PORTRAIT DE JULES II
(Muscc des Offices.)
La place que l'antiquité tient dans les préoccupations de Raphaël est trop grande pour que nous puissions examiner ici ce grave et intéressant problème ; aussi lui consacrerons-nous un chapitre spécial, dans lequel nous rechercherons tout ce que Raphaël, comme peintre et comme architecte, a dû à l'art des anciens.
Pour ne venir qu'au second rang, après Rome antique, Rome chrétienne n'en était pas moins riche en souvenirs glorieux, en monuments d'un luxe éblouissant. Cinquante basiliques offraient aux regards des fidèles leurs superbes rangées de colonnes monolithes, leurs précieuses incrustations de marbre et d'émail, leurs tabernacles resplendissants d'or. Elles les entretenaient tour à tour de la victoire de Constantin, des exploits de Charlemagne, dont l'image brillait au fond de plus d'une abside, des luttes de l'Église et de l'Empire. Crescentius, les Othon, Robert Guiscard, Arnaud de Brcscia, Frédéric Barberousse, Charles d'Anjou, Cola di Rienzo, tribuns ou réformateurs, aventuriers ou souverains, avaient passé par là, signalant leur passage par de riches fondations, par des dévastations horribles ou par des projets grandioses qui, pour n'avoir pas été réalisés, n'en restaient pas moins vivants dans la mémoire du peuple. Une série de monuments hors ligne proclamait la magnificence des souverains pontifes, depuis les portes de bronze de Saint-Paul hors les murs, commandées à Constantinople par Hildebrand, le futur Grégoire VII; depuis la fresque de Giotto retraçant les pompes du jubilé célébré en i3oo par Boniface VIII, jusqu'aux splendides créations des papes du xve siècle. On peut dire que l'histoire du moyen âge était écrite là en traits ineffaçables, non pas seulement l'histoire romaine, l'histoire locale, mais l'histoire môme du monde chrétien.
Raphaël étudia certainement les mosaïques des sanctuaires chrétiens, ces pages éblouissantes, encore tout empreintes de la grandeur classique. Les unes, comme celles de Sainte-Constance, pouvaient lui fournir les modèles d'ornementation les plus délicats : Psychés et Éros, enfants vendangeurs, oiseaux, fleurs, vases, traités avec la plus entière intelligence des effets décoratifs. D'autres, notamment celles de Sainte-Pudentienne, devaient le familiariser avec la belle ordonnance des peintures antiques. En ce qui concerne ces dernières, tout tend à prouver que Raphaël a connu l'œuvre du mosaïste du ive siècle. « Regardez bien, a dit un critique, dans la Vision d'E^ecbiel, les figures symboliques des quatre évangélistes, et notamment ce taureau fantastique, d'une forme et d'un caractère si archaïques et si grandioses, n'est-ce pas le même, quoique dix fois plus grand, le môme, à peu de chose près, qui est là devant vous, sur cette muraille, et ne faudrait-il pas un singulier hasard pour qu'un type aussi original, aussi particulier, eût été inventé deux fois? »
Sur le conseil de Raphaël, ses élèves étudièrent également les monuments de la primitive Église. Ils y trouvèrent plus d'un enseignement utile, plus d'un motif pittoresque. Nous pouvons, entre autres, signaler les rinceaux que son disciple, Jean d'Udine, emprunta aux mosaïques de Sainte-Marie Majeure, restaurées au XIIIe siècle, ou- refaites d'après un modèle ancien. Dans les fresques des Loges, ce décorateur si ingénieux copia non seulement l'élégant feuillage et les gracieux enroulements qui ornent l'abside, mais encore les oiseaux, les écureuils, les souris, qui folâtrent au milieu des fleurs.
Raphaël se pénétra si bien des avantages de la mosaïque, vraie peinture pour
l'éternité, que, dans les « Stances », il fit disposer en forme d'incrustation le fond des fresques des plafonds. Plus tard, dans la chapelle de Sainte-Marie du Peuple, il eut même la satisfaction de voir interpréter ses compositions par un habile mosaïste vénitien.
