LA SAINTE FAMILLE DE PÉROUSE
(terminé après sa mort par deux de ses élèves), et peut-être aussi celle de la Madone Ansidei et de la Mise au tombeau, qu'il n'exécuta toutefois que deux années après, en 1607. Remarquons, au sujet du contrat conclu avec le couvent de Monteluce, que Raphaël passait alors pour le maître le plus éminent de la contrée; le document le déclare en propres termes.
La Sainte Famille, commandée par les religieuses du couvent de Saint- Antoine, à Pérouse (ancienne collection du roi de Naples; exposée à Paris, en 1899, criez M. Sedelmeyer), représente, au centre, la Vierge, l'enfant Jésus et le petit saint Jean-Baptiste ; sur les côtés, saint Paul et sainte Cécile, saint Pierre et sainte Catherine d'Alexandrie; dans le tympan ont pris place Dieu le Père et deux anges. La prédelle, depuis longtemps séparée du retable, contenait plusieurs autres sujets dont on trouvera plus loin la description.
La Sainte Famille est une des productions les plus fortes et les plus suaves de la première manière de Raphaël. La composition offre une grande simplicité. Sur un trône surmonté d'un baldaquin est assise la Vierge, tenant sur ses genoux le divin « bambino », qui bénit son jeune compagnon, le petit saint Jean-Baptiste. Celui-ci, encouragé par la tendresse qu'il découvre dans les regards de la mère et du fils, s'avance vers ce dernier, les mains jointes. Ses traits, son attitude, témoignent de sa ferveur naïve. Les deux saintes placées aux côtés du trône sont des modèles achevés de grâce, avec une nuance de mélancolie qu'il est impossible de ne pas remarquer. Quant aux deux saints qui occupent le premier plan, ils ont une ampleur, une majesté, que nous n'avions pas encore rencontrées chez le jeune maître ombrien. L'un, saint Pierre, regarde les spectateurs avec plus de sévérité que de bienveillance ; on reconnaît l'homme au cœur généreux, mais prompt à s'emporter, qui coupa l'oreille de Malchus. L'autre, le grand docteur des Gentils, saint Paul, est absorbé par la lecture d'un livre. Ainsi que son compagnon, il nous offre le type traditionnel : front haut et dénudé, barbe noire et longue; tandis que saint Pierre est reconnaissable à ses cheveux blancs crépus, à sa barbe courte et touffue. Le fond du tableau est occupé par un paysage dont les lignes sont à peine indiquées, mais qui respire un calme délicieux. Dans le tympan qui surmonte le retable, Raphaël a représenté Dieu le Père, bénissant d'une main et tenant de l'autre le globe du monde. A ses côtés voltigent deux chérubins; deux anges, aux ailes éployées, adorent leur créateur, l'un les mains croisées sur la poitrine, l'autre les mains jointes et étendues.
Jamais encore Raphaël n'avait exécuté une œuvre aussi ferme dans les détails, aussi harmonieuse dans l'ensemble. Désormais il sait allier l'expression de la vie a celle de la beauté. Ses personnages sont individualisés; et cependant quelle variété et quelle élévation dans les sentiments, depuis la majesté terrible de saint Pierre jusqu'à l'indéfinissable rêverie des deux saintes !
Les Camaldules de Pérouse ayant demandé à Raphaël de décorer une des
parois de la sacristie de leur couvent de San Severo, le jeune maître, tout fier de pouvoir enfin s'essayer dans la fresque, se rendit avec empressement à leur désir. Le sujet qu'ils le chargèrent de représenter était la réunion, autour du mystère de la Trinité, de saints appartenant à leur ordre. Il est difficile d'imaginer un coin de terre plus propre au recueillement et à
ETUDE POUR UN PORTRAIT DE JEUNE FILLE (Musée Wicar.)
la rêverie que celui qui allait, quelques mois durant, abriter Raphaël. On arrive au couvent par des rues escarpées, tortueuses, bordées de maisons de brique, dont les arcatures en ogive, aujourd'hui pour la majeure partie masquées, laissent deviner la haute antiquité. La place sur laquelle s'élève le couvent est petite; mais quelle admirable échappée de vue n'offre-t-elle pas au voyageur fatigué de la montée ! Ces vénérables masures, qui semblent destinées a nous isoler du reste du monde, forment le contraste le plus pittoresque avec le frais