LA SAINTE FAMILLE DE LA MAISON C A N I G I A N I
(Pinacollicqnc de Munich.)
frais ombrages si chers à Raphaël, nous y voyons une ville située sur une hauteur, avec des tours, des clochers qui se détachent sur les montagnes du fond.
Vasari, qui nous parle de cette Sainte Famille, nous apprend que
Raphaël la peignit pour Domenico Canigiani, de Florence. Le tableau devint ensuite la eropriété des Médicis. Le mariage de la fille du grand-duc Cosme III avec l'électeur palatin Jean-Guillaume le fit entrer dans la galerie de Dusseldorf et de là dans la Pinacothèque de Munich.
Un dessin à la plume, appartenant à M*^' le duc d'Aumale (anciennes collections Timoteo Yhl, Réveil, F. Reiset) et exposé en 1879 à l'École des beaux-arts (une autre étude pour le même tableau fait partie de la collection Albertine, Braun : n" (355^, nous montre par quelles phases la composition a passé avant d'aboutir au tableau de Munich. Les deux mères sont représentées toutes nues; seulement, tandis que, pour la Vierge, Raphaël s'est servi d'un modèle féminin, c'est un homme qui a posé devant lui pour la figure de sainte Flisabeth. Nous avons déjà vu le maître recourir à cette ressource dans le Couronnement de la Jlerg-e; la Madone de la maison d'Albe a été également préparée à l'aide d'un artifice de ce genre. Ajoutons que dans le dessin saint Joseph, lui aussi représenté sans vêtements, tourne le dos au spectateur, tandis que dans le tableau il lui fait face.
Nous sommes en droit d'ajouter aux Saintes Familles de Raphaël l'esquisse qu'il exécuta, vers i3o(S, pour son ami Domenico Alfani, de Pérouse, et qu'il lui adressa, accompagnée du billet suivant : « Domenico, n'oubliez pas de m'envo3'cr les vers de Riciardo, relatifs à la tempête qu'il essuya pendant son vo3'age '; rappelez aussi à Cesarino le sermon [la predica) qu'il doit m'envoyer, et recommandez-moi à lui. Je vous prie encore de faire souvenir madonna Atalante de m'envoyer l'argent : tâchez d'avoir de l'or; dites à Cesarino de le lui rappeler également et de la presser. Si je puis vous être utile à quelque chose, faites-le-moi savoir. »
Cette esquisse, aujourd'hui conservée au musée Wicar, et reproduite par notre gravure, parut si belle à Domenico, qu'il la copia textuellement dans un tableau que l'on a récemment transporté dans la galerie installée dans l'hôtel de ville de Pérouse. Le témoignage d'admiration donné à son ancien condisciple est, hélas! ce qu'il y a de plus intéressant dans cette peinture molle et fade. Cette admiration fut si forte, qu'une quinzaine d'années plus tard, dans une autre Sainte
I. M. (ÎRi.MM a prouve (Das Leben Rapliaels von Urbiiio; Rcrlin, 1872, p. Sy'i) que Raphacl, dans ce passage, fait allusion à un personnage du Morfçante Mag^iorc de Pui.ci, Ricciardetto, frère de Roland. Pendant un de leurs voyages, les deux héros essuient une tempête qui est longuement ile'crite par Pui.ci (chant xx), celle-là même dont Raphaël demande l;i description.