‹ Raphaël et l'antiquitéChapitre 92 sur 214 · Voir dans ce volume, page · texte numérisé non relu

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2. N’ayant, pas été à Rome avant 1848, j’emprunte à ceux qui ont vu la villa de Raphaël la description de la chambre où se trouvaient les peintures qu’on voit maintenant au palais Borghèse: « Les murs « de la chambre voûtée étaient divisés, par des hermès mâles, en « différents compartiments, couverts de grotesques et de figurines.

« Dans les compartiments du milieu, on voyait un petit temple avec « la statue de Diane d’Éphèse; autour, au milieu d’une ornementa- « tion de fantaisie, des génies ailés jouant avec des Amours, dans « les tableaux des côtés, un cygne se promenant sur l’eau, et, parmi « les grotesques de l’entourage, deux joyeux satyres jouant des « timbales. Des guirlandes de feuillages entouraient les caissons de « la voûte, où étaient représentés, entre de légers ornements, des « génies et des enfants jouant ensemble. Sur les caissons plus étroits, « au-dessus des fenêtres, étaient peintes les figures de Mercure et « de Minerve... Les deux caissons principaux du plafond contenaient, « toujours avec dos entourages analogues, deux médaillons avec des « portraits de jeunes femmes. L’une était nue, 1 autre avait la gorge « à demi couverte; la troisième portait un vêtement blanc avec des « broderies rouges; la quatrième, vue de profil, était également vê- « tue. Il est probable que ces portraits étaient faits d après nature « et représentaient des parentes ou des amies du propriétaire de la « villa; c’est d’ailleurs sans raison qu’on les nomme les maîtresses « de Raphaël, et qu’elles sont gravées comme telles par Godefroy et « Aubert dans le Recueil d’estampes gravées d’après les pein-

Combien de temps ces peintures resteront-elles encore à Rome? Qui peut le dire? Les voilà maintenant mobiles, pouvant aller et venir, suivant le caprice des révolutions, suivant les fantaisies de la fortune, suivant l’inconstance ou la fragilité des hommes.

Nous avons vu, il y a peu d’années, au Mont-de-Piété romain, d’autres fresques où respirait aussi le génie de Raphaël. Elles avaient été détachées de la Magliana

« tures antiques italiennes , par A. R. Desnoyers, dessinées en « 1818 et 1819 (Paris, 1821)... Ces figures élancées et élégantes, <r exécutées à fresque avec beaucoup de délicatesse, trahissent la « manière de Perino del Vaga, et les deux plus grands tableaux, « d’après des compositions de Michel-Ange et de Raphaël, ont pu « également avoir été exécutés par ce même élève de Raphaël. Ce « sont les Vices tirant à la cible, d’après Michel-Ange, et le Ma- « riage de Roxane, d’après Raphaël. » (Nous avons dit [page 127 note 3j pourquoi nous ne pensions pas devoir attribuer à Perino del Vaga la fresque peinte d’après le dessin de Raphaël et représentant le Mariage d.J Alexandre et de Roxane.) « Quant au « tableau du milieu, représentant le Mariage de Vertumne et de « Pomone, il a vraisemblablement été composé par un élève de Ra- « phaël, et il révèle un faire tout différent de celui de Perino del « Vaga. Cette dernière peinture est quelquefois désignée sous diver- « ses dénominations, tantôt le Lever d’ Alexandre et de Roxane, tan- « tôt la Fête de b lore, tantôt Vénus et Adonis. La première dénomi- « nation se trouve sur une gravure exécutée par un Florentin, avec « cette marque : I. F. (Rartsch, t. XV, p. 502.) Ce graveur a, du « reste, reproduit cette composition en lui prêtant le style de Michel- « Ange, ce qui fait qu on a pu attribuer l’invention de ce sujet à « Baccio Bandinelli, quoique ce tableau ne porte pas la moindre « trace de l’école de Michel-Ange. » (Passavant, t. II, p. 235 et 236.)

