romaine. Ces fresques forment une frise divisée en neuf tableaux rectangulaires, entourés de riches encadrements, dans lesquels figurent des Amours, des Chimères, des masques, des guirlandes de fleurs et divers motifs d’architecture. Ce sont des peintures d’une couleur agréable, blonde, légère et transparente. Le dessin en est facile, mais ne rappelle que de loin les caractères élevés de l’école immédiate de Raphaël1.

Le premier de ces tableaux reproduit presque identiquement la première gravure du Maître au Dè; seulement la jeune fille qui écoute le récit de la vieille femme est entièrement nue, et d’un dessin élégant et fin. En général, toutes les figures de ces fresques sont plus longues que fortes ; elles ont plutôt l’élan de la nature florentine que l’aplomb et la force du type romain. — Le second tableau participe à la fois de la deuxième et de la quatrième gravure. On voit Psyché adorée comme une déesse, et l’oracle d’Apollon qui prononce sur son sort. Sur le premier plan, à droite, une femme est assise, accoudée sur un sac. C’est une figure un peu longue, toute personnelle à l’artiste qui a exécuté ces fresques, et qui appartient bien en propre à l’art florentin. Cette figure fait même penser à l’école de Fontainebleau, à Primatice et au Rosso. Dans le ciel de ce tableau, Vénus désigne Psyché aux coups de Cupidon. Ce dernier groupe reproduit à peu près la fresque de la Farnésine. — Dans le troisième tableau, qui rappelle la cinquième gravure, Tsychc est conduite sur la montagne où doivent s’accom-

f . La chambre où se trouvent ces fresques est précédée d’un salon, également orné d’une frise très-riche, de la même époque et d’une exécution analogue, dont les sujets sont tirés de l 'Histoire de Persée et d’Andromède. Les plafonds de ces deux chambres sont ornés de caissons; dans ces caissons, des arabesques d’une délicatesse extrême et d’une admirable couleur sont peintes sur fond d’or. Au plafond de la plus grande de ces deux chambres, on voit encore l’anneau qui a servi à fixer la corde à laquelle fut pendu le cardinal Petruzzi.

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plirses destinées. Les deux beaux enfants qui marchent devant la litière, dans le dessin gravé par le Maître au Dè, manquent dans le tableau du château Saint-Ange. Cette troisième fresque est d’ailleurs fort abîmée. — Le quatrième tableau tient de la huitième et de la neuvième gravure. Il montre le repas de Psyché, et au fond, Psyché couchée dans les bras de l’ Amour. Cinq nymphes .au lieu de deux servent l’épouse de Cupidon, et les musiciens, qui, dans la huitième gravure, occupent toute la partie droite de la composition, ne sont pas dans la fresque. Cette peinture a également souffert. — Dans la cinquième fresque, où Psyché découvre le secret de l’Amour, on reconnaît, sans changement notable, la treizième gravure. Tout s’y trouve et rien n’y est changé. — Le sixième tableau reproduit la dix-septième gravure. C’est la même Vénus, gourmandant son fils malade des suites de sa blessure. Seulement le groupe des trois déesses , Vénus, Junon et Cérès, n’est pas aussi nettement indiqué. — Le septième tableau résume à la fois la vingt-unième et la vingt-deuxième gravure. D’un côté, Psyché est traînée devant Vénus et battue de verges par les suivantes de la déesse. De l’autre côté, Psyché implore Aphrodite, qui lui commande de séparer les graines qu’elle a mêlées ensemble. — Dans la huitième fresque on retrouve les traits principaux des vingt -quatrième, vingtseptième et vingt-huitième gravures. Psyché, envoyée par Vénus aux enfers, reçoit de la tour les renseignements qui lui permettront d’accomplir le voyage redoutable. Proserpine remet à Psyché l’essence d’immortelle beauté. L’Amour ranime Psyché étendue à terre et prête à succomber. Dans ce même tableau, on voit également Psyché qui offre à Vénus le vase qu’elle a rapporté des enfers, sujet que nous avons vu dans les fresques du septième pendentif de la Farnésine, mais que rien ne rappelle dans l’œuvre du Maître auDè. — Enfin le neuvième et dernier tableau est la répétition du banquet des dieux tel qu’on le voit dans la trente-unième gravure; il

montre en outre Mercure conduisant Psyché dans l’Olympe.

