‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 79 sur 100 · LA GALATÉE · texte numérisé non relu

LA GALATÉE

lités que Votre Seigneurie y découvre. Mais je reconnais dans vos paroles l'affection que vous me portez. J'ajouterai que, pour peindre une belle femme, j'aurais besoin d'en voir plusieurs, à condition que Votre Seigneurie fût présente, pour choisir la plus parfaite. Mais, vu la rareté des bons juges et des belles femmes, je me sers d'une certaine idée qui se présente à mon esprit. Si cette idée a quelque valeur au point de vue de l'art, c'est ce que j'ignore, bien que je m'efforce de lui en donner une. »

En tant que sujet, la Galalèe procède d'un poème composé par Politien, le favori des Médicis, en l'honneur de la joute (« la Giostra ») dont Julien de Médicis sortit vainqueur. Quoi de plus naturel que de supposer que le chefd'œuvre du poète favori de Laurent le Magnifique, de l'ancien précepteur du pape régnant, Léon X, fût populaire à la cour pontificale et que Raphaël le connût ? L'analogie entre la description du poète florentin et la composition de Raphaël est d'ailleurs trop grande pour laisser place au doute. Le lecteur en jugera par cette simple analyse : Après nous avoir décrit Polyphème qui cherche par ses chants à fléchir la nymphe cruelle, Politien nous montre Galatée placée sur un char attelé de deux gracieux dauphins, dont elle tient les rênes. Autour d'elle une troupe folâtre se livre à mille ébats. La nymphe et ses sœurs se moquent des chants grossiers du cyclope....

Champion passionné de la Renaissance, Chigi voulut que les souvenirs de l'antiquité classique fussent associés même aux œuvres destinées a témoigner de sa dévotion. A Sainte-Marie de la Paix il fit représenter les Sibylles en compagnie des Prophètes, et, fait digne de remarque, les premières seules furent peintes de la main de Raphaël, tandis que Timoteo Viti reçut mission d'exécuter les Prophètes. A Sainte-Marie du Peuple, la représentation des Planètes fournit l'occasion de célébrer, dans un temple chrétien, les principales divinités de l'Olympe.

L'exécution des Sibylles eut lieu, selon toute vraisemblance, en 1 5 14. Raphaël, qui venait de terminer la Chambre d'Héliodore, profita de ses loisirs, ainsi que de la présence de son ami Timoteo Viti, pour s'acquitter de la tâche que Chigi lui avait confiée. Il ne peignit de sa main que les Sibylles, et s'en remit à Viti du soin de peindre, d'après ses cartons, les Prophètes.

Au sujet des Sibylles et des Prophètes, un auteur du xvii° siècle nous raconte une anecdote qui est trop à l'honneur de Raphaël et de Chigi pour que nous ne la rapportions pas ici. Raphaël avait reçu un acompte de 5oo ducats sur le prix de son ouvrage. Comme il réclamait au caissier de Chigi le complément de la somme à laquelle il pensait avoir droit, celui-ci s'étonna de sa demande, et, sur la proposition que lui fit Raphaël de nommer un expert, désigna le propre rival du maître, Michel-Ange. Le sculpteur se rendit à Sainte-Marie de la Paix en compagnie du caissier, et déclara que chaque tète seule valait 100 ducats. Chigi, informé du fût, ordonna d'ajouter 400 ducats aux

5oo ducats déjà payés et dit à son caissier de les remettre sans retard à Raphaël. « Comporte-toi galamment avec lui, ajouta-t-il, afin qu'il soit satisfait, car s'il voulait encore me faire payer les draperies, nous serions probablement ruinés. » Au point de vue de l'expression, comme à celui de l'ordonnance, les Sibylles comptent certainement parmi les oeuvres les plus parfaites de Raphaël. On admirera la noblesse ou l'élégance des trois plus jeunes; elles sont dignes de s'asseoir sur le Parnasse à côté des Muses. La Sibylle Tiburtine se distingue au contraire par une sorte de majesté terrible. Vieille, ridée, la tête couverte d'un voile, les mains convulsivement appuyées sur son siège, l'urne renversée sous ses pieds, elle regarde droit devant elle comme pour sonder les mystères de l'avenir. C'est la personnification la plus dramatique de la prophétesse antique, telle que Virgile l'a dépeinte en si beaux vers. C'est en môme temps celle qui se

rapproche le plus des Sibylles de Michel-Ange. Hâtons-nous d'ajouter que, cette fois-ci, Raphaël s'est inspiré des créations de son émule, mais sans les copier : types et attitudes, tout lui appartient en propre. Puisque nous venons de prononcer le nom du glorieux peintre de la chapelle Sixtine, rappelons encore que c'est à lui que Raphaël a emprunté l'idée de représenter, à côté de chaque Sibylle, un génie ou un ange portant le texte de ses prophéties. Cette innovation donne à la composition une vie et un inté-

MEDAILLE DE CI1IGI, r

par un anonyme italien rêt tout particuliers ; elle permet de substituer

le groupe à la figure isolée et rompt l'uniformité de ces monologues auxquels les Sibylles étaient condamnées auparavant. Dans la fresque de l'église de Sainte-Marie de la Paix, Raphaël en a tiré le parti le plus brillant. Ces figures ailées, pleines de grâce et de mouvement, lui ont servi à relier entre eux les acteurs principaux et à introduire dans la scène le rythme en même temps que l'unité.

Chigi fut le seul des amis de Raphaël qui pût se vanter d'avoir obtenu de l'artiste qu'il déployât pour lui son triple talent d'architecte, de peintre et de sculpteur. Ce fut à l'occasion de la construction et de la décoration de la chapelle de Sainte-Marie du Peuple, destinée à lui servir de tombeau, que le banquier reçut ce témoignage d'affection. Raphaël1 traça les plans de l'édifice et dirigea les travaux, qui remontent peut-être au règne de Jules II encore; puis il composa les cartons des mosaïques de la coupole; en dernier lieu, nous le voyons modeler la statue de Jouas, que son élève Lorenzetto exécuta ensuite en marbre.

Raphaël, qui était alors sous le charme de la grandiose épopée créée par

I. C'est du moins l'avis du savant historien de l'architecture, le baron de Geymùller.

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