Les créations des époques postérieures le cédaient à peine en nombre et en importance à celles de l'antiquité chrétienne. Tous les styles et toutes les écoles étaient représentés par des monuments du premier ordre. Le Vatican formait à lui seul le résumé le plus complet de l'histoire des arts depuis la chute de l'empire romain. Au triple point de vue de l'architecture, de la sculpture et de la peinture, il n'y avait point de musée aussi riche au monde. Les maîtres les plus éminents en l'art de bâtir avaient tour à tour dirigé la construction de cette immense agglomération d'édifices. Les sculpteurs qui s'y étaient succédé formaient une légion, depuis l'auteur des bas-reliefs du sarcophage de Junius Bassus, jusqu'à Michel-Ange. La peinture y était peut-être représentée plus brillamment encore. Le palais apostolique resplendissait des fresques dont Frà Angelico avait orné la chapelle de Saint-Laurent et de Saint-Étienne ; celles de Melozzo da Forli brillaient dans la bibliothèque; celles de Mantegna, dans le Belvédère. Puis, venaient les compositions des « Stances », exécutées sous Nicolas V et Jules IL L'étage inférieur, l'appartement Borgia, s'honorait des fresques de Pinturicchio. La chapelle Sixtine à elle seule réunissait les plus belles productions de l'Ecole florentine et de l'École ombrienne. Ses fresques parurent inimitables jusqu'au moment où Michel-Ange peignit son fameux plafond. Malgré ce redoutable voisinage, plus d'un regard s'arrête aujourd'hui encore avec sympathie sur ces compositions si calmes, si recueillies, pleines d'une distinction si grande. Les Sibylles et les Prophètes peuvent les éclipser, ils ne les feront pas oublier.
A Saint-Pierre, l'attention était surtout absorbée par les mosaïques et par les verrières. Dès « l'atrium », la « Navicella » de Giotto s'imposait au regard et forçait l'admiration. La basilique entière brillait comme un vaste écrin; les pèlerins étaient éblouis par le scintillement de ces immenses surfaces incrustées d'émaux, dont l'éclat rivalisait avec celui des pierres précieuses. On ne voyait que saphirs, rubis, émeraudes, lames d'or. La chapelle du pape Jean VII, le tombeau de l'empereur Othon II, l'abside d'Innocent III, excitaient surtout l'admiration par le fini et la richesse de leurs incrustations. Les tons sévères des monuments de bronze ou de marbre accumulés dans la basilique, depuis la statue de saint Pierre jusqu'aux mausolées du xve siècle, étaient bien faits pour en rehausser encore l'éclat. L'ardeur de Jules II et de Bramante ne devait pas tarder, hélas! à détruire un ensemble unique au monde.
Parlerons-nous des trésors accumulés dans les autres monuments romains ? A chaque pas, se rencontraient des peintures signées des noms les plus illustres. La plupart de ces maîtres étaient pour le Sanzio des figures de connaissance. Mais
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désormais ses pensées étaient ailleurs, et s'il a regardé leurs ouvrages, ce n'a été que d'un œil distrait.
Lorsque Raphaël vint se fixer dans la Ville éternelle, Rome n'était pas seulement la capitale des arts, elle était aussi l'arbitre de l'Europe. Au gouvernement spirituel des peuples venait se joindre, comme jadis, la gloire des armes. L'Italie tremblait devant Jules II, que ses flatteurs comparaient à son homonyme Jules César; la France, l'Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre, recherchaient tour à tour son alliance ou éprouvaient la vigueur de son bras. L'homme qui avait appelé auprès de lui le jeune peintre d'Urbin, qui l'associait à ses hautes destinées, était le plus énergique des monarques, le plus ardent des adversaires, le plus fougueux des capitaines, — un soldat sous les traits et dans le costume d'un pape.