1. La Magliana était une villa siluée près du Tibre, à cinq milles de Rome environ. Construite par Innocent VIII, elle avait été agrandie par Jules II, et Léon X en avait fait ensuite un rendez-vous de chasse. Elle appartient maintenant au couvent des religieuses de Sainte-Cécile. Dans la chapelle de ce palais, Raphaël avait peint, ou

et étaient tristement exposées, dans le refuge de l’indigence, au regard banal et indifférent de la foule. Bientôt, il est vrai, elles trouvèrent un asile dans une salle obscure de l’église de Sainte-Cécil e-in-Trastevere. Ailleurs, à la villa Lante S on a également enlevé ce qui restait des fresques de Jules Romain 2. Ces peintures ont reçu de suite une hospitalité digne d’elles dans la galerie du palais Borghèse, à côté des tableaux provenant du Casino de Raphaël... Hélas! arrachées des murs où elles avaient été peintes, toutes ces fresques ont perdu, non-seulement leur caractère historique et monumental , mais encore une partie de leur valeur pittoresque. L’artiste conçoit différemment une fresque dont la destination est fixe, et un tableau portatif qui doit pouvoir se présenter indifféremment dans telle ou telle circonstance et dans telle ou telle position, dans le palais d’un prince aussi bien que dans la demeure d un artiste ou dans 1 habi tation d’un amateur. Les peintures murales, transportait peindre, d’après ses cartons, plusieurs fresques qui ont été transportées sur toile. Ces fresques n’appartiennent pas à notre sujet; nous n’avons donc pas à nous en occuper.

1. Cette villa fut, d’après le témoignage de Vasari, construite en 1524, par Jules Romain, pour Balthazar Turini da Pescia, qui avait été dataire du pape et grand ami de Raphaël. Pillée et ravagée en 1527, par les bandes étrangères du connétable de Bourbon, elle a souffert aussi du siège de Rome en 1848. Elle appartenait, depuis le dernier siècle, aux ducs Lante, qui la vendirent, en 1824, au prince Borghèse. Elle est maintenant la propriété des religieuses du Sacré-Cœur.

2. Notamment la fresque qui représente Clélie s élançant dans le Tibre pour échapper à Porsenna.

tées sur toile, deviennent lourdes en perdant leur solidité. 11 semble qu’elles traînent péniblement après elles la pierre sur laquelle elles reposaient jadis avec sécurité. Sans doute il est heureux qu’elles ne participent pas à la ruine totale des monuments auxquels elles appartenaient. Mais combien il serait préférable de respecter les monuments eux-mêmes, et de voir toutes ces fresques sous leur jour et dans leur cadre primitifs : les unes dans la chapelle de la Magliana, telles que le cardinal Alidosio les avait souhaitées pour complaire à Léon X; les autres dans la villa de Monseigneur Balthazar Turini da Pescia, sur le Janicule; les dernières enfin dans le Casino, dont la grâce se mariait, avec la poésie de la légende, au nom de Raphaël !

PSYCHÉ

C’est à la Farnésine qu’il faut revenir pour compléter et achever cette étude. L’harmonie habite les portiques élégants de ce palais, et c’est là véritablement que le génie de Raphaël s’est déployé dans toute son étendue.

On dit que ce fut Arioste qui indiqua à Raphaël le sujet de Psyché1. Cela est possible; mais l’œuvre d’Apulée était populaire en Italie dès la fin du xve siècle. Les Métamorphoses avaient été imprimées pour la pre-

I . Haphaël connut Arioste en 1516. C’est vers ce temps que parut XOrlando furioso, sauf les six derniers cliants, qui ne parurent qu’en 1532, douze ans après la mort du Sanzio. Bien que les relations d’Arioste avec Raphaël soient incontestables , il est impossible de savoir quel degré d’influence le poëte a pu exercer sur le peintre.

mièrefois, à Rome, en 1469 puisàVicence en 1488 2, à Venise en 1493, et à Milan en 1497 3; enfin, en 1500, Beroalde l’Ancien 4 avait publié ses commentaires sur Y Ane d'or 5, et la Renaissance s’était sentie violemment éprise de l’allégorie toute spiritualiste de Psyché. « La grâce qui fait de toutes choses un miel aux humains, donne de l’autorité à l’erreur et fait croire l’incroyable6. » L’art sortait de la fable grecque comme d’une source vive. Raphaël, plus que tout autre, devait être saisi par cette fiction si poétique et si fraîche, au moyen de laquelle il allait, sans rien abdiquer de lui-même, revêtir la forme antique pour s’élancer vers l’infini. Aussi voulut-il consacrer à l’Amour et à Psyché les tableaux qu’il s’était engagé à peindre dans la loggia de la villa Chigi. Longtemps il

1. Lucius Apideius. — Metamorphoseos liber : ac nomiulla alia opuscula ejusdem : necnon epitoma... anno M.CCCCLXIX. Romæ, .... in-fol. — Cette première édition, exempte des corrections hasardées que présentent les éditions suivantes, est très-bonne et très-rare.

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