MKDAILLE D ISABELLE D ESTE, PAR GIAN CRISTOFORO ROMANO
pontificat de Léon X que le Crésus siennois eut recours au talent de son ami. Le nombre et l'importance des ouvrages exécutés pour lui par l'Urbinate m'ont décidé à consacrer un chapitre spécial à ces chefs-d'œuvre qui s'appellent la Galatée, les Sibylles, les Planètes, Y Histoire de Psyché.
Un autre banquier, tout jeune à l'époque à laquelle Raphaël arrivait à Rome (il était né en 1491), Bindo Altoviti, se distinguait, lui aussi, par sa fortune et par sa libéralité. Romain de naissance, mais issu d'une famille originaire de Florence, et parent par sa mère du pape Innocent VIII, Bindo consacra de bonne heure ses richesses à l'encouragement des arts. Raphaël, Michel-Ange, Benvenuto Cellini et bien d'autres, comptèrent parmi ses amis ou ses familiers. Comme la plupart de ses contemporains, il réunissait dans une commune admiration l'art antique et l'art moderne. Raphaël se lia intimement avec ce beau et brillant jeune homme, dont il nous a laissé le portrait. Il exécuta aussi pour lui une Sainte Famille, conservée au palais Pitti.
Bindo n'était pas un épicurien à la façon de son confrère Chigi. Il savait prendre des résolutions viriles, et le bruit des armes n'avait rien qui l'effrayât. Il le prouva bien, lorsque, au moment de l'expédition du duc Cosme de Médias contre la vieille rivale de Florence, Sienne, il équipa à ses frais un corps de 3 000 hommes, se mit à sa tête et courut au secours de la république menacée. Inspiration généreuse, digne d'un meilleur sort. Bindo fut battu, retourna en fugitif à Rome, et y mourut de chagrin peu après, en 1 556.
On le voit, dans la cour qui s'était formée autour de Jules II, il n'y avait point de mérite ou de vertu qui ne fût brillamment représenté : science, talent, noblesse et courage, distinction du goût et libéralité, qualités du cœur et qualités de l'esprit, tout y atteignait à un degré de splendeur qui fait le désespoir de la postérité, et qui n'avait d'égal que la grandeur des vices de cette époque ardente et ondoyante entre toutes. En d'autres temps on a pu voir une magnificence aussi grande, jamais on n'a vu pareil amour des jouissances intellectuelles. Tous ces favoris de la fortune, et pourquoi ne pas prononcer le mot, tous ces parvenus, qui constituaient l'élément le plus intéressant de la cour pontificale, cherchaient à légitimer leur puissance ou leur richesse par le culte du beau; ils espéraient se rapprocher ainsi de ces Romains d'autrefois, dont l'imitation constituait pour eux le but suprême.
La classe privilégiée à laquelle devait profiter l'enthousiasme croissant pour les belles choses, les enfants gâtés de la fortune appelés à recueillir les fruits de cette révolution pacifique, les artistes, en un mot, comptaient alors à Rome des représentants recrutés dans toutes les parties de la Péninsule. De bonne heure, Florentins et Siennois avaient planté leur drapeau sur les bords du Tibre : grâce à leur nombre et à leur supériorité, ils avaient fait de la Ville