LES TROIS GRACES
(Galerie Dudley, à Londres.)
entièrement. Pour produire un effet vraiment pittoresque, il aurait fallu accorder au paysage, qui est encore fort vague, une place plus importante, garnir d'arbres ou de bosquets les deux côtés du tableau; bref, placer dans un cadre digne de lui ce groupe qui, dans le marbre, se suffit à lui-même, mais qui, dans la p'.;inture, exigerait une autre mise en scène, plus d'accent, plus de décision.
Selon toute vraisemblance, Raphaël profita de son séjour à Urbin pour entreprendre une excursion à Bologne, où l'attirail le désir de
faire la connaissance de Francesco Francia. Depuis longtemps la renommée avait répandu partout le nom de 1 eminent orfèvre, médail- Icur et peintre bolonais. Mais Raphaël avait un autre motif encore pour lui rendre visite : le Francia avait servi de maître à un de ses plus chers amis, Timoteo \iù. Une tendre amitié ne tarda pas à unir les deux artistes, malgré la ditVérence de leur âge (Francia comptait alors environ cinquante-cinq ans , et cette amitié dura autant qu'euxmêmes. Nous en avons la preuve dans la lettre que Raphaël adressa en i5o8 au maître bolonais, pour le remercier de l'envoi de son portrait. Rappelons en outre que Francia accepta la mission d'installer et de restaurer, s'il y avait lieu, la Sainte Cécile de son jeune ami, destinée à l'église Saint-Jean du Mont, de Bologne. Peut-être est-ce lui aussi qui lui adressa, vers i5io, son compatriote et élève Marc- Antoine Raimondi, l'interprète merveilleux dont le burin a popularisé tant de compositions du peintre divin.
Vers i5o6, le vieux peintre-orfèvre n'avait plus que peu de secrets à enseigner à son jeune confrère d'Urbin ; il avait au contraire tout à apprendre de lui. Aussi le voyons-nous se prendre de la plus vive admiration pour les productions cie ce pinceau si souple et si délicat. De nombreux tableaux témoignent des ctibrts qu'il fit pour l'imiter et pour s'assimiler ses principes'.
Peut-être Francia mit-il son jeune ami en relations avec ses toutpuissants protecteurs, les Bentivoglio, qui, à ce moment, gouvernaient encore Bologne. Nous savons du moins par Baldi que Raphaël peignit, pour le chef de la famille, avant son expulsion par Jules II, en novembre i5oG, une Nativité ou une Adoration des beri>x'rs'.
On a longtemps admis que Raphaël, en quittant Urbin pour retourner à Florence, s'arrêta au couvent de ^'allombreuse et y exécuta les portraits de deux religieux : D. Blasio, général de l'ordre, et D. Balthazar. Mais tout semble indiquer que ces portraits, conservés à. l'Académie de Florence, sont du Pérugin, et non de Raphaël.
Dans la seconde moitié de l'année i5o(), au plus tard au commencement de l'année 1607, Raphaël est de retour à Florence. Outre les Madones que nous avons étudiées dans le chapitre précédent, nous le voyons exécuter vers cette époque trois œuvres de nature et d'inspi-
1. MM. CuowK et Cavalcaselle [Histoire de la Peinture italienne, t. \, p. 607) consiatcnt que cette iiiHuence de Raphaël sur Francia se fait surtout sentir en i5o5 et en i5oô.
2. Malvasia, Fchina pittricc, édit. de 1841, t. l'''', p. 47.