‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 11 sur 100 · FRAGMENT DUNE FRESQUE DR SIGNORKI.1.I A MONTE OLIVETO · texte numérisé non relu

FRAGMENT DUNE FRESQUE DR SIGNORKI.1.I A MONTE OLIVETO

plus salutaire, au point de vue du dessin, son action fut loin d'être aussi féconde. Sous ce rapport, le passage par l'atelier de Pérouse a profondément troublé l'adolescent qui cherchait sa voie. Écoutons Vasari : « Raphaël », dit en substance le biographe, « éprouva beaucoup de peine à se défaire de la manière mesquine, sèche et pauvre de dessin à laquelle il s'était habitué chez le Pérugin ; ce n'est qu'au prix des plus grands efforts qu'il apprit à rendre la beauté des nus et les secrets des raccourcis, en étudiant le carton peint par Michel-Ange pour la salle du Conseil de Florence. »

A considérer les figures, tour à tour grêles, sèches ou anguleuses, que Raphaël a dessinées à cette époque, on est parfois tenté de croire à un recul : le fait est qu'il y a eu un arrêt. La timidité devint d'ailleurs pour l'adolescent un élément

GROUPE DE DEUX ARCHERS (Musée Wicar, à Lille.)

de progrès; elle le poussa à consulter sans cesse la nature, ce qu'il n'eût pas fait avec le même scrupule s'il avait appris plus tôt, chez les Florentins, à corriger, à affiner ses contours.

Au point de vue de la composition, enfin, le Pérugin ne pouvait prétendre à exercer une influence bien grande. C'était un génie essentiellement contemplatif; le sentiment tenait lieu chez lui d'imagination, et jamais peintre n'eut

INFLUENCE DE PÉRUG1N.

moins d'idées. Mais l'essence même de son talent éveilla chez Raphaël les qualités par lesquelles celui-ci n'a cessé de charmer la postérité : la grâce, la tendresse, le culte de la nature.

Ne soyons donc pas trop rigoureux pour le vieil artiste. Imitons son élève,

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PORTRAIT DE VIRGILE (d'aPRÈS LE TABLEAU DU PALAIS D'uRBIN) (Académie de Venise.)

qui professa toujours pour lui une respectueuse gratitude, et qui, dans l'École d'Athènes encore, plaça son portrait à côté du sien. Les noms du Pérugin et de Raphaël sont en effet inséparables dans l'histoire de l'art. On oublie trop que l'un a été pour l'autre plus qu'un précepteur bienveillant, plus qu'un initiateur habile : qu'il a été un modèle, auquel, pour compter parmi les gloires les plus pures de l'École italienne, il n'a manqué qu'une chose : de ne pas se survivre

à lui-même. Un ancien a parlé de ces hommes qui savent mourir à propos : « Félix opportunitate mortis ». Pourquoi le Pérugin n'est-il pas mort au moment où il prenait congé de Raphaël? La postérité ne prononcerait son nom qu'avec respect.

La réputation du Pérugin a longtemps relégué dans l'ombre celle d'un de ses

compatriotes et collaborateurs, talent moins pur et moins élevé, mais imagination plus alerte, plus curieuse, plus brillante : le lecteur a nommé Bernard i no Pinturicchio, que l'on sait précisément avoir résidé à Pérouse en 1 5o i . L'ancien favori des Borgia représentait le style narratif, si négligé par tous les autres maîtres ombriens, Buonfigli excepté.

Quoiqu'il cultivât le genre historique plutôt que la grande peinture d'histoire, son influence n'a pas peu :ontribué à ouvrir à l'art ombrien les horizons plus étendus que ceux Pérugin. Nul ne prenait tant plaisir à dérouler aux yeux du spectateur de brillants cortèges, à :cumuler dans ses tableaux les )lus riches ornements.

Il est aujourd'hui établi que

Raphaël a mis à contribution

l'œuvre de Pinturicchio avec

presque autant d'ardeur que celui du Pérugin, et que les deux Ombriens ont

été, à des titres différents, ses maîtres et ses initiateurs.

Si une critique ferme et impartiale a le devoir de constater ces emprunts, elle a aussi celui de combattre les accusations de plagiat que quelques admirateurs fougueux de Pinturicchio ont dirigées en ces dernières années contre Raphaël. Aies en croire, celui-ci, dans la Vierge entre saint Jérôme et saint François (au musée de Berlin), et dans le Couronnement de la Vierge (à la Pinacothèque du Vatican), se serait borné à traduire en peinture des esquisses de Pinturicchio. Nous montrerons plus loin sur quel fondement fragile reposent de telles impu-

GROUPE DE QUATRE PERSONNAGES (Musée Wicar, à Lille.)

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