‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 98 sur 100 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

ouvrages sont comme une incitation immanente à la vertu. Quel contraste ! D'un côté tous les vices, de l'autre la glorification de toutes les noblesses qui relèvent l'homme : justice, liberté, science. Raphaël, qui s'est montré en cela le digne disciple des Grecs, plane au-dessus des intérêts et des passions du jour ; il domine la tempête, et bâtit, sur le rocher dont parle le poète païen, la

(Fac-similé de la gravure de Marc-Antoine.)

demeure libre que les flots ne pourront atteindre et dans laquelle l'humanité trouvera un reluge inviolable.

Quelques-uns, je le sais, placent Raphaël au-dessous de Michel-Ange, dont le sombre et implacable génie reflète avec tant de puissance les passions et les douleurs du XVIe siècle. Le peintre-sculpteur florentin a vécu en communion plus intime avec son temps et son peuple; il a puisé son éloquence dans son ardent amour de la liberté, dans sa haine farouche des vices, haine qui a dégénéré chez

lui en véritable misanthropie. Le Jugement dernier forme la synthèse de cet œuvre prodigieux dans lequel il y a place pour tous les sentiments, sauf pour la grâce, la sérénité, l'espérance.

Avant Michel-Ange, un de ses compatriotes, le plus grand poète de l'Italie et du moyen âge avait représenté avec l'énergie la plus poignante les tortures des damnés, l'inexorable châtiment, les douleurs sans hn. Mais, en face de son Enfer, Dante a placé les régions où tout est lumière et félicité, montrant ainsi que si la mission de l'artiste et du poète peut être celle de châtier, elle doit être, plus encore, celle de consoler, de fortifier et d'ennoblir.

Heureux ceux qui, comme Raphaël, ont connu le Paradis du poète florentin, sans avoir traversé son Enfer.

LA VIERGE DANS LA PRAIRIE [FRAGMENT] (Musée Je Vienne.)

Page 1