ETUDE POUR LA MUSE MELPOMENE
(Université d'Oxford.)
Pour la paroi qui fait pendant au Parnasse, et qui est également coupée en deux par une fenêtre, Raphaël a adopté une décoration absolument différente : il a placé dans la lunette supérieure les trois
auxiliaires de la Justice, la Prudence, la Force, la Modération. Des génies ailés relient entre elles ces trois figures, d'un caractère grandiose, et animent la composition qui, sans eux, manquerait de mouvement. Nous verrons plus tard, dans les Sibylles de l'église de la Pace, des anges remplii' le même office et pourvoir aux besoins de la décoration.
Les deux compartiments inférieurs, restés libres de chaque côté de la fenêtre, ont reçu deux sujets purement historiques, se rapportant à la codification du droit civil et du droit canonique, et complétant ainsi la glorification de la Justice : V Empereur Justiiiien pr()mulp;uant les
I, A PRUDKNCK, I. A F O R C K KT I. A MODÉRATION
Pandectes, le Pape Grés^-oire IX promulg-uant les Décretales. On a fait observer avec raison que, pour cette dernière composition, Raphaël s'est inspiré, du moins dans ses lignes générales, de la célèbre fresque de Melozzo da Forli, autrefois placée dans la bibliothèque du ^'atican, Sixte II' nommant Platina au poste de bibliothécaire. Le tableau contient en outre une innovation, dont Raphaël ne calculait guère la portée, et qui devait le mener bien loin : tandis qu'il n'avait jusqu'alors que rarement eu recours au portrait, il n'a pas craint de représenter ici Grégroire IX sous les traits de Jules II, en compagnie du cardinal Jean de Médicis, le futur Léon X, d'Alexandre Farnèse , le futur Paul III, enfin d'un autre prélat contemporain, Antonio del Monte. Il avait pour excuse l'exemple des Florentins du quinzième siècle, et surtout de Masaccio, dont il avait si longuement étudié les compositions.