LA CHAMBRE DE LA SIGNATURE
On apprécierait d'ailleurs imparfaitement la situation des artistes employés par le pape en ne considérant que la rétribution directe, immédiate, fixée pour leurs ouvrages. Beaucoup d'entre eux étaient en possession de charges ou de bénéfices qui venaient fortement grossir le chiffre de leurs honoraires ou même en tenir lieu.
Raphaël reçut sans doute aussi, dans la suite, des faveurs de cette nature; mais sans sa prodigieuse activité, grâce à laquelle il pouvait en môme temps décorer le Vatican, diriger la reconstruction de Saint-Pierre et travailler pour les particuliers, il n'aurait que fort tard connu la fortune.
Avant d'étudier le magnifique ensemble des « Stances », il est indispensable de dire un mot de la configuration même des salles que Raphaël était chargé de décorer, et de décrire ce champ de bataille sur lequel il allait cueillir ses plus beaux lauriers.
Les quatre chambres connues sous le nom de « Stanze » sont aussi inégales de dimensions que dissemblables de formes. Tandis que l'immense salle de Constantin n'est éclairée que d'un côté, la salle de la Signature et la salle d'Héliodore reçoivent chacune la lumière par deux fenêtres ouvertes face à face, et donnant, l'une sur la cour du Belvédère, l'autre sur la chapelle Sixtine. Dans la dernière salle, celle de l'Incendie du Bourg, les fenêtres ne se correspondent même pas : l'une est percée au milieu du mur qui regarde le Belvédère, tandis que l'autre s'ouvre à l'extrémité du mur placé en retour. Faux jour, manque de recul, lignes irrégulières, il semble que l'architecte ait accumulé tous les obstacles dans ces salles, abstraction faite de celle de Constantin, comme pour rendre plus ardue la tâche du peintre chargé de les décorer.
Raphaël commença son travail par celle des chambres qui est la troisième quand on vient des Loges, la seconde quand on vient du côté opposé. Cette salle était, non pas la bibliothèque particulière de Jules II, comme on l'a prétendu dans ces derniers temps, mais le siège d'un tribunal ecclésiastique supérieur, la « Signatura »'.
La chambre des Facultés, tel est le titre qu'un biographe de Raphaël a proposé de donner à la Chambre de la Signature. Par la Théologie, la Philosophie, la Poésie et la Jurisprudence, Raphaël a représenté l'ensemble des connaissances qui rapprochent l'homme de la vérité divine. On peut ajouter que l'artiste cherchait en même temps à exprimer l'idéal nouveau poursuivi par la Renaissance, à donner un corps aux aspirations de cette grande époque, dont il fut l'interprète le plus harmonieux et le plus sublime. D'un côté la glorification de la religion, de l'autre celle de la philosophie, c'est-à-dire de la science indépendante du dogme; puis le Parnasse ou la poésie; enfin la consécration du droit civil par Justinien, du droit canon par Grégoire IX. La théologie ne