CHAPITRE IX
pas encore, à cette époque, la science du coloris qu'il devait acquc'rir plus tard. Enfin, et nous ne saurions assez insister sur ce point, des sujets tels que les scènes de la Passion étaient trop opposés aux aspirations intimes de l'artiste, pour qu'il pût les traiter avec un entier succès. Cela est si vrai, que pendant longtemps il ne revint plus à ce thème. Dans la suite même, il ne s y essaya qu'à trois reprises : dans l'admirable dessin du Louvre, qui nous montre la A'ierge debout devant le cadavre de son fils; dans le Portement de croix, ou Spasimo di Sicilia, conservé au musée de Madrid ; et dans la Descente de croix gravée par Marc-Antoine.
La prédelle de la Mise an tombeau est conçue dans un esprit bien différent. Raphaël n'a pas créé de figures plus nobles, plus idéales que les trois W'rtus théologales peintes en grisaille, et escortées chacune de deux anges ou génies, la Foi, VEspérance, la Charité. Parmi les anges, on remarquera surtout ceux qui sont placés aux côtés de la Charité, avec leurs petites chemises courtes, nouées à la ceinture, leurs ailes naissantes : on ne saurait imaginer un motif plus frais, plus charmant.
La prédelle de la Mise an tombean est conservée aujourd'hui dans la Pinacothèque du A^itican, tandis que le tympan du retable, avec la figure de Dieu le Père, se trouve au musée de Pérouse. Nous n'insisterons pas sur cette dernière figure, qui parait être l'œuvre de quelque élève de Raphaël.
Vers la fin de l'année \bo~, Raphaël entreprit un nouveau voyage dans sa ville natale. Le ii octobre looy « Raphaël, peintre, fils de Giovanni Santi », s'engageait à pa3^er aux héritiers de Serafino Cervasi de Montefalcone une somme de loo ducats, de 40 bolonais chacun, pour solde du prix d'une maison acquise d'eux. L'acte mentionne, à cette occasion, une quittance fictive précédemment donnée à Raphaël et la déclare nulle et non avenue. Les 100 ducats étaient destinés au payement d'une amende à laquelle les Cervasi avaient été condamnés par la Chambre ducale d'LIrbin. L'artiste promet de verser immédiatement 1 2 ducats et demi entre les mains de Francesco Buffa, représentant le duc Guidobaldo, ^7 ducats et demi à première réquisition, le reste enfin, soit 5o ducats, à la Noël de la même année'.
I. Documciu (.iJcouvcrt dans les archives d'Urbin par M. Ai.ippi (// Rajacllo; Urbin, 1880, pp. I I ? (Jt suiv.)
Cc document prouve que les relations de Raphaël avec sa ville natale, sa famille, la cour ducale, ont été plus fréquentes qu'on ne l'admettait jusqu'ici. Nous savons maintenant que l'artiste est retourné à Urbin en i5o4, vers i5o6, en \bo-j. Ces voyages, relativement nombreux, s'expliquent par la facilité avec laquelle on pouvait, de Pérouse,