‹ Raphaël (volume 3)Chapitre 37 sur 105 · CH GOUTZWH-LER^DEL · texte numérisé non relu

CH GOUTZWH-LER^DEL

LA SAINTE FAMILLE DU COUVENT DE SAINT-ANTOINE, A PÉROUSE (Collection de M. Sedelmeycr.)

no CHAPITRE VIII.

paysage que l'on aperçoit au loin, à travers les constructions placées en contrebas. Malgré quelques remaniements modernes (le couvent est aujourd'hui transformé en école normale), l'ensemble conserve une poésie qui n'est plus de notre temps. Raphaël, s'il revenait contempler son œuvre, s'arrêterait un instant, avant de pénétrer dans le sanctuaire, pour savourer des impressions avec lesquelles l'art n'a rien à voir, et qui cependant sont si bien faites pour nous élever et nous ravir.

Une inscription moderne, placée sur la façade du couvent, rappelle que le maître et l'élève, l'un à peine sorti de l'adolescence, l'autre courbé sous le poids des ans, ont tous deux travaillé à la fresque qui fait l'ornement de la sacristie de San Severo.

Tout en respectant la symétrie, peut-être excessive, de l'École ombrienne, Raphaël a distribué les figures avec une liberté plus grande; il a mis plus d'émotion dans les groupes, et créé une œuvre irréprochable au point de vue de l'ordonnance.

Le sommet de la fresque, qui est enchâssée dans une arcade en ogive, était occupé, à l'origine, par la figure de Dieu le Père, tenant le volume mystérieux sur lequel brillent les lettres A et 0. Mais cette figure a entièrement disparu depuis longtemps. L'un des deux anges qui étaient debout aux côtés du Père éternel, celui de droite, n'a pas été mieux partagé; il n'en reste plus trace. Une colombe blanche, dont le corps laisse échapper des rayons de lumière, descend sur la tête du Christ, qui trône sur les nuages, au centre de la composition, quoique au second plan; elle relie ainsi la figure du Père à celle du Fils. Celui-ci, les épaules et la poitrine nues, étend sa gauche sanglante, comme pour rappeler son martyre, tandis qu'il lève la droite pour donner la bénédiction. Un ample manteau recouvre ses genoux; un nimbe crucifère orne sa tête. Son visage est d'une douceur, d'une sérénité infinies. A ses côtés se tiennent deux anges, au type féminin bien accusé, qui l'adorent, les mains levées vers lui. Six saints, assis sur des nuages et formant un demi-cercle, occupent le bas de la composition : les uns discutent gravement entre eux, les autres sont absorbés par leurs méditations. A droite, nous apercevons saint Romuald, saint Benoît martyr et saint Jean martyr (la tête de ce personnage a complètement disparu) ; à gauche, saint Maur, saint Placide et saint Benoît. Raphaël n'avait pas encore créé de figures aussi imposantes : vieillards à la longue barbe blanche, ou jeunes saints au regard inspiré. Cette auguste assemblée annonce et prépare celle que nous retrouverons dans la Dispute du Saint-Sacrement .

Le coloris participe de la sévérité de la composition. Dans les draperies, le blanc domine. Seuls le manteau de pourpre du Christ, la dalmatique de brocart rouge et or de saint Benoît martyr, et la dalmatique verte de saint Placide, mêlent une note plus vigoureuse à un ensemble peut-être un peu terne.

La fresque de San Severo a malheureusement beaucoup souffert, par suite de l'humidité de l'édifice. Des restaurations audacieuses ont encore aggravé le mal.

LA MADONE ANSIDEI.

On regrette, en présence du génie si pur de Raphaël, d'avoir à prononcer des paroles de colère, d'indignation. Mais comment qualifier la conduite des vandales qui ont osé, en plein xixe siècle, porter une main profane sur un tel chef-d'œuvre et repeindre des têtes créées par le plus grand des maîtres ?

Raphaël, détourné par d'autres travaux, n'eut pas le temps de décorer la partie inférieure de la paroi.

Cette lacune n'était d'ailleurs pas sensible, la composition, telle qu'elle est, formant un ensemble suffisamment complet. Les Camaldules, cependant, attachaient beaucoup de prix à l'achèvement de l'ouvrage.

Ils attendirent longtemps le retour de Raphaël. Sa mort leur ayant ôté tout espoir, ils s'adressèrent, en i52i, au Pérugin, et lui demandèrent de terminer la décoration de cette partie de la chapelle. Il fallait que le vieux maître ombrien fût bien avili pour accepter un honneur si périlleux. Il peignit, sans hésiter, au-dessous des admirables figures créées par son immortel élève, six saints dont la maigreur et la pauvreté défient toute analyse. Jetons un voile sur ces tristes productions de sa vieillesse.

On range d'ordinaire à la suite de ces compositions la Madone Ansidei, exécutée par Raphaël en 1 607 , pour la famille de ce nom et aujourd'hui conservée à la « National Gallery » de Londres, qui l'a acquise en 1884, pour la somme

fabuleuse de 1 780000 francs, du duc de Marlborough. La composition, fort correcte, quoique sans grande originalité, est celle des tableaux connus sous le nom de Saintes Conversations. Seulement, les personnages, d'ordinaire assez nombreux dans ce genre de représentations, ne sont ici qu'au nombre de quatre : au centre, sur un trône assez élevé, la Vierge tenant l'Enfant, auquel elle apprend à lire; à gauche, saint Jean-Baptiste; à droite, saint Nicolas de

ÉTUDE POUR UN DES SAINTS DE LA FRESQUE DE SAN SEVKRO (Université d'Oxford.)

Bari, revêtu du costume épiscopal et occupé à lire dans le volume qu'il tient des deux mains. Un baldaquin surmonte le trône de la Vierge; un paysage, avec une ville aux murs crénelés, forme le fond du tableau ; une arcade soutenue par des piliers massifs encadre le tout.

Vers i5o6, le jeune maître semble avoir fait un nouveau voyage à Urbin. Peut-être s'y rendit-il directement de Pérouse, ce qui est plus court que de

passer par Florence.

Il est probable que Raphaël, cédant aux instances des siens, peignit, pendant ce même séjour, son propre portrait, et le leur laissa comme souvenir. Passavant affirme en effet que le portrait, actuellement conservé au musée des Offices, provient d'Urbin. L'artiste s'y est représenté de trois quarts. Une barrette noire couvre sa tête, tout en laissant échapper d'abondants cheveux châtains qui tombent sur la nuque; un justaucorps noir, dont on ne voit que le haut, fait ressortir les lignes élégantes du cou, qui est long et flexible. Le teint est olivâtre, les yeux bruns, le nez fin et droit, le menton rond; le front a de la noblesse plutôt que de la puissance; l'ensemble du visage est allongé. Ce n'est point une beauté régulière; mais quelle douceur et quelle distinction! Comment définir cette bouche à la fois aimable et sérieuse, ce regard à la fois ingénieux et profond ! Quoique Raphaël, à ce moment, eût déjà vingt-trois ans, sa figure a conservé tous les caractères de l'adolescence : nulle trace de barbe ou de moustaches; c'est à peine si, dans son portrait de V Ecole d'Athènes, exécuté trois ou quatre années plus tard, sa lèvre supérieure commence à se couvrir d'un léger duvet.

L'analogie de la facture et une certaine ressemblance dans les traits nous autorisent à placer, à côté du portrait de Raphaël par lui-même, le beau portrait de femme exposé dans la Tribune de la galerie des Offices. Il n'est pas

PORTRAIT DE RAPHAËL PAR LUI-MEME (Musée des Offices.)

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