‹ Raphaël (volume 3)Chapitre 77 sur 105 · LES PILASTRES DES LOGES · texte numérisé non relu

LES PILASTRES DES LOGES

QuelleattitudeLéonX prit-il en face des artistes, quelle part ceux-ci .

eurent-ils à ses libéralités? Quelques chiffres vont tenir lieu de réponse. Léon X avait destiné un crédit annuel de 60000 ducats d'or (environ 3 millions de francs) aux seuls travaux de reconstruction de Saint-Pierre. Il est vrai que, dans la suite, il se vit obligé de réduire considérablement cette

allocation. L'achèvemenVdes Loges, la construction de l'église Saint-Jean des Florentins, celle de l'église Saint-Laurent à Florence, les travaux de la Magliana, ceux de Lorette, et tant d'autres, exigèrent également des sacrifices énormes. Puis venaient les commandes d'étoffes, de meubles précieux, de bijoux. Les tapisseries seules absorbèrent au moins 5oooo ducats. Quant aux sommes dépensées pour de certaines fantaisies se rattachant au domaine de la curiosité (i 5oo ducats par exemple pour l'achat d'une défense de licorne, i ooo ducats pour une horloge et des instruments de musique achetés à Conrad Trompa de Nuremberg), elles dépassent toutes les bornes de la vraisemblance. La décoration du Vatican était, toute proportion gardée, l'entreprise la moins dispendieuse, puisque Raphaël ne recevait que I 200 ducats pour chaque Chambre.

Jeune (il ne comptait que trente-huit ans), débonnaire, magnifique, Léon X ne pouvait manquer de transformer rapidement la cour et de la façonner à son image. L'Age d'or succède à l'Age de fer; les vertus guerrières de Jules II font place à l'urbanité, à l'élégance, aux qualités les plus brillantes. En politique habile, le nouveau pape ménagea d'abord les parents et les favoris de son prédécesseur : la ruine du duc d'Urbin, celle du cardinal Riario, ne furent consommées que plus tard. Il n'attendit pas si longtemps pour récompenser ses amis ou ses compatriotes. Le lendemain même de son élection, Bibbiena fut nommé trésorier pontifical, et au bout de six mois cardinal. Le neveu et le cousin du pape furent compris dans la même promotion. Bembo et Sadolet devinrent secrétaires apostoliques. Les Florentins surtout se montrèrent âpres à la curée : ils réussirent à occuper les meilleures places, et Rome devint comme un faubourg de Florence.

Le premier rang, parmi tant de personnages distingués par leur naissance ou leur talent, revient au frère puîné de Léon X, Julien de Médicis, esprit élevé, caractère d'une grande noblesse, un galant homme dans toute l'acception du mot. Ce fut un spectacle rare que de voir un membre de cette famille, rongée par une ambition exécrable, prêcher le désintéressement, préférer aux grandeurs les jouissances de l'esprit. Placé à la tète du gouvernement de Florence, après la rétablissement des Médicis, en l5l2, Julien ne tarda pas à résigner ce poste pour rentrer dans la vie privée. Mais la gloriole de son frère ne l'y laissa pas longtemps : en i5i5, il le nomma capitaine général de l'Église, au milieu d'un enthousiasme indescriptible. Plus tard, l'alliance de Léon X avec François Ier valut à Julien le titre de duc de Nemours et la main d'une princesse de Savoie, la propre tante du roi. Malheureusement, ce conseiller sage et indépendant, qui aurait pu exercer une influence si bienfaisante sur son frère, vint à lui manquer trop tôt. Julien ne comptait que trente-huit ans quand il sentit approcher l'heure fatale. Sa dernière action résume bien une vie si noble, qui aurait dû servir de leçon aux siens, et qui lui a valu l'estime de la postérité.

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