‹ Raphaël (volume 3)Chapitre 92 sur 105 · SAINT MICHEL TERRASSANT I.E DEMON · texte numérisé non relu

SAINT MICHEL TERRASSANT I.E DEMON

(Musée du Louvre.)

l'inscription DEI ; de la droite il montre les rayons qui jaillissent de sa petite croix de roseau.

Saint Michel terrassant le démon, au musée du Louvre (i5i8), est la dernière en date de ces compositions qui ont si complètement renouvelé l'idéal religieux. Il fut commandé par Léon X, qui le destinait à François Ier, grand maître de l'ordre de chevalerie placé sous le patronage de l'archange.

Le sujet ne diffère guère de celui du Saint Michel, peint, en 1604, pour Guidobaldo d'Urbin. L'archange, la tête et les bras nus, la poitrine couverte d'une riche cuirasse, descend des cieux, et, posant un pied sur Satan, s'apprête à le frapper de sa lance (dans le tableau de 1804, il est armé d'une épée seulement). Il rayonne d'une beauté divine, et montre plus de dédain encore que de colère pour son adversaire, qui, étendu sur le sol, frémit de rage et de douleur. Dans la représentation de ce dernier, Raphaël, tout en renonçant à faire de l'ange déchu un hideux dragon, comme dans le tableau de 1604, lui a conservé sa face de faune, ses ongles crochus, ses formes athlétiques. Peut-être l'artiste, n'ayant à peindre que Satan seul, aurait-il fait de lui, comme Milton, le plus beau des anges. Une pareille conception était bien conforme à ses tendances; il l'a montré dans les Stances et dans les Loges en donnant au tentateur des traits d'une beauté parfaite. Mais dans le Saint Michel terrassant le démon, le sujet même exigeait un contraste violent entre la laideur de Satan d'un côté, et de l'autre la grâce, la fierté, de son vainqueur.

Les contemporains de Raphaël, déjà, ont critiqué le colons du Saint Michel. Sebastiano del Piombo, dans une lettre à Michel-Ange, écrit que les figures de ce tableau, comme celles de la Sainte Famille de François F1', semblent avoir été exposées à la fumée, ou plutôt qu'elles paraissent être de fer, claires d'un côté, noires de l'autre. Ces imperfections, que l'on rencontre dans tous, les tableaux appartenant aux dernières années de Raphaël, doivent incontestablement être mises au compte du dur et violent collaborateur qui a nom Jules Romain. Autant le coloris du maître est transparent et harmonieux, autant celui de l'élève est lourd et opaque. Pour obtenir des effets plus vigoureux, il a abusé du noir d'imprimerie; aussi les ombres ont-elles fortement poussé dans tous les ouvrages auxquels il a mis la main. Ces défauts ont de bonne heure rendu nécessaires des restaurations, qui ont fini par altérer de la manière la plus grave le tableau conservé au Louvre.

Pour épuiser la liste des ouvrages nés pendant cette période d'incomparable fécondité, il nous reste à passer en revue les portraits. Quitter les régions sereines de la peinture religieuse pour représenter les hommes de son temps, avec leurs passions, leurs travers, leurs imperfections physiques et morales, aurait paru une déchéance à plus d'un artiste.

Certes, Raphaël n'était pas moins passionné que ses rivaux pour la recherche

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