‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 60 sur 100 · ETUDE POUR LE PORTRAIT DE DANTK · texte numérisé non relu

ETUDE POUR LE PORTRAIT DE DANTK

(Collection Albertine, à Vienne.)

les Décrétâtes. Le tableau contient une innovation, dont Raphaël ne calculait guère la portée, et qui devait le mener bien loin : tandis qu'il n'avait jusqu'alors que rarement eu recours au portrait, il n'a pas craint de représenter ici Grégoire IX sous les traits de Jules II, en compagnie de plusieurs cardinaux de son entourage. Il avait pour excuse l'exemple des Florentins du xve siècle, et surtout de Masaccio, dont il avait si longuement étudié les compositions.

Les peintures de la voûte ne le cèdent pas à celles des parois. Comme ces dernières, elles se distinguent à la fois par la noblesse du style, la magie de la couleur et par une entente vraiment admirable de l'effet décoratif. Ces qualités nous frappent surtout si nous comparons l'œuvre du Sanzio à celle d'un de ses émules, le Sodoma, qui l'avait précédé, comme nous l'avons dit, dans la Chambre de la Signature (peut-être même les deux artistes travaillèrent-ils quelque temps côte à côte; nous avons vu, en effet, qu'au mois d'octobre i5o8, le Sodoma reçut un acompte sur le prix des peintures à exécuter dans les « Stances »), et qui avait orné le plafond de sujets mythologiques. En laissant subsister les compositions de son rival, du moins dans la partie supérieure de la voûte, le Sanzio a donné un rare exemple de tolérance; mais il a aussi agi dans l'intérêt de sa propre gloire. Malgré notre admiration pour le Sodoma, nous sommes en effet forcé de reconnaître qu'ici le maître lombard est resté absolument au-dessous de lui-même. Ne regrettons donc pas outre mesure la destruction de ses fresques, si tant est qu'il ait orné les « Stances » de compositions plus considérables, ni surtout leur remplacement par l'œuvre, si supérieure, de Raphaël. Prenons d'abord les anges ou génies qui supportent le médaillon central orné des armoiries de Nicolas V. Rien de plus guindé ni de moins pittoresque. Le Sodoma y a cherché les effets de raccourci les plus bizarres, les plus choquants, au lieu de s'attacher, comme Raphaël, à une disposition vraiment décorative. Par je ne sais quel caprice, il est tout à coup revenu, lui le fougueux innovateur, à la manière de Mantègne (dont il a imité le fameux plafond peint dans le palais de Mantoue) et de Melozzo da Forli. Il n'a pas été plus heureux dans les sujets empruntés à la mythologie : la banalité (parfois aussi l'obscurité) des idées n'est'égalée que par la faiblesse du style; les compositions sont aussi vides que le dessin est veule. L'antiquité n'y est plus une source féconde d'inspiration, elle est devenue un arsenal dans lequel l'artiste puise à pleines

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