LA BELLE JARDINIÈRE
(Musée du Louvre.)
io6 CHAPITRE VII.
à Panshanger, près de Hertford, la simplicité et la spontanéité de la composition ne sont pas moins frappantes.
L'admirable Madone de la maison Tcmpi, à la Pinacothèque de Munich, marque un pas de plus. Ici les deux figures sont si intimement unies, si harmonieusement fondues, qu'elles semblent n'en faire qu'une. Quelle tendresse chez la mère, quel amour naïf chez l'enfant, qui se serre contre elle, appuyant ses joues contre ses joues, sa poitrine contre sa poitrine! quel élan chez l'un et chez l'autre ! Ce sont des beautés qu'il est plus facile de sentir que d'analyser.
Rien de plus opposé a la Madone de la maison Tempi que la Petite Madone de la maison d'Orléans, reconquise par le duc d'Aumale, après bien des vicissitudes, pour le musée de Chantilly. Si dans l'une tout est vie, mouvement, élan, dans l'autre tout est recueillement, intimité. Autant, dans la première, le talent de Raphaël paraît prime-sautier ; autant, dans la seconde, l'exécution est savante; la pensée, comme le style, y est longuement caressée ; rien n'est livré au hasard : la finesse, la pondération, y remplacent la verve, sans que le spectateur ait le courage de prononcer entre des qualités si diverses et cependant si supérieures les unes et les autres.
La Grande Madone de lord Coiuper, aussi appelée Madone de la maison Nicolini (au château de Panshanger, près de Hertford), nous montre également la mère et l'enfant isolés du reste du monde et se suffisant a eux-mêmes. « Assise à micorps, vue presque de profil, la tête un peu inclinée, Marie regarde de ses longs yeux son fils, qu'elle tient sur ses genoux. Sur le haut des cheveux est un léger voile. Des manches vertes sortent du corsage rouge. Le jupon est bleu. Le « bambino », à peu près de grandeur naturelle, assis tout nu sur un coussin blanc, glisse sa main dans le sein de sa mère, et retourne la tête de face, en riant ; il a une auréole, comme la Vierge. Tous les deux se découpent sur un fond de ciel bleu verdàtre, assez clair. Le modelé de l'enfant, dans la tête surtout, est extraordinaire. La saine joie qui illumine son visage est communicative, et le Times a raison quand il hasarde comme une critique que cette gaieté enfantine n'a rien de mystérieux ni de surhumain. Assurément, et c'est ce qui en fait le charme. C'est très humain en effet, et tant mieux! » (W. Bûrger.)
La Madone de la maison Colonna (au musée de Berlin) forme, par sa date comme par son style, le couronnement de cette série de peintures dans lesquelles Raphaël a cherché à réaliser avec les figures de la mère et de l'enfant un groupe harmonieux, plutôt qu'à composer un tableau complet. La liberté de facture est si grande dans cette œuvre, que l'on est tenté de croire que Raphaël l'a exécutée sans le secours du modèle. Dans le « bambino », le mouvement est même exagéré : assis sur les genoux de la Vierge, il cherche à se redresser, et, pour y parvenir, se cramponne au corsage de sa mère; celle-ci suspend sa lecture, et d'un regard plein de douceur s'efforce de le calmer.
La Madone de la maison Colonna se distingue par des beautés du premier ordre : malgré l'exubérance de la vie, les contours ont une sévérité et une pureté que