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PORTRAITS DU RÈGNE DE LÉON X

de l'idéal, mais il savait aussi faire la part de la réalité; l'observateur en lui ne le cédait pas au poète : plus d'une fois déjà nous avons eu l'occasion de le constater. Précision, naturel de la pose, intensité de la vie, grande tournure, finesse de l'analyse psychologique : il n'est aucune de ces qualités qui ne se trouve au suprême degré dans ses portraits. Aussi ne pouvons-nous lui opposer que les plus grands d'entre les portraitistes. Une longue étude, jointe à la vivacité de son coup d'œil, a permis au Sanzio de dégager dans chaque modèle, à travers les apparentes contradictions, le trait dominant, celui qui élève l'individu à la hauteur d'un type.

Raphaël, écrivait Bembo, « a fait de notre Tebaldeo un portrait si naturel,, que celui-ci ne se ressemble pas tant à lui-même qu'il ne ressemble à cette peinture ».

Rien de plus juste que cette remarque : les personnages représentés par Raphaël sont tels qu'ils devaient être dans les moments de parfait équilibre, lorsque leur physionomie réfléchissait le plus exactement leurs qualités et leurs défauts. Hâtons-nous d'ajouter que ces défauts n'étaient le plus souvent que des défauts physiques, car l'artiste s'est attaché, autant que possible, à ne transmettre à la postérité que les traits

d'hommes dignes de sympathie ou d'admiration. L'éloquent portrait d'Inghirami nous prouve qu'il ne reculait pas devant la laideur, pourvu qu'elle fût rachetée par la puissance ou la noblesse de l'expression.

Les portraits peints par Raphaël pendant le règne de Léon X sont au nombre de douze à quinze. Le pape, son frère Julien et son neveu Laurent, posèrent successivement devant l'artiste. Puis vint le tour d'Inghirami, de Bibbiena, de Castiglione, de Tebaldeo, de Beazzano, de Navagero, du Jeune Homme du Musée du Louvre, avec son attitude langoureuse et son sourire provocant, du Joueur de violon, de Jeanne d'Aragon, probablement aussi de Timoteo Viti. Plusieurs de ces portraits sont depuis longtemps perdus. D'autres, les portraits

PORTRAIT DE JEUNE HOMME (Musée du Louvre.)

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de Beazzano et de Navagero, représentés en buste l'un à côté de l'autre, ne sont plus connus que par de vieilles copies.

Balthazar Castiglione posa deux fois devant Raphaël. Le premier de ces portraits, exécuté vers 1 5 1 6, se trouve aujourd'hui au Louvre : ce chef-d'œuvre est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le décrire. Rappelons seulement le tribut d'admiration que lui ont payé, au xvne siècle, les deux coryphées de l'École flamande et de l'École hollandaise, Rubens et Rembrandt : ils ont tenu tous deux à le copier.

Le portrait de Jeanne d'Aragon fut commandé à Raphaël par Bibbiena, qui

le destinait à François F'', auprès duquel il avait rempli d'importantes missions. Il résulte d'une lettre que le maître, ne pouvant se rendre àNaples, où se trouvait alors la princesse, y envoya un de ses « garzoni », sans doute Jules Romain, avec l'ordre de faire un croquis pouvant servir de base au portrait définitif. Ce renseignement est bien d'accord avec le témoignage de Vasari. Le biographe affirme, en effet, que la tête seule est l'œuvre de Raphaël, et que le reste a été peint par Jules Romain. Le croquis ou le carton, exécuté à Naples, fut offert par Raphaël au duc de Ferrare. Quant au tableau, il était arrivé à Paris dès les derniers mois de l'année i5i8..

Le Joueur de violon (collection du baron Alphonse de Rothschild, à Paris) est daté de i5i8; il semble donc être, avec la Jeanne d'Aragon, le dernier portrait peint par Raphaël. Nous n'essayerons pas de faire l'éloge de cette œuvre célèbre. Qu'il nous suffise de dire que, par la beauté du coloris, elle rivalise avec les plus éclatantes productions de l'Lcole vénitienne (plusieurs critiques l'attribuent à Sebastiano del Piombo). Mais si Sebastiano a pu se mesurer avec Raphaël comme coloriste, combien ne lui est-il pas inférieur au point de vue de la distinction, de la poésie, de l'éloquence, qualités qui éclatent toutes au suprême degré dans le Joueur de violon !

A ces ouvrages d'une incontestable authenticité, on ajoute parfois un portrait du palais Pitti, célèbre sous le nom de « Donna velata », la Femme au voile. Les traits de la jeune femme, dans laquelle on croit reconnaître la maîtresse de Raphaël, offrent en effet une certaine ressemblance avec la Madone de Saint Sixte. Mais la facture offre des imperfections qu'il est difficile de mettre sur le compte

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