PREMIÈRE PENSÉE DE LA DISPUTE DU SAINT-SACREMENT
(Château de Windsor.)
attributs. Ses nombreuses études préparatoires (on en connaît plus de trente) suffiraient à trahir le secret de ses tâtonnements, alors même que la lettre adressée à l'Ariostc, pour lui demander conseil, ne nous les révélerait pas.
Deux dessins conservés, l'un à Windsor (voyez la gravure ci-dessus), l'autre à Oxford, tous deux exécutés à la sépia, avec des rehauts blancs et des ombres fortement accentuées, représentent la partie gauche de
la Dispute, telle que Raphaël l'avait d'abord conçue : les patriarches, prophètes, apôtres et saints y sont placés sur deux rangs, tandis que dans la fresque ils n'en forment qu'un seul; le Christ, au lieu de trôner entre la Vierge et le Précurseur, y est isolé. La composition est encore à l'état embryonnaire. C'est à peine si, dans l'esquisse de Windsor, on retrouve — nous ne dirons pas une des figures de la fresque — mais quelques indications de groupes ou de gestes. Remarquons surtout la singulière métamorphose qu'a subie la figure féminine qui plane à gauche et lève le doigt vers le ciel : dans la fresque, elle s'est transformée en un beau jeune homme qui, debout près de la balustrade, montre à ses interlocuteurs l'autel, source de toute vérité. Que de fois n'avons-nous pas déjà eu à constater chez Raphaël ces brusques changements qui montrent à quel point son esprit était toujours en éveil! Dans un dessin du musée Stœdel de Francfort, le groupe central a pris plus de consistance : l'attitude des deux personnages qui sont assis et j qui tiennent chacun un volume ne diffère plus guère de celle qu'auront saint Grégoire et saint Jérôme. Raphaël y a conservé aussi les fidèles agenouillés près du trône, dont la forme est encore indéterminée. Quant aux autres figures, elles n'offrent aucune ressemblance avec celles de la Dispute, telle que Raphaël l'a peinte. Ajoutons qu'aucune d'elles n'est encore drapée. Un dessin du Louvre (voyez la gravure placée ci-contre) nous montre un nouvel état de la composition, déjà plus rapproché de la fresque : nous y trouvons saint Grégoire \ assis sur son trône, et à côté de lui trois personnages agenouillés (dans la fresque il n'y en a que deux, le troisième s'étant relevé) ; au premier plan, le jeune homme dont nous avons parlé tout à l'heure est remplacé par des personnages vus de dos. L'artiste a fait un pas de plus dans la superbe esquisse qui, de la collection de M. Reisct, est entrée dans celle du duc d'Aumale (p. 32 i). Et cependant, que nous sommes loin encore de la fresque! Dans ce dessin, qui comprend vingt figures, et qui reproduit toute la partie inférieure, l'autel, c'est-à-dire le centre, le foyer de la composition, n'est pas encore indiqué; on ne trouve pas non plus trace de l'ordonnance magistrale inaugurée par Raphaël. Les acteurs sont trop rapprochés les uns des autres; leurs gestes n'ont pas l'ampleur nécessaire; l'ensemble enfin laisse à peine entrevoir la majesté que l'artiste saura donner à la peinture. Dans l'impossibilité où nous nous trouvons de décrire toutes ces études préparatoires, nous nous bornerons à mentionner encore un dessin de l'Albertine (Braun, n" lySi, se rapportant, comme la majeure partie de ceux qui