AUGUSTIN CHIGI
Augustin Chigi, auquel ses richesses et son faste ont valu, comme à Laurent de Médicis, le surnom de Magnifique, était né à Sienne vers 1465. Fils d'un riche commerçant, il montra dès ses débuts plus de goût pour les affaires que pour l'étude. Fixé de bonne heure, vers 1486 (il comptait à peine vingt ans), à Rome, où il s'associa avec un autre Siennois, Etienne Ghinucci, il ne quitta plus la Ville éternelle, qui ne lui fit toutefois pas oublier sa chère patrie, Sienne, dont il tint à honneur de toujours joindre le nom à son nom patronymique. A la fois fermier des mines d'alun appartenant au Saint-Siège, marchand de blé, banquier, prêteur sur gages en grand (il fut détenteur des camées et des tapisseries de Laurent le Magnifique, et même de la tiare de Jules II), il réunit rapidement des trésors qui firent de lui le plus riche des Italiens. Interrogé un jour par Léon X sur le chiffre de sa fortune, il répondit qu'il l'ignorait, vu le nombre et la multiplicité des affaires dans lesquelles il était engagé; tout ce qu'il pouvait lui dire, c'est qu'il possédait plus de cent comptoirs, non seulement en Europe, mais encore à Constantinople, à Alexandrie et à Memphis; que sa flotte comprenait cent navires; qu'il occupait et faisait vivre plus de 20000 personnes. On estimait à plus de 70000 florins les revenus de ce nabab, qui prêta de l'argent à Charles VIII, à César Borgia, à la république de Venise, et même à l'économe Jules IL
Ces richesses gagnées en marchand, Chigi les dépensait en roi. Dans ses constructions, dans son mobilier, dans ses repas, il cherchait à éclipser tous ses contemporains. On aurait cru voir renaître les Saturnales de l'ancienne Rome, les mœurs d'un Salluste, d'un Lucullus, auxquelles s'ajoutaient parfois des traits dignes de Trimalcion. La splendide habitation qu'il possédait près de Saint-Jean des Florentins, à l'endroit où s'élevait autrefois l'arc de Gratien, ne lui suffisant pas, il fit bâtir un palais près de la « Porta Settimiana ». Jules II alla examiner les travaux, et, pour exciter son émulation, lui dit qu'il doutait fort que sa construction égalât celle à laquelle les Riario faisaient alors travailler. Piqué au vif, Augustin jura que ses écuries seules seraient plus somptueuses que le palais de ses émules, et il tint parole. Ses jardins devinrent rapidement célèbres et furent chantés à l'envi par les poètes : aux plantations les plus rares s'alliaient les chefs-d'œuvre de l'art antique; des peintres illustres couvrirent de fresques jusqu'aux galeries découvertes de la villa. Les noms de Raphaël, de Sébastien de Venise, de Peruzzi, du Sodoma, de Jules Romain, de François Penni, de Jean d'Udine, de Jean Barile, de Lorenzetto, et de bien d'autres maîtres encore, sont intimement liés à celui de l'amateur siennois. On peut l'affirmer, le prince des Mécènes de Rome, après Jules II, c'était Augustin Chigi.
Raphaël était en relations avec Chigi dès i5io. Mais c'est surtout sous le