‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 170 sur 327 · MADONES PEINTES SOUS JULES II · texte numérisé non relu

MADONES PEINTES SOUS JULES II

à peine des peintures exécutées par Raphaël entre i5o8 et i5i3, date de la mort de Jules II. Durant cette période ont pris naissance plusieurs retables aux proportions monumentales, la Vierge de Foligno, la Madone de Lavette, la Sainte Famille de Naples, la Vierge au poisson; des tableaux de chevalet, tels que la Madone de la maison d'Albe, la Madone Aldobrandini , la Vierge an diadème; Vlsaïe, commandé par Jean Goritz pour l'église Saint-Augustin; un certain nombre de portraits Jules II, Bindo Altoviti, Frédéric de Mantoue); les beaux dessins de la Mort de Lucrèce, et du Massacre des Innocents, si magistralement reproduits par le burin de Marc- Antoine, etc., etc. Raphaël s'occupa aussi dès lors de travaux d'architecture, comme on le verra dans le chapitre consacré à cette partie de son œuvre.

Etudions successivement les tableaux, fresques ou gravures appartenant à cette période si bien remplie, la plus glorieuse, sans conteste, cic la vie du jeune maître. Nous commencerons, comme de raison, par les compositions historiques ; elles appartiennent toutes au domaine de l'art religieux.

Si, dans les Madones et Saintes F'amilles de la période florentine, Raphaël a souvent sacrifié l'expression des sentiments religieux à celle de sentiments purement humains, tels que

l'amour maternel, les joies de l'enfance, dans les compositions exécutées à Rome la religion reprend tous ses droits. Le maître revient ainsi aux préoccupations de l'Ecole ombrienne, quelque éclat, quelque puissance que son style ait d'ailleurs acquis depuis l'époque où il suivait la bannière du Pérugin. Travaillant sous les yjiux du chef de l'Eglise, s'adressant à la chrétienté tout entière, //;■/'/ et orbi, il s'efforce de donner

E N V A .\ T !• O li r A NT I. S A R JI O I R I E S DE J l.; L E S I r

(Académie de Saint-Luc, à Rome.)

aux dogmes fondamentaux du christianisme toute l'élévation dont il se

sent capable; il cherche à se surpasser lui-môme et il y parvient. Les pages immortelles qui s'appellent la Madojie de Foligno, la Madone Aldobrandiiii, la Viers^e au poisson, la Vierge à la chaise, la Sainte Famille de François F, la Vierge de Saint-Sixte, nous montrent tour à tour Marie comme reine des cieux, trônant au milieu d'une gloire d'anges, ou comme la mère de l'Ecriture, embrassant son fils avec une tendresse virginale, à laquelle se mêle le pressentiment des épreuves à venir. Depuis les créations de la primitive Eglise, si grandes et si austères, depuis les puissantes explosions de foi du moyen âge, la peinture n'avait plus parlé un langage aussi admirable. Grandeur de la con- ception, beauté des types, éclat du coloris, tout concourt pour faire des Madones romaines de Raphaël la plus parfaite formule de l'art chrétien.

D'autres compositions, d'une valeur non moins haute, quoique consacrées à des sujets différents, complètent ce cycle, qui seul, indépendamment de tant de chefs-d'œuvre appartenant à l'art profane, suffirait pour faire de Raphaël le premier de tous les peintres. Dans les Loges, le maître a retracé les événements les plus marquants de l'histoire sainte; dans le Portement de croix et la Transfiguration, les miracles et les souffrances du Christ; dans les tapisseries, les actes des apôtres et la propagation des doctrines du christianisme; dans la Sainte Cécile et la Sainte Marguerite, les triomphes des martyrs. Est-il, dans les annales de l'art religieux, un ensemble plus pur, plus sublime?

Dans la Vierge au diadème i ou plus exactement le Sommeil de l'enfant Jésus), au musée du Louvre, Raphaël se montre préoccupé du désir de composer une scène bien équilibrée, dans laquelle les figures et le paysage forment un ensemble parfait. A gauche, au premier plan, le « bambino » repose tranquillement sur un manteau bleu qui lui sert de coussin; une de ses mains est étendue le long de son corps, l'autre est placée sous sa tète par un geste aussi vrai que gracieux : on croit entendre sa respiration douce et régulière. Marie s'approche de lui, se met à genoux et soulève d'une main le voile qui couvre le dormeur, tandis que de l'autre elle attire vers lui le petit saint Jean qui s'est agenouillé à côté d'elle. La ferveur de ce dernier, son enthousiasme enfantin, contrastent avec le sérieux de la Merge qui regarde son fils avec une tendresse mêlée de recueillement.

On constate dans cette composition une recherche de l'effet plus grande qu'à l'ordinaire : Raphaël ne s'est pas contenté de composer un

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