LA VOUTE DE LA CHAMBRE D'HELIODORE
Constatons, avant de quitter la salle d'Héliodore, que les réminiscences de l'antiquité, si fréquentes dans la salle de la Signature, font ici presque complètement défaut. En dehors des armures de Y Attila, copiées sur les bas- reliefs de la colonne Trajane, il serait difficile de citer des imitations directes de la statuaire grecque ou romaine. Raphaël, et c'est ce qui distingue la seconde des Chambres, ne s'y est servi que de ressources propres à la peinture ; il a cherché, avant tout, à prouver qu'il était aussi grand coloriste que dessinateur.
Les peintres de la Renaissance ne dédaignaient pas les plus humbles travaux de décoration. C'est ainsi que Raphaël, déjà célèbre, consentit, sans scrupule aucun, à peindre au-dessus d'une cheminée les armoiries de Jules II, supportées par deux génies.
La décoration des « Stances » aurait suffi pour absorber tout artiste moins fécond, moins habile, que Raphaël. Cependant, quelque colossal que soit le travail réalisé dans la Chambre de la Signature et dans celle d'Héliodore, les fresques du palais pontifical ne forment que la moitié à peine des peintures exécutées par Raphaël entre i5o8 et i5i3, date de la mort de Jules II. Durant cette période ont pris naissance plusieurs retables aux proportions monumentales, des tableaux de chevalet, un certain nombre de portraits, les beaux dessins de la Mort de Lucrèce, et du Massacre des Innocents, si magistralement reproduits par le burin de Marc-Antoine, etc. Raphaël s'occupa aussi dès lors de travaux d'architecture, comme on le verra plus loin.
Étudions successivement les tableaux, fresques ou gravures appartenant à cette période si bien remplie, la plus glorieuse, sans conteste, de la vie du jeune maître. Nous commencerons, comme de raison, par les compositions historiques; elles appartiennent toutes au domaine de l'art religieux.