PORTRAIT D ' I N G H I R A M I
(Palais Pitti.)
Marie; il ne négligea rien pour hâter le mariage, que la mort de la jeune fille empêcha de se conclure. Une lettre de Bembo achève de
prouver combien Raphaël avait d'influence sur l'esprit de son protecteur : écrivant à Bibbiena pour le prier de lui céder sa ^''énus de marbre, Bembo ajoute : « Si ma demande vous paraissait trop hardie, Raphaël, que vous aimez tant, me promet de m'excuscr auprès de vous; il m'a encouragé à vous l'adresser en tout état de cause. J'espère que vous ne voudrez pas faire à votre Raphaël raflront de refuser'..., » etc.
Bibbiena avait passé à Rome toute l'année iSoy et une partie de l'année suivante: il s'y trouvait encore en mai i5o8- : il est donc possible qu'il ait été pour quelque chose dans l'appel adressé à Raphaël par Jules II.
Louis de Canossa, une autre de nos connaissances d'Urbin, s'était fixé à Rome sous le règne de Guidobaldo déjà. Jules II le nomma, en i5ii, évèque de Tricarico, et il assista en cette qualité au concile de Latran. Il était un des anneaux de la chaîne que les anciens coryphées de la cour d'Urbin formaient autour de la papauté; il mérita surtout bien de ce groupe d'élite en mettant Bembo en relations avec le cardinal de Pavie, Alidosio, le tout-puissant ministre de Jules IV. Quoique les goûts de Louis de Canossa lui fissent de préférence rechercher les livres et les manuscrits, il ne négligea pas les beaux-arts. Nous lui devons un des chefs-d'œuvre de Raphaël, la Saiu/c Famille, surnommée la Perle. Après avoir longtemps orné le palais des Canossa à W'rone, la Perle a trouvé un asile définitif au musée de Madrid.
Thomas Inghirami devait, comme Bibbiena, sa fortune à Laurent le Magnifique. Né à Volterra en 1470, il fut recueilli, après le sac de cette ville, en 1472, dans la maison du Magnifique, qui surveilla soigneusement ses études et l'envoya plus tard à Rome, où Alexandre \\ lui fit un accueil favorable. Son habileté comme négociateur, non moins que son érudition, lui fra3'a la voie des honneurs. On cite de lui un trait qui prouve avec quelle facilité il maniait la langue latine. Représentant avec quelques amis V Hippolyte de Sénèque, devant le cardinal Riario, un accident survenu aux machines força les acteurs à suspendre un instant la représentation : Inghirami, pendant
1. Lettre datée de Rome, 25 avril i5i(), publie'e en extrait dans Quatremkrk de Quincv, Histoire de la vie et des ouvrap;cs de Raphaël; Paris, 1824, p. 4(j().
2. DuMESNn., Histoire des plus célèbres amateurs italiens, p. 53.
3. Rkumont, Gescliichte der Stadt Rom, t. III, 2'' partie, pp. 74-75.