LE CARDINAL JEAN DE MEDICIS A LA BATAILLE DE RAVENNE
(Bordures des tapisseries.)
chapelle Sixtine et aurait formé « comme le dernier chant d'un poème mystique, qui se termine par la glorification de la Sainte Trinité ».
Malgré notre déférence pour l'historien de Raphaël, nous ne saurions sur ce point accepter sa théorie. Raphaël, et ce fait est hors de doute, a exécuté une esquisse représentant le Couj'onnement de la Vierge, esquisse qui est aujourd'hui conservée dans les galeries de l'Université d'Oxford, et dont nous donnons ci-contre le fac-similé. En outre, la présence, sur la tapisserie, de saint Jean et de saint Jérôme avec son liouj est une allusion au nom de baptême de Léon X (Jean de Médicis) et au nom qu'il prit en montant sur le trône pontifical. Mais ces arguments sont les seuls qui plaident en faveur de l'opinion soutenue par Passavant. Si Léon X a commandé le carton, il est certain que la tapisserie elle-même n'est entrée au Vatican que longtemps après sa mort, sous le règne de Paul III, dont les armoiries sont tissées dans la pièce.
I. Voyez la Galette des Beaux-Arts, 1873, t. II, pp. 82 et suiv.
Elle fut offerte à ce pape par le cardinal de Liège, Évrard de la iMarck, promu au cardinalat le 9 août 1620 et mort en lôSy. Il est possible que ce prélat, ayant trouvé à Bruxelles le carton, resté sans destination par suite de la mort de Léon X, l'ait fait tisser pour l'offrir à son successeur, Paul IIL Un inventaire, en date du 23 avril i555, nous, dit en effet formellement que ce dernier pape reçut en don, du cardinal de Liège, une tapisserie représentant Notre-Dame, saint Jean-Baptiste et saint Jérôme. Cette pièce est évidemment identique à celle dont nous nous occupons. Ajoutons que, dans les inventaires de la fin du seizième et du commencement du dix-septième siècle, le Couronnement de la Vierge ne figure jamais en compagnie des Actes des apôtres, dont, au dire de Passavant, il aurait formé le complément. On le trouve toujours dans une catégorie à part, renfermant trois autres pièces, la Nativité (avec saint Jean, saint Jérