LA CHAMBRE DE BAIN DE BIBBIENA
Dans le choix de ces sujets, Bibbiena s'est beaucoup plus souvenu de son rôle d'humaniste que de son rôle de prince de l'Église. L'Histoire de Vénus et de Cupidon, tel est le thème qu'il chargea Raphaël de développer. L'artiste représenta, en sept grands tableaux, la Naissance de Vénus, — J'émis et l'Amour assis sur des dauphins, — Vénus blessée se
L ' A P O T R E SAINT 13 A R 1 H t) L E M V , SALLE DES PALEFRENIERS, AU VATICAN
(Fac-similé de la gravure de Marc-Antoine.)
plaignant à l'Anwur, — Jupiter et Antiope, — Vénus retirant une épine de son pied, — Vénus et Adonis, — Vulcain et Pallas\ A ces tableaux correspondaient, en autant de petits compartiments, les Triomphes de l'Amour. Nous y voyons Cupidon debout sur un char qui est traîné tantôt par des dauphins, tantôt par des cygnes, ou des tortues, ou des escargots. La plus originale, sinon la plus gracieuse de ces compo-
I. Cette dernière composition est si imparfaite, que, d'après Passavant (t. II, p. 23i),elle nç peut provenir que de la main d'un des plus faibles élèves de Raphaël,
sitions, est celle où l'Amour, debout dans une petite cuve à roues, dirige au moyen d'une branche de palmier les deux serpents attelés au véhicule.
Les peintures de la chambre de bain de Bibbiena sont peut-être, de toutes les œuvres de Raphaël, celles qui se rapprochent le plus des modèles antiques. On se croirait transporté dans quelque intérieur pompéien : la grâce et la légèreté ne sont pas moindres. Ce n'est plus l'ornementation si touffue, mais aussi si vivante, des Loges; un goût plus sévère a présidé au choix des motifs; la symétrie surtout y est absolue; des vues d'architecture, des grecques, des camées, alternent avec les oiseaux ou les fîeurs, et se détachent comme ces derniers sur un fond tantôt rouge, tantôt noir.
La chambre de bain de Bibbiena existe encore. Mais, ouvert aux visiteurs jusque vers le milieu de ce siècle, ce sanctuaire de l'art est, depuis une trentaine d'années, absolument soustrait à la légitime curiosité des artistes et des amateurs. La rigueur de cette consigne se comprend : d'après un renseignement auquel nous avons lieu d'ajouter foi, la voûte est aujourd'hui couverte d'un badigeon, les fresques des parois cachées derrière une cloison'. Comment flétrir un pareil acte de vandalisme, commis en plein dix-neuvième siècle! On en est réduit à étudier les compositions principales dans les copies anciennes qui, d'une villa située sur le Palatin, sont entrées au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.
La décoration du Vatican et la direction des travaux de Saint-Pierre suffisaient pour absorber le plus infatigable des artistes. Mais Léon X, dont les exigences croissaient en raison même des efforts de Raphaël, lui demanda de diriger également la décoration de sa villa favorite, la Magliana, située à peu de distance de Rome. Cet édifice, qui joue un si grand rôle dans la vie de Léon X, remontait à Innocent VIII (1484- 1492); mais Jules II lui donna un si grand développement, qu'on peut presque le considérer comme sa création-. Aujourd'hui encore, ses armoiries, mêlées à celles de son favori, le cardinal Alidosio, ornent plusieurs salles. C'est de son règne également que datent une partie des peintures de la Magliana, et notamment les Muses, depuis peu transportées au Capitole : on s'accorde à les attribuer à un condisciple de Raphaël, l'csté plus fidèle que lui à la tradition ombrienne, le Spagna.
1. Pnur d'autres dclails voyez le Capitan Fracassa, de Rome, 28 mars 1S8.S.
2. \'o^•ez GiîUNKiî et Pi.atner, I Frcschi nclla cappella dalla villa Mai^liana.
Michel-Ange de peindre, pour la chapelle de la Magliana, le Baptême du Chrisl. Ce fait intéressant nous est révélé par la publication récemment entreprise par M. Daelli '. La mort d'Alidosio n'arrêta pas les construc-