‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 123 sur 327 · UN ANGE · texte numérisé non relu

UN ANGE

(Piiiacollicque du Vatican.)

par le retable d'Atalante Baglioni. Son appréciation a presque la valeur d'un document contemporain : « Cette divine peinture représente le Christ mis au tombeau; le cadavre est exécuté avec le plus grand amour, et le tableau a encore tant de fraîcheur, qu'on le croirait récemment achevé. Raphaël s'y est pénétré de la douleur des parents qui se séparent d'un mort qui leur est cher, et qui emporte avec lui l'honneur, la vertu, la fortune de toute une famille. La Vierge est évanouie; les autres femmes pleurent : rien de plus touchant que l'expression de

leur visage. On remarquera surtout saint Jean, qui croise les mains et baisse la tète par un geste capable de tléchir le cœur le plus dur. En vérité, celui qui considère le soin scrupuleux, l'amour, l'art et la grâce avec lesquels cette œuvre a été exécutée, a raison de s'étonner ; elle remplit d'admiration quiconque lu regarde, tant les figures ont d'ex-

i; N ANGE

( Pinacotliùqiie du Vatican.)

pression, les draperies de beauté ; tant, entin, est grande la perfection qui règne dans toutes les parties de la composition. »

Chez les modernes, les opinions ont été plus partagées. D'après Rumohr, la Mise au tombeau serait en grande partie l'œuvre de Ridolfo Ghirlandajo. « Malgré toute l'attention avec laquelle j'ai regardé ce tableau », dit le savant auteur des Recherches sur l'Italie, « et malgré toute mon admiration pour l'ensemble de la composition, elle m'a laissé froid : je ne reconnais pas Raphaël dans le coloris, qui a je ne

sais quoi de lisse, ni dans les contours, qui accusent un timide tâtonnement : cette façon de peindre rappelle plutôt celle de son ami Ridolfo, qui y a persisté jusqu'à l'âge le plus avancé. » Sans admettre cette collaboration, M. Springer a formulé un jugement non moins sévère. « L'ell'et du tableau, dit-il, ne répond que peu aux efforts de

l'espérance (l'iiiacotlKque du \'aticaii.)

l'artiste. Ceux-là mêmes qui exaltent, avec raison d'ailleurs, l'énergie de l'expression, la vérité des caractères, la beauté de l'ordonnance, reconnaissent que l'ensemble vous laisse froid, et parle à l'esprit plus qu'au c(eur. Ces défauts tiennent principalement au coloris. Des nettoyages, des restaurations, ont tellement modifié la peinture, que l'on a souvent admis l'intervention d'une main étrangère. Mais, à supposer qu'elle fût intacte, la Mise au tombeau ne produirait pas un

effet sensiblement différent. La belle et riche palette dont Raphaël s'était jusqu'ici servi pour des ligures ou des groupes isolés n'était pas encore suffisante pour une composition aussi nombreuse. Le manque de spontanéité fortifie encore cette impression, abstraction faite de la

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