PREMIER CONTACT AVEC L'ANTIQUITÉ
demandé des esquisses à un débutant, celui-ci s'appelât-il Raphaël d'UrbinPMais une série de dessins, d'une absolue authenticité, viennent corroborer le témoignage de Vasari, à qui nous devons ces informations sur le concours prêté par Raphaël à son vieil ami de Pérouse. Un simple rapprochement entre les dessins et les fresques mettra fin aux doutes ; la comparaison est écrasante pour le pauvre Ombrien. Ses fresques semblent froides et guindées, mises
LE SONGE DU CHEVALIER (Londres, « National Gallery ».
en regard des esquisses si vivantes et si chaudes de son ancien disciple, et rien ne saurait mieux faire éclater la différence entre un Pinturicchio et un Raphaël.
C'est pendant son séjour à Sienne que Raphaël semble s'être pour la première fois appliqué à reproduire un chef-d'œuvre de la statuaire antique. Frappé de la beauté du groupe des Trois Grâces, que le cardinal François Piccolomini avait fait transporter de Rome dans la bibliothèque du Dôme siennois, il le copia, et son dessin, conservé à l'Académie des beaux-arts de Venise, est encore là pour témoigner de son naïf enthousiasme, et en même temps aussi — pourquoi le
taire? — de sa très grande inexpérience dans l'interprétation de l'antique. Il y avait loin de la manière ombrienne au style classique ! Raphaël dut s'en convaincre par la suite. A Sienne, il s'efforça, mais en vain, de rivaliser avec l'original. Dans le marbre, les formes sont pleines et harmonieuses; dans le dessin de Venise, au contraire, elles offrent encore bien des traces de maigreur, de pauvreté. On remarquera surtout l'insuffisance du modelé dans le cou et dans la tête de celle des Grâces qui se trouve à gauche. Ajoutons qu'à cette époque Raphaël ne s'entendait pas mieux à donner aux sujets de l'antiquité leur couleur locale qu'à en reproduire les chefs-d'œuvre plastiques.
Antérieurement déjà, on ne saurait en douter, Raphaël avait eu l'occasion d'examiner des productions de l'art classique. La passion pour les gemmes, les médailles, les bronzes, bref pour tout ce qui rappelait la civilisation grecque ou romaine, était arrivée à son apogée. Il n'y avait plus guère de ville dans la Péninsule qui ne possédât quelque cabinet d'antiques.
L'antiquité s'imposait donc à Raphaël. S'il commença relativement si tard à l'étudier d'une manière suivie, la faute en est sans aucun doute à son éducation première. Le Pérugin, est-il nécessaire de le déclarer, n'était pas un de ces chauds partisans de la Renaissance qui s'appellent Brunellesco, Donatello, L. B. Alberti, Mantegna; il ne crut jamais que la lutte fût si sérieusement engagée entre le moyen âge d'un côté, l'antiquité de l'autre, et qu'elle dût finir par le triomphe de cette dernière. Son disciple, tout en admirant à Urbin et à Pérouse les sculptures, les édifices romains, put donc, pendant tout le temps que dura son apprentissage, ne pas se croire astreint à l'imitation directe de ces monuments. Dominé par les influences ombriennes, il ne sentit que tard la nécessité de modifier son style en copiant l'antique, et de consulter, sans perdre de vue la nature, ces modèles de l'éternelle vérité et de l'éternelle beauté. Ne lui en faisons pas un crime : il regagna vite le temps perdu.
Raphaël ne se contenta pas de fixer par quelques coups de plume le souvenir du chef-d'œuvre qui avait si vivement frappé son imagination. Il voulut encore tenter une restitution du groupe mutilé, et faire passer dans la peinture les rares mérites du marbre. Nous reparlerons, plus loin, du tableau des Trois Grâces, acquis par le duc d'Aumale pour le musée de Chantilly.
Il est surprenant que ce soit précisément à Sienne, dernier boulevard du byzantinisme, que les yeux de Raphaël se soient ouverts sur l'écrasante supériorité de l'art antique. L'artiste semblait devoir tirer des enseignements d'une nature bien différente de son séjour dans cette vénérable cité, toute pleine, aujourd'hui encore, des souvenirs du moyen âge. Là où l'on se serait attendu à une recrudescence de mysticisme, l'antiquité païenne s'empare pour la première fois de son imagination. Le génie a de ces caprices. Le rôle de l'historien consiste à les enregistrer, non à les discuter.
Sienne partageait l'attachement de Pérouse pour les idées du moyen âge. Mais, pour un point de contact, que de différences fondamentales ! Les villes