Né de parents pauvres et obscurs, Julien délia Rovere devait sa fortune à l'avènement de son oncle, Sixte IV. Celui-ci ne tarda pas à le pourvoir des plus riches prébendes, à le nommer archevêque d'Avignon, cardinal de Saint-Pierreès-Liens. Dès lors, le jeune prélat se distinguait par son esprit d'initiative, son amour de la vérité, sa passion pour les arts, et aussi, pourquoi le taire, par une violence dépassant toutes les bornes. Dévoué et généreux pour ceux qui entraient dans ses vues, il devenait impitoyable toutes les fois qu'il rencontrait de l'opposition. Il put donner un libre cours à ses passions pendant le règne de son oncle, comme aussi pendant celui de l'inoffensif Innocent VIII. Mais, lorsque Alexandre VI Borgia prit en mains le gouvernail de l'Église, des conflits ne tardèrent pas à s'élever, et bientôt la rupture devint inévitable. Julien délia Rovere éclata avec une véhémence inouïe et se posa ouvertement en adversaire du souverain pontife. Réfugié en France avec quelques amis dévoués, il ne songea plus qu'à la vengeance.
Mais détournons un instant les yeux de la politique et étudions le rôle joué par Julien délia Rovere comme protecteur des arts. Depuis longtemps, les artistes savaient qu'ils étaient en droit de compter sur la faveur du tout-puissant neveu de Sixte IV, à condition qu'ils se distingueraient de la foule par quelque qualité transcendante, car c'était un maître exigeant que le jeune cardinal de Saint- Pierre-ès-Liens. Pinturicchio et le Pérugin figurèrent successivement au nombre de ses protégés. Tel était son engouement pour le second de ces maîtres, qu'il refusa de le laisser remplir les engagements contractés envers l'œuvre du dôme d'Orvieto, et qu'il écrivit plusieurs lettres passablement menaçantes aux députés qui voulaient lui enlever son peintre favori.
Homme d'action avant tout, Julien n'hésitait pas, pour satisfaire ses rancunes du moment, à conclure les alliances les plus compromettantes, sauf à tourner le lendemain ses armes contre ses alliés de la veille. L'imprévu de ses résolutions déconcertait tous ses adversaires : personne ne faisait plus facilement volte-face dès que le but était atteint. Son emportement attira sur l'Italie des malheurs
i5o CHAPITRE IX.
incalculables. C'est lui qui décida Charles VIII à cette fameuse expédition de 1494, source de complications sans nombre, dont les suites se sont fait sentir jusqu'en plein xix'- siècle. Pour triompher des irrésolutions du roi, pour avoir raison de l'opposition de son entourage, il sut tour à tour supplier, promettre, menacer; en un mot, déployer toutes les ressources du machiavélisme le plus raffiné. Et c'est ce même homme qui, quinze ans plus tard, poussa contre les Français le cri féroce de : « Fuori i barbari » ! Hors d'Italie les barbares! A peine son élévation au trône pontifical a-t-elle réuni entre ses mains le sort de la papauté et celui de l'Italie, qu'il prend sous sa protection ce César Borgia contre lequel, dix années durant, il avait accumulé tant de haines, et le dérobe à la vindicte de l'Europe. Venise résiste-t-elle à ses prétentions, il appelle contre elle Louis XII et Maximilien; puis, par un de ces revirements qui lui sont familiers, il s'allie avec Venise contre les deux monarques. En i5i2, nouvelle alliance avec l'Empereur contre cette même Venise. Pour chasser d'Italie les « barbares » français, il invoque le concours des barbares allemands, suisses et espagnols, substituant à un mal une calamité encore plus grande! Qu'importe! le succès justifia ses entreprises et le pape-soldat mourut au milieu de son triomphe.
Ces contradictions ne doivent pas nous faire oublier les traits, vraiment héroïques, du caractère de Jules II, son indomptable énergie, ses efforts désintéressés pour l'agrandissement de l'Etat pontifical, la grandeur de ses conceptions. Tout, chez lui, a-t-on dit, sortait de la règle, ses passions comme ses entreprises. Sa fougue, son irascibilité, blessaient son entourage; mais ces défauts provoquaient la crainte, non la haine, car ils étaient exempts de petitesse, d'égoïsme banal. De même, ses projets excitaient l'admiration, non l'incrédulité ; car, loin de caresser des rêves chimériques, Jules II était sans cesse préoccupé des moyens d'exécution. L'Église avait vu au xve siècle des papes belliqueux. Mais qu'étaient ces souverains pontifes, dirigeant de loin les opérations militaires, en comparaison de cet ardent lutteur, impatient de se jeter dans la mêlée, entrant par la brèche dans la ville conquise, ne respirant que feu et flammes !
