‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 53 sur 100 · LA CHAMBRE DE LA SIGNATURE · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE DE LA SIGNATURE

i78 CHAPITRE X.

imitateur de Léonard de Vinci, était encore occupé à peindre la seconde des salles, celle qui est connue sous le nom de salle de la Signature. Après l'arrivée de Raphaël, le Sodoma continua pendant quelque temps a travailler au Vatican. Puis le pape le congédia, assez brutalement, à ce qu'il semble. Le Pérugin, vieux et usé, ne fut pas mieux partagé; Signorelli eut le même sort.

Jules II, transporté d'admiration devant les premiers essais de Raphaël, se montra impitoyable pour les œuvres de ses différents collaborateurs. Il donna l'ordre de les détruire. Raphaël, au contraire, et ce sera son éternel honneur, combattit courageusement pour les principes de large tolérance qui distinguent la Première Renaissance. Il réussit à sauver une partie des compositions du Pérugin, de Peruzzi et du Sodoma. Aujourd'hui encore, dans les salles de l'Incendie du Bourg, de YHéliodore et de la Signature, les voûtes conservent un certain nombre de figures ou d'ornements dus à ces trois artistes. Mais une indulgence moins grande eût certes mieux servi les intérêts de leur gloire : le voisinage des compositions de Raphaël est écrasant. Quant aux fresques irrévocablement condamnées, Raphaël voulut du moins en perpétuer le souvenir par des copies. La conduite tenue par lui en pareille circonstance nous offre plus qu'un beau témoignage d'impartialité : je veux dire un enseignement que la postérité a trop facilement oublié. Que de monuments ont été détruits au xvif, au xvme et, pourquoi le taire, au xixe siècle, sans que l'on ait songé à reprendre l'idée de Raphaël et à fixer, ne fût-ce que par un simple croquis, l'image des chefs-d'œuvre sacrifiés à des nécessités inéluctables! Ce n'est point là, certes, une des moins utiles leçons que nous ayons à puiser dans le commerce des hommes de la Renaissance.

Il serait intéressant de savoir dans quelles conditions Raphaël peignit la Chambre de la Signature, comme aussi d'apprendre si, à ce point de vue du moins, Jules II distinguait dès lors le jeune maître d'Urbin de ses émules. Selon toute vraisemblance, l'artiste reçut pour ce travail la même somme que pour la décoration de la salle de Y Incendie du Bourg, c'est-à-dire i 200 ducats d'or1. Jules II était généreux, non prodigue. Il avait, d'ailleurs, souvent à compter, comme nous l'avons vu, avec des embarras pécuniaires fort graves. La comparaison des honoraires accordés à Michel-Ange, pour la peinture du plafond de la Sixtine, avec ceux que le même artiste devait recevoir de la République florentine pour l'exécution de la Guerre de Pise, suffit à prouver que le pape calculait : ces honoraires furent fixés dans les deux cas à 3 000 ducats d'or. Mais, ainsi que le proclamait Michel-Ange en personne dans une de ses lettres, une fois le carton de la Guerre de Pise terminé, il lui semblait avoir déjà gagné la moitié de la somme, tandis que l'immense travail de la Sixtine exigea, de i5o8 à l5l2, des efforts tels que lui seul était capable d'en faire.

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