‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 118 sur 327 · SAINTE CATHERINE D ' A I. E X A N D 11 I E · texte numérisé non relu

SAINTE CATHERINE D ' A I. E X A N D 11 I E

(Londi'cs; National Gallcry.

bras gauche appu\'é sur la roue, comme pour rappeler ses souffrances, elle est éternellement prête à recommencer son martyre.

L'exécution du tableau de la National Gallcry est pure et légère, la couleur si transparente, que l'on peut voir. Passavant déjà en a fait l'observation, les contours et les hachures dessinés à la plume sur le panneau préparc à la craie. La tonalité générale, comme dans la Mise au tombeau, se distingue par sa froideur. On remarquera, entre autres, ! la note grise du paysage. — Le Louvre possède le carton original, qui le cède à peine en beauté à la peinture. :

La Mise au tombeau, de la galerie Borghèse, remonte, quant à ses origines du moins, au séjour de Raphaël à Pérouse. Mais ce lien est le seul qui rattache le tableau à TOmbrie. Libre à ce cœur sensible et reconnaissant d'accorder parfois un souvenir à l'Ecole naïve dont il avait si longtemps suivi la bannière : comme artiste, Raphaël ne devait j et ne pouvait plus regarder en arrière.

La Mise au tombeau, destinée à l'église Saint-François de Pérouse, fut commandée par une dame appartenant à la fameuse famille des Baglioni. Ce n'était pas seulement la piété qui poussa donna Atalante Baglioni à choisir ce sujet, c'étaient aussi des souvenirs personnels, de cruels et poignants souvenirs. Peu d'années auparavant, un drame plus odieux, plus sanglant que tous ceux qui l'avaient précédé, avait frappé de stupeur la ville entière. Profitant des fêtes célébrées à l'occasion d'un mariage, Griffone, le fils d'Atalante, avait surpris, avec plusieurs de ses parents, les membres de la famille appartenant à la faction opposée, et les avait lâchement massacrés. Puis, lorsque les amis des victimes redevinrent maîtres de la ville, Griffone à son tour tomba sous les coups de son cousin Gian Paolo. Sa mère, alors encore jeune et belle, s'était enfuie la veille, emmenant avec elle sa bru et lançant des imprécations contre le meurtrier, dans lequel elle refusait de reconnaître un fils. En apprenant la nouvelle catastrophe, elle accourt avec la femme de Griffone et trouve son fils mourant. Tous se retirent à l'approche des deux femmes : Atalante se précipite sur le mourant, le conjure de pardonner à ses assassins, et, lorsqu'il a cédé à ses prières, lui donne sa bénédiction. Griffone ne tarda pas à expirer, et la foule se rangea respectueusement pour livrer passage aux deux femmes, lorsqu'elles traversèrent la place dans leurs vêtements souillés de sang.

En commandant la Mise au tombeau', Atalante voulait éterniser le

I. La seconde des prcdclles lic la Mise au tombeau uuijourd'luii conserx Jt; avi imisje de Perouse) nous montre des ijrinons d'or qui, d'après l'inijenieuse livpoihèse de M. le c<ininian-

souvenir de sa douleur, en même temps qu'elle espérait trouver des consolations dans le spectacle de la douleur d'une autre mère.

Jamais encore Raphaël n'avait préparé la composition avec un soin pareil : d'innombrables études, conservées au Louvre, aux Offices, à l'Albertina, au British Muséum, à l'Université d'Oxford, dans les collections de MM. Malcolm, Baie, Birchall, Gay, témoignent de ses efforts. L'artiste hésita même longtemps sur le choix du sujet : M. Robinson a établi qu'il voulut d'abord représenter la Déposition de croix et qu'il s'arrêta, plus tard seulement, à la scène qui lui fait suite, la Mise an tombeau. L'histoire de ces tâtonnements est des plus

Page 1