Quoique Jules II tînt du monarque séculier plus que du souverain pontife, le souci de la gloire de l'Église se mêlait à toutes ses préoccupations. De même que le népotisme était absolument étranger aux guerres entreprises par lui, — ses conquêtes profitèrent exclusivement à l'État pontifical, — de même la protection qu'il accorda aux arts était dictée par le désir de faire servir à l'illustration de la papauté toutes les forces intellectuelles dont il disposait. De là le caractère de grandeur qui nous frappe dans toutes ses créations et qui contraste si singulièrement avec les vues personnelles, comme aussi avec les molles élégances du règne de Léon X.
Jules II montra peu de goût pourla littérature. « Que me parles-tu délivres?» répondait-il à Michel-Ange qui lui demandait s'il devait le représenter un
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volume à la main. « Je ne suis pas un savant, moi ; donne-moi une épée. » Les humanistes virent de nouveau pâlir leur étoile, comme du temps de Paul II, sans que cependant la froideur du pape les empêchât de se multiplier et de faire fortune à la cour pontificale. La bibliothèque du Vatican, à laquelle Sixte IV avait donné une si grande impulsion, resta stationnaire ; bref, il sembla que de ce côté du moins la guerre eût absorbé toutes les pensées du pape.
Les encouragements que Jules II marchandait aux lettres, il les prodiguait à l'art. Il l'aimait d'un amour ardent, on pourrait presque dire excessif, si tant est qu'il puisse y avoir excès dans le culte du beau. Plus une conception était grandiose, plus elle le passionnait. Lorsque Michel-Ange lui objecta que la construction de son mausolée coûterait iooooo ducats, il s'écria, avec un dédain superbe : « Je t'en accorde 200000! » Malgré cette prodigalité, ou en raison même de ces sacrifices souvent exagérés, on pourrait être tenté de se demander si le pape avait sur l'art des vues personnelles, s'il savait raisonner ses préférences, s'il s'était créé une esthétique bien définie. Ou bien le neveu de Sixte IV, dévoré comme tous ses contemporains de la soif de l'immortalité, ne voyait-il, dans l'architecture, la sculpture, la peinture, que des moyens de perpétuer son nom? Il est certain qu'au début, quand il n'était encore que cardinal, Julien délia Rovere recherchait les artistes que lui signalait la renommée, les récompensait royalement, sauf à les congédier sans pitié dès qu'il s'en présentait de plus célèbres. Peut-être fut-ce un mobile analogue qui poussa le jeune prélat à sacrifier à l'entraînement général, et à former une collection d'antiques, dont la perle s'appelait l'Apollon du Belvédère. Dès lors, chez plus d'un amateur, la prodigalité tenait lieu de goût.
Cependant, lorsque, à la veille de la reconstruction de Saint-Pierre, Jules II eut à se prononcer entre Bramante et Giuliano da San Gallo, il fallut bien qu'il se guidât d'après ses seules lumières. Son arrêt fait le plus grand honneur à son goût; malgré son amitié pour San Gallo, il accorda la préférence à son rival, devançant ainsi l'arrêt de la postérité. Il montra tout aussi peu d'hésitation lorsqu'il eut a choisir entre Michel-Ange et ses rivaux, parmi lesquels figuraient des maîtres de la valeur d'André Sansovino ; son admiration pour le grand sculpteur florentin ne se démentit jamais. Même rectitude de jugement à l'égard de Raphaël, dont il devina du premier coup d'œil l'immense supériorité. Aussi ne sommes-nous pas surpris de ce que Jules II ait congédié, sans autre forme de procès, pour laisser le champ libre au nouveau venu, tous les peintres employés au Vatican, le Pérugin, Signorelli, Pinturicchio, etc., mais bien de ce qu'il ait eu l'idée, quelques mois auparavant, de faire appel à des artistes, tous déjà âgés, et tous représentants de tendances désormais condamnées. Ce fait ne prouve-t-il pas que, s'il savait apprécier la différence de talent, il ne distinguait guère entre les styles ? L'art ombrien avait à ses yeux autant de raison d'être que la Renaissance proprement dite, pourvu qu'il fût représenté par un homme supérieur.