Les nombreuses analogies et en même temps les différences notables qui existent entre les gravures du Maître au Dè et les peintures du château Saint-Ange prouvent, ce me semble, que les disciples de Raphaël ont trouvé dans les cartons du maître les éléments de leurs œuvres, que chacun a puisé dans le patrimoine de tous et en a usé suivant son aptitude et selon ses besoins. S’il est vrai que ce soit Michel Coxie qui a fourni au Maître au Dè les dessins de ces gravures, il est plus vrai encore que Michel Coxie s’est servi des richesses qu’ Adrien Van Orley, son maître, tenait directement de Raphaël; et c’est évidemment ce même fond, commun à toute l’école du Sanzio, qui a également inspiré Perino del Vaga ou les disciples qui travaillaient sous ses ordres au château Saint- Ange. — Ainsi, le Sanzio, cela paraît certain, a guidé les graveurs et les peintres qui vinrent après lui, et la fable de Psyché, répétée par mille échos divers, a conquis sa popularité dans l’art moderne, en ne cessant d’être associée au nom du plus grand des peintres.

Les vers de La Fontaine et de Molière se sont offerts à nous comme d’eux-mêmes dans le cours de cette étude complémentaire, d’abord parce qu’ils traduisent le texte d’Apulée avec l’esprit de notre grande époque littéraire, et ensuite parce qu’ils forment une opposition remarquable avec l’expression constamment noble des dessins que ce même roman a inspirés à Raphaël. Dans la Psyché de La Fontaine, dans la Psyché de Molière et de Corneille, comme dans la Psyché d’Apulée, on saisit toutes les nuances de l’art dramatique, depuis le sublime jusqu’au comique et même jusqu’au trivial, en passant par l’emphase et le ridicule. Rien de semblable, nous l’avons vu, dans la Psyché de Raphaël, où tout se tient à un niveau également élevé. La poésie du xvne siècle, en repro-

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duisant ce qu’il y a d’irrévérencieux dans le récit du rhéteur africain, a presque fait une caricature de cette belle allégorie de l’Ame, que Raphaël s’est attaché toujours à dégager des entraves de la mythologie romanesque et à replacer dans le pur domaine de l’idéal religieux. La postérité ne s’y est pas trompée et elle a rendu à chacun selon ses œuvres. Bien que le roman de La Fontaine soit rempli d’une grâce naïve et tendre , bien que le ballet représenté devant Louis XIV soit animé de la verve étincelante de Molière, et que le génie du grand Corneille y fasse jaillir çà et là de vives étincelles, ni le poëme, ni la comédie1 n’ont pris rang parmi les grandes manifestations littéraires du xvne siècle. Au contraire la faveur qui accueillit, dès son apparition, la Psyché de Raphaël, ne s’est pas un instant démentie, et est encore telle aujourd’hui qu’elle était il y a trois siècles.

Les fresques de la Farnésine n’ont du reste pour ainsi dire rien de commun avec les gravures du Maître au Dé, non plus qu’avec les peintures du château Saint-Ange. L’idée de la première fresque, Vénus désignant Psyché aux traits de l'Amour, apparaît dans un coin du ciel de la deuxième planche. La deuxième fresque, l'Amour montrant Psyché aux Grâces, exprime une pensée charmante, qui appartient en propre au Sanzio, et qn’on ne rencontre pas dans les dessins qui traduisent presque littéralement le roman d’Apulée. 11 faut passer de suite à la dix-septième gravure pour retrouver la trace des fresques de la Farnésine, mais rien d’ailleurs ne ressemble au tableau du troisième pendentif, Vénus se plaignant a Junon et a Gérés de la trahison de son fds. Dans la planche dix-huitième on reconnaît les sujets des quatrième, cinquième et sixième pendentifs de la Loge, Vénus montant au ciel, Vénus implorant Jupiter contre Psyché, et Mercure descendant du ciel pour publier les ordres de Jupiter . Rien ne fait songer, dans l’œuvre

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