‹ Raphaël (volume 3)Chapitre 9 sur 105 · INFLUENCE DU PÉRUGIN · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU PÉRUGIN

moins d'idées. Mais l'essence môme de son talent éveilla chez Raphaël les qualités par lesquelles celui-ci n'a cessé de charmer la postérité : la grâce, la tendresse, le culte de la nature.

Ne soyons donc pas trop rigoureux pour le vieil artiste. Imitons son élève,

PORTRAIT DE VIRGILE (d'aPRÈS LE TABLEAU DU PALAIS d'uRBIN)

(Académie de Venise.)

qui professa toujours pour lui une respectueuse gratitude, et qui, dans YÉcolc d'Athènes encore, plaça son portrait à côté du sien. Les noms du Pérugin et de Raphaël sont en effet inséparables dans l'histoire de l'art. On oublie trop que l'un a été pour l'autre plus qu'un précepteur bienveillant, plus qu'un initiateur habile : qu'il a été un modèle, auquel, pour compter parmi les gloires les plus pures de l'École italienne, il n'a manqué qu'une chose : de ne pas se survivre

CIIAPITRK II.

à lui-même. Un ancien a parlé de ces hommes qui savent mourir à propos : « Félix opportunitate mortis ». Pourquoi le Pérugin n'est-il pas mort au moment où il prenait congé de Raphaël? La postérité ne prononcerait son nom qu'avec respect.

La réputation du Pérugin a longtemps relégué dans l'ombre celle d'un de ses

compatriotes et collaborateurs, talent moins pur et moins élevé, mais imagination plus alerte, plus curieuse, plus brillante : le lecteur a nommé Bernardino Pinturicchio, que l'on sait précisément avoir résidé à Pérouse en 1 5o i . L'ancien favori des Borgia représentait le style narratif, si négligé par tous les autres maîtres ombriens, Buonfigli excepté.

Quoiqu'il cultivât le genre historique plutôt que la grande peinture d'histoire, son influence n'a pas peu contribué à ouvrir à l'art ombrien des horizons plus étendus que ceux du Pérugin. Nul ne prenait tant de plaisir à dérouler aux yeux du spectateur de brillants cortèges, à accumuler dans ses tableaux les plus riches ornements.

Il est aujourd'hui établi que

Raphaël a mis à contribution

l'œuvre de Pinturicchio avec

presque autant d'ardeur que celui du Pérugin, et que les deux Ombriens ont

été, à des titres différents, ses maîtres et ses initiateurs.

Si une critique ferme et impartiale a le devoir de constater ces emprunts, elle a aussi celui de combattre les accusations de plagiat que quelques admirateurs fougueux de Pinturicchio ont dirigées en ces dernières années contre Raphaël. A les en croire, celui-ci, dans la Vierge entre saint Jérôme et saint François (au musée de Berlin), et dans le Couronnement de la Vierge (a la Pinacothèque du Vatican), se serait borné à traduire en peinture des esquisses de Pinturicchio. Nous montrerons plus loin sur quel fondement fragile reposent de telles impu-

GROUPE DE QUATRE PERSONNAGES (Musée Wicar, à Lille.)

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