‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 141 sur 327 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le plus influent de ces maîtres, celui qui méri'ta d'être place par Jules II à la tête de ses vastes entreprises, était un compatriote, peutêtre même un parent de Raphaël, Bramante d'Urbin. Après avoir peuplé la Lombardie de chefs-d'œuvre, Bramante était venu chercher fortune à Rome. La construction du palais de la Chancellerie attira d'abord sur lui l'attention publique; puis il fut choisi par Alexandre W pour concourir, mais seulement en qualité de sous-directeur, à l'édification de la fontaine du Transtévère et de celle de la place de Saint- Pierre. Jules II ne pouvait tarder à distinguer l'artiste qui avait tour à tour joui de la faveur de deux juges aussi délicats que Ludovic le More et Alexandre XI. Il ht à la fois appel au talent de l'architecte | et à la science de l'ingénieur militaire, et ne tarda pas à préposer Bramante à l'immense tâche de la reconstruction de Saint-Pierre. Tout autre aurait succombé sous un pareil fardeau. Mais Bramante, qui avait le travail aussi facile que Raphaël, trouva la liberté d'esprit nécessaire pour diriger en même temps toutes les autres entreprises de Jules II, et elles étaient nombreuses. Après avoir terminé la construction de la cour du Belvédère, il commença celle des Loges, ainsi que celle d'un palais situé dans la nouvelle rue tracée d'après ses plans, la via Giulia'. A partir d'un certain moment, nous le voyons même investi de la surintendance de tous les bâtiments pontificaux.

Bramante avait longtemps vécu dans la misère, sans que sa gaieté en fût altérée; aussi mérita-t-il d'être appelé par son disciple Cesariano : « patiente figlio di paupertate », fils patient de pauvreté. S'il faut en croire Cesariano, Jules II dut même recourir aux menaces pour faire accepter à son architecte favori des bénéfices, ainsi que l'emploi si lucratif de « piombatore » ou « frate del piombo », c'est-à-dire de membre de la corporation chargée de sceller les bulles. Devenu riche, Bramante | donna un libre cours à son goût pour la libéralité; sa maison devint le rendez-vous des artistes les plus éminents, qu'il se plaisait à réunir à sa table. Un architecte de Pérousc, G.-B. Caporali, qui, comme Cesariano, traduisit Vitruve, en mettant singulièrement à contribution le travail de son prédécesseur, nous parle surtout d'un souper auquel | il assista, et auquel prirent, en outre, part le Pérugin, Signorelli et Pinturicchio". Peut-être ce repas eut-il déjà lieu dans le nouveau palais i

1. La Galette des Beaux- Art s (avril et dcccuibrc iSyct') a consacre à ces dillerents travaux une étude spéciale, à laquelle nous renvoyons le lecteur.

2. Voy. Vkrmiglioli, Mcmoric di Beniardino Pinturiccltio, p. 5. — Sauf" la mention de ce

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