Raphaël
Urbin et les Montefcltro. — l^a ville du quinzième siècle et la ville du dix-neuvième. — Luciano da Laurana et le palais ducal. — La famille Santi. — Giovanni Santi : ses peintures et ses poésies. ■ — Naissance de Raphaël. — Premières impressions et premières études. — Mort de Giovanni Santi. — Timoteo Viti. — Départ de Raphaël pour Pérouse.
Le petit duché d'Urbin, qui a eu la gloire de donner naissance au plus grand des architectes, au plus grand des peintres et au plus grand des musiciens de l'Italie, à Bramante, à Raphaël et à Rossini est situé au milieu des Apennins, au point d'intersection de la Toscane et de l'Ombrie. Peu de contrées sont aussi riches en beautés pittoresques, comme aussi en brusques et saisissants contrastes : des collines fertiles et riantes y alternent avec des montagnes abruptes , tantôt des pics aux silhouettes bizarres bornent de tous côtés l'horizon, tantôt le regard plane librement sur l'immense panorama de l'Adriatique.
En quittant la station de Pesaro, la diligence qui dessert Urbin i^il faut environ cinq heures pour franchir la distance entre les deux villes) suit d'abord une belle route se développant régulièrement dans une
I. Bramante est né à trois milles d'Urbin, dans la villa de Monte Asdrualdo, près de Fermii^nano; Rossini, un peu plus loin, à Pesaro, une des capitales de l'ancien duché; celui-ci forme aujourd'hui la province de Pesaro-Urbino. ' ' '
plaine fertile, cultivée avec soin. Nous sommes en septembre ; l'air est d'une pureté admirable, le ciel radieux; les mûriers portent une seconde pousse de feuilles, aussi fraîche, aussi brillante que celle du printemps. Peu à peu, les contrastes s'accentuent, le pa3^sage devient plus rude, la route plus escarpée; aux villes succèdent des chaumières misérables; aux champs de maïs, des rochers dénudés. On monte, on monte toujours. Longtemps avant que le regard découvre la ville, juchée sur le sommet de la montagne dont nous contournons les lianes, le son des cloches sonnant à toute volée (nous sommes à la veille d'une fête) arrive jusqu'à nous, et se mêlant aux graves et sereines impressions du crépuscule, nous remplit d'une sorte d'émotion religieuse. Aussi bien, pour quiconque professe le culte du beau, est-il un pèlerinage plus digne de vénération que la patrie de Raphaël!
La diligence s'arrête à l'entrée de la ville, sur la petite place qui s'étend devant l'ancien palais ducal. D'un côté, les lignes fières et imposantes, les tourelles et les loges de ce chef-d'œuvre de la première Renaissance; en contre-bas, un viaduc aux formes monumentales, qui relie les deux monticules sur lesquels est construite Urbin ; puis, du côté opposé, quelques maisons disséminées au pied d'une hauteur boisée dont les ruines de l'ancienne citadelle, des murs et des bastions, couronnent le sommet. Plus loin, à perte de vue, une double ou triple enceinte de montagnes, les unes nues et stériles, les autres couvertes d'une végétation sombre, que réchauffent les derniers ra}'ons du soleil couchant.
Abstraction faite de quelques remaniements partiels, — reconstruction de la cathédrale, construction d'un théâtre, etc., — Urbin est restée une ville du moyen âge, avec ses mille accidents de terrain et ses mille surprises, ses rues étroites et tortueuses, aux pentes rapides, ses maisons en briques, les unes surplombant fièrement comme une citadelle, les autres perdues dans des bas-fonds. De loin en loin, un jardin ou une promenade, dont la végétation mêle une note d'une fraîcheur exquise aux souvenirs vénérables du passé.
Perdue comme elle l'est au milieu des montagnes, loin des voies de communication modernes, sans industrie et sans commerce, la population est réduite à vivre de l'exploitation des campagnes voisines et d'un petit trafic de détail avec les paysans des environs. Mais, malgré une pauvreté excessive, elle a conservé sa douceur, sa courtoisie, son patriotisme. L' « Accademia reale RalTaello », luxueusement installée dans le palais ducal, l'Ecole royale des Beaux-Arts, un jardin botanique, des