‹ Raphaël (volume 3)Chapitre 15 sur 105 · VUE DE SIENNE · texte numérisé non relu

VUE DE SIENNE

Voyage de Raphaël à Sienne. — Nouvelle Collaboration avec Pinturicchio. — Les Fresques de la Bibliothèque du Dôme. — Le Groupe des Trois Grâces. — Premier Contact avec l'antiquité. — ■ La vieille École de Sienne et le Sodoma.

Le Son^e du chevalier.

a période comprise entre les années 1004 et i5o8 est certainement la plus agitée dans la vie de Raphaël. On le trouve tour à tour à Pérouse, k=^/ à Città di Castello, à Sienne, à Urbin, à Florence, peut-être aussi à

Bologne, puis de nouveau à Pérouse et à Urbin, sans qu'il soit possible de fixer avec certitude la date xrespective de ces différents voyages. Tantôt, comme à Urbin, le jeune maître prend part à toutes les distractions d'une cour lettrée et brillante; tantôt, comme dans ses nouvelles pérégrinations à travers l'Ombrie, il se livre' avec ardeur au travail. Ici c'est par des chefs-d'œuvre qu'il signale son passage; ailleurs il noue de solides amitiés. Si l'on examine son style, le choix de ses sujets, on constate une variété tout aussi grande : histoire sacrée et histoire profane, portraits, tableaux de chevalet et fresques monumentales, il n'est point de genre dans lequel il ne s'essaye. Signorelli, Léonard de Vinci, Frà Bartolommeo, Masaccio, le préoccupent et le dominent presque simultanément; puis il revient tout à coup à la manière du Pérugin. Plus d'une fois l'observateur se sent complètement dérouté, et cependant, on peut l'affirmer

hautement, à travers ces apparentes contradictions Raphaël n'a pas cessé de grandir et de progresser.

Ces voyages étaient nécessaires pour soustraire le jeune peintre à l'influence de l'École ombrienne, car enfin Raphaël avait mieux à faire que de se vouer, sa vie durant, à la propagation des doctrines du Pérugin ! Serait-il devenu le prince des peintres, aurait-il changé la face de l'art s'il s'était borné à défrayer de tableaux de sainteté les couvents de Pérouse et de Città di Castello ? Une évolution était indispensable : elle se fit sans secousse, sans précipitation, avec la mesure, la modération qui caractérisent cette nature si admirablement pondérée. Admirateur sincère de l'Ecole ombrienne, il lui resta fidèle, non seulement assez longtemps pour s'initier à tous ses secrets, mais encore assez longtemps pour faire faire à cette École un pas gigantesque, et lui imprimer sa consécration définitive. Puis, sentant qu'il est appelé à de plus hautes destinées, il s'enrôle sous un autre drapeau, non sans garder toujours un souvenir affectueux à ses anciens compagnons d'armes.

La date du séjour de Raphaël à Sienne n'est pas connue. On sait seulement que Pinturicchio, sur l'invitation duquel Raphaël semble avoir entrepris ce voyage, consacra plusieurs années, entre i5o3 et i5o6, à l'exécution des fresques dont un membre de la famille Piccolomini l'avait chargé d'orner la bibliothèque de la cathédrale.

Le travail confié à Pinturicchio par le cardinal François Piccolomini, le futur pape Pie III, comptait parmi les plus intéressants qu'un peintre d'histoire pût rêver. Il s'agissait de retracer, dans cette ville de Sienne, si chère au plus grand des Piccolomini, les hauts faits et gestes de celui qui, après s'être rendu célèbre dans le monde des humanistes et dans celui des diplomates sous le nom d'iEneas Sylvius, était devenu, sous le nom de Pie II, une des lumières de l'Église. Tout, à Sienne, était encore plein du souvenir de cet illustre pontife, qui avait élevé dans la ville même, ainsi que dans les environs, et notamment à Pienza, tant de monuments superbes. La seule faute qu'un historien impartial pût lui reprocher, celle d'avoir répandu trop de faveurs sur sa famille et sur son pays natal, au détriment de l'Église et de Rome, était, aux yeux des Siennois, le plus grand des mérites. Aucune figure, on peut l'affirmer, n'était plus populaire dans cette vieille république, qui disputa si longtemps à Florence la primauté de la Toscane. Cette fois-ci l'artiste, qui avait eu naguère le triste honneur de servir de peintre officiel aux Borgia, était sûr d'être encouragé dans son oeuvre par la sympathie de toutes les classes de la population.

Les meilleurs juges sont d'accord pour reconnaître que Raphaël n'a pas donné un seul coup de pinceau dans les fresques de la « Libreria » ; son rôle s'est borné à composer un certain nombre d'esquisses, dont Pinturicchio a tiré un parti plus ou moins brillant. Et encore, dans ces dernières années, quelques critiques ont-ils essayé de révoquer en doute la coopération de Raphaël. Est-il admissible, se sont-ils écriés, qu'un maître aussi réputé que Pinturicchio ait

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