Les Mattéi avaient pris le litre de ducs de Giove
3. Cette reproduction eut lieu sans doute sous la direction de Jules Romain, peu de temps après la mort de Raphaël.
1 abbé Rancureuil, qui fit faire alors sur cette partie du Palatin des fouilles importantes 1. En 1818, elle fut acquise par un Anglais, sir Charles Mills, qui la vendit ensuite a un de ses compatriotes, M. Plowden, lequel enfin s en dessaisit en faveur des religieuses de la Visitation 2.
Un palais ne saurait passer par tant de mains difiei entes sans subir à chacune de ces vicissitudes de graves altérations. Chaque propriétaire a voulu y laisser la tr ace de son passage. Des adjonctions successives sont venues dénaturer l’ordonnance primitive, et, sous prétexte d agrandissement, toute harmonie a bientôt disparu. C est ainsi que la Loge construite par Jules Romain pour les fresques qui nous occupent a perdu tout son caractère; au lieu de recevoir directement la biise embaumée des jardins, elle se trouve maintenant reléguée au fond d un vaste appartement. Les trois colonnes ioniques qui soutenaient le gracieux portique ne sont plus que des supports insignifiants. Le charme s’est évanoui. La mesure de ce qui devrait être permis a été dépassée, le jour où sir Charles Mills a transformé une villa romaine du temps de Léon X en quelque chose qui n’a plus de nom dans aucune langue, ni chez aucun peuple. De pareilles excentricités sont intolérables dans un lieu doublement consacré par l’histoire
1. Ce fut en 1777 que l’abbé Rancureuil découvrit les trois belles salles du rez-de-chaussée de la maison d’Auguste.
2. Ces religieuses étant sévèrement cloîtrées, personne ne peut plus maintenant pénétrer dans la villa Palatina.
et par l’art; elles déshonorent le Palatin et profanent la colline la plus majestueuse de l’ancienne Rome. Quant aux Visitandines qui sont venues là chercher un refuge, leur réunion dans cette magnifique solitude n’est pas sans poésie. En face du Colisée et sur les ruines mêmes du palais des Césars, ce n’est pas trop de la pureté des vierges pour laver les souillures du vieux monde. Mais avant que le couvent prît possession de la villa, les fresques qui célébraient les triomphes de l’Amour en avaient ete distraites C Acquises par le marquis Campana, elles appartiennent maintenant à la Russie, et c’est à Saint-Pétersbourg désormais qu’il faut aller les voir. Le voyage de Rome était plus facile et plus beau.
1 . Ces fresques avaient été restaurées par Camuccini, au lernps où sir Charles Mills était propriétaire de la villa.
D’autres fresques, qui ont survécu à la destruction des palais qu’elles ornaient, ont été plus heureuses que celles de la villa Pàlatina et jouissent encore du ciel de l’Italie.
On voyait, il y a quinze ans, dans les dépendances de la villa Borghèse, un joli casino que la tradition avait, à tort ou à raison, consacré sous le nom de Villa de Raphaël. En 1785, le cardinal Giuseppe Doria avait acheté ce casino au marquis Olgiati ; il appartint ensuite à 1 avocat jNelli; celui-ci le céda au prince Borghèse, qui l’enclava alors dans sa propriété. Voisin des remparts de Rome, il ne put trouver grâce devant les rigueurs du siège de 1848. Mais les trois principales fresques, exécutées dans une des chambres du rez-dechaussée, avaient été, dès 1844, détachées des murs et transportées dans la galerie Borghèse, où on les voit encore aujourd’hui. Ces fresques représentent : le Mariage d'Alexandre et de Roxane; Vertumne et Porno ne ; et les Vices assiégeant la Vertu } ou les Passions,
qui, pendant le sommeil de l’Amour, poursuivent de leurs traits une cible mystérieuse. La première de ces compositions est la seule qui soit exécutée d’après un dessin de LUrbinate, et nous en avons parlé en étudiant ce dessin L La seconde est de l’invention d un élève du Sanzio. Quant à la troisième, elle atteste hautement le génie de Michel-Ange; mais comme elle est traitée d’après les procédés de l’école de Raphaël, on est autorisé à croire que c est une copie faite pai un élève du Sanzio d’après un dessin du Buonarotti 2.