‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 81 sur 100 · LA VILLA DE LA FARNKSINE, CONSTRUITE PAR HALTHAZAR PERUZZI · texte numérisé non relu

LA VILLA DE LA FARNKSINE, CONSTRUITE PAR HALTHAZAR PERUZZI

même temps que l'on trouvait l'occasion de représenter quelques-unes de ces divinités de l'Olympe, de jour en jour plus populaires.

Raphaël a abordé avec une indépendance entière un thème si souvent traité avant lui. Se rappelant que ses compositions étaient destinées à une église, il a cherché, avant tout, à concilier les éléments païens contenus dans le programme avec les exigences du christianisme. La lecture de Dante lui a inspiré l'idée d'une combinaison aussi simple que belle. Le poète nous montre les Anges faisant mouvoir la lune; les Archanges, Mercure; les Trônes, Vénus, et ainsi de suite. Raphaël a donc placé au-dessus de chaque constellation un de ces messagers célestes, et, au sommet, dominant l'ensemble, la majestueuse figure de Jéhovah étendant ses bras pour féconder le monde. Cette solution, si parfaite au point de vue des idées religieuses, a, en outre, permis au maître urbi-

nate d'introduire dans la composition un intérêt dramatique que ses prédécesseurs n'avaient même pas soupçonné. Les anges de Raphaël jouent un rôle aussi considérable que les divinités confiées à leur garde : celui qui accompagne Mars arrête le glaive que brandit le féroce dieu de la guerre; celui qui est assis au-dessus de Jupiter lève les bras vers le ciel, comme pour montrer que c'est plus haut qu'il faut chercher le maître des maîtres, le dieu des dieux. Par une disposition ingénieuse, ces deux dernières figures sont juste placées au-dessous de celle de Jéhovah, dont le voisinage accentue la signification du geste si éloquent de l'ange. Fidèle à ce besoin de rythme dont il était possédé, Raphaël a représenté, du côté opposé, l'ange qui, les regards fixés sur son Créateur, avec une expression de soumission touchante, appuie les mains sur le firmament, et y fait éclore les étoiles, conformément à l'ordre qu'il vient de recevoir. Que d'idées admirables exprimées en ce peu de figures !

En publiant une traduction des Métamorphoses d'Apulée (i5oo), Philippe Béroalde le jeune avait appelé l'attention du monde savant sur le gracieux mythe exposé dans le roman du rhéteur latin. Peut-être fut-ce lui aussi qui signala à Chigi, avec lequel il était lié, le parti qu'un peintre habile pourrait tirer de ces scènes si souvent représentées par les artistes de l'antiquité. Quoi qu'il en soit, c'est dans sa traduction que Raphaël puisa les éléments du vaste poème qu'il peignit dans la loge de la villa de Chigi'.

A quel point Apulée altéra le mythe primitif, on ne le sait que trop. Chez lui, la mythologie touche au burlesque. « C'est la dernière phase de l'indifférentisme religieux. Scarron ne faisait pas parler Vénus autrement qu'Apulée; elle devient une matrone criarde et querelleuse. » Tel est aussi le jugement porté sur l'œuvre d'Apulée par l'auteur d'une savante et délicate étude sur l'histoire du mythe de Psyché. « La fable de Psyché, dans l'auteur latin, n'a pas de caractère mythologique. Elle n'offre aucun des traits d'une légende naturelle éclose dans l'imagination religieuse d'un peuple. Le tour qu'Apulée donne à son récit est tout personnel; c'est se méprendre étrangement que d'y voir autre chose qu'un badinage ingénieux fait pour plaire aux délicats (Collignon). »

En demandant à Raphaël d'illustrer par le pinceau la donnée ingénieuse et poétique, si étrangement dénaturée par Apulée, Chigi n'imposait pas à son ami

1. Pour les pendentifs, il fit choix des dix sujets suivants : Vénus daignant Psyché aux traits de l'Amour; — l'Amour montrant Psyché aux trois Grâces; — Vénus reprochant à Junon et à Cérès de protéger Psyché ; — ■ Vénus traversant les airs sur un char attelé de colombes; — Vénus implorant Jupiter ; — Mercure envoyé à la poursuite de Psyché ; — Psyché rapportant l'eau du Styx ; — Psyché présentant à Vénus l'eau du Styx; — Jupiter embrassant l'Amour; — Psyché montant au ciel avec Mercure. Le plafond reçut deux grandes compositions : Psyché dans l'Olympe et le Mariage de Psyché. Quant aux lunettes, elles furent consacrées aux Triomphes de l'Amour. Des guirlandes de fruits et de fleurs, dans le dessin desquelles Jean d'Udine fit éclater ses connaissances en matière dé botanique, encadrèrent ces scènes et mêlèrent leur végétation luxuriante aux radieuses ligmvs enfantées par le génie de Raphaël, à cette poétique restitution delà mythologie romaine.

une tâche nouvelle pour lui. Dans les peintures tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament, Raphaël avait montré avec quelle aisance il savait entrer dans l'esprit d'un texte, avec quelle rigueur il savait l'interpréter jusque dans ses moindres

LA PLANETE JUPITER (Eglise Sainte-Marie Ju Peuple.)

détails. Nul doute qu'il n'eût apporté les mêmes scrupules dans l'illustration de quelque œuvre classique sérieuse, telle que Y Iliade, Y Odyssée, Y Enéide, ou même les Métamorphoses d'Ovide. Mais, devant les productions sacrilèges d'un Apulée, il semble que tous les instincts de l'artiste se révoltent. Faire de Vénus une mégère, livrer Jupiter à la risée du public! C'étaient des profanations que les anciens pouvaient se permettre, mais qui devaient froisser les hommes de la Renaissance.

Leur culte pour les dieux de l'Olympe était aussi respectueux que désintéressé (qu'avaient-ils à attendre d'eux, si ce n'est des inspirations poétiques?); il eût surtout paru criminel à Raphaël de railler tout à coup l'Olympe, rt-

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