LES PILASTRES DES LOGES
trix, une Fortune, les Trois Grâces, Apollon et Marsyas, Oreste et Égisthe, Bacchus appuyé sur un Satyre, une scène de sacrifice, etc., etc. Comme l'a fait remarquer ^'asari, Raphaël et ses élèves ont mis à contribution, pour ces ligures , les peintures nouvellement découvertes dans les thermes de Titus. Mais ils n'ont pas borné leurs investigations à ce cycle si intéressant; les collections romaines aussi ont été mises par eux en coupe réglée.
La prédilection pour le monde antique n'a pas fait négliger aux peintres des Loges la représentation du monde contemporain. Ici, on découvre un paysan guettant des oi-
seaux; ailleurs, une collection d'instruments de musique.
Il est une composition surtout qui est faite pour nous intéresser, puisqu'elle nous montre les élèves de Raphaël occupés à la décoration des Loges (voy. la gravure de la page 437). A gauche, on voit un maçon armé d'une truelle et se préparant à recouvrir le mur de mortier -,
puis viennent deux artistes occupés, l'un à peindre, l'autre probablement à décalquer, tandis que leurs camarades leur apportent, qui des godets remplis de couleurs, qui un carton prêt à être appliqué sur la paroi. A l'extrémité droite de la composition, nous assistons à l'opération de la piqûre du carton.
Vasari nous apprend que Jean d'Udine fut chargé de surveiller l'exécution des grotesques et celle des stucs. Cette surveillance n'excluait très certainement pas l'intervention de Raphaël, dont le goût supérieur éclate dans plus d'un ornement.
A la décoration du Vatican se rattachent deux autres cvcles de fresques, dont Raphaël a fourni le dessin, si toutefois il n'a pas traduit lui-même ses compositions en peinture. La salle des Palefreniers du pape contient aujourd'hui encore les ligures du Christ et des apôtres dont elle a été ornée sous la direction de l'Urbinate. (Peut-être est-ce à cet ouvrage que se rapporte la mention de payement suivante : iSiy, i" juillet : « E piû a di primo di Luglio, ali gioveni di Raphaello da Urbino, che hanno dipinta la stanza avanti la guardaroba, duc. 20. » Archives d'Etat de Rome.) Mais ces fresques, en camaïeu vert, ont été tellement retouchées par Taddeo Zucchero, à la tin du seizième siècle, qu'il est impossible d'y reconnaître, non seulement la main, mais encore la pensée du maître. Heureusement, le burin de Marc-Antoine nous a conservé les compositions primitives : ses gravures nous montrent que, par la vigueur et la netteté de la caractéristique, les apôtres de Raphaël formaient le digne pendant de ceux de Durer; comme ces derniers, ils étaient faits pour parler à la foule, et pour rétablir entre l'artiste et la nation ce courant de sympathie si brusquement interrompu par la Renaissance.
Les autres fresques furent commandées non par le pape, mais par son tout-puissant ministre, le cardinal Bibbiena. Elles étaient destinées à orner une chambre de bain, une stufetta, située au troisième étage du palais, près des Loges. Nous possédons sur cet ouvrage une lettre intéressante adressée par Bembo à Bibbiena, le 19 avril i5i6 : « J'en étais là de ma lettre, "écrit-il, quand voici Raphaël qui entre. Il semble avoir deviné que je vous parlais de lui. Il me prie d'ajouter ceci : Faites-lui connaître les autres sujets que vous désirez faire peindre dans votre chambre de bain; envoyez-lui-en la description, car les sujets déjà désignés doivent être mis en œuvre cette semaine. »