Nature essentiellement violente, de même qu'il sacrifia tant d'artistes émi-
nents à ses trois maîtres favoris, Bramante, Michel-Ange et Raphaël, de même aussi Jules II porta ses efforts sur quelques points isolés, au lieu d'embrasser toutes les formes du beau dans leur magnifique ensemble, comme le fît son successeur Léon X. Il en était arrivé à distinguer entre les arts qui traduisent une pensée et ceux qui ne servent qu'à flatter la passion du luxe. S'il combla de bienfaits les architectes, les peintres et les sculpteurs, lui d'ordinaire si économe (il ne donnait à son maître d'hôtel que i5oo ducats par mois pour les dépenses courantes), en revanche les industries somptuaires ne trouvèrent auprès de lui que de faibles encouragements. On a vu beaucoup de papes plus magnifiques : ses prédécesseurs du xve siècle s'entouraient d'une pompe auprès de laquelle l'appareil à moitié militaire de Jules II avait quelque chose de rude et de grossier. D'innombrables orfèvres, joailliers, brodeurs, enlumineurs, étaient sans cesse occupés à exécuter pour eux les ornements les plus riches ; les maîtres véritablement grands, architectes, peintres, sculpteurs, se perdaient en quelque sorte dans la foule, alors toutefois qu'ils n'étaient pas forcés de prendre eux-même part aux travaux que l'on range aujourd'hui dans la catégorie des arts industriels. Nous n'avons pas pour mission de rechercher si, au point de vue de l'art, la révolution accomplie par Jules II fut un bienfait ou non. Il nous suffira de constater que, le premier, il dégagea nettement la personnalité du peintre, celle du sculpteur et celle de l'architecte. L'histoire de Bramante, de Michel-Ange et de Raphaël est là pour nous dire de quel succès furent couronnés les efforts de leur tout-puissant patron.
Les registres conservés dans les archives romaines permettent de contrôler, chiffres en mains, les goûts et les aspirations du pape. On y découvre que, depuis plus d'un siècle, l'orfèvrerie n'avait plus occupé une place aussi restreinte dans les comptes de la trésorerie pontificale : de loin en loin on trouve la mention d'une chaîne d'or offerte à quelque ambassadeur ou capitaine, ou encore de quelque ornement destiné au culte. Mais que sont ces acquisitions comparées aux prodigalités des règnes précédents ! Notons encore la commande des épées d'honneur et des roses d'or que le pape était tenu, par des traditions séculaires, d'offrir chaque année aux princes qui s'étaient le plus distingués au service de la chrétienté. Cependant, ici encore, éclate l'inégalité d'humeur de Jules IL Un jour il dit à un joaillier, en présence de Michel-Ange (qui ne perdit pas un mot de la conversation), qu'il ne voulait plus dépenser un liard ni en petites ni en grosses pierres (c'est-à-dire ni en joyaux ni en bâtisses), déclaration qui ne l'empêcha pas, à quelque temps de là, de commander une tiare du prix de 200 ooo ducats d'or, environ 10 millions de francs. Les orfèvres auxquels il s'adressait comptaient d'ailleurs parmi les premiers de leur temps. L'un d'eux, Domenico de Sutri, avait été en grande faveur auprès d'Alexandre VI. Quant à l'autre, Caradosso, c'était un artiste d'un mérite absolument supérieur, auquel il n'a manqué, pour éclipser Benvenuto Cellini,que de se faire, comme lui, le héraut de sa propre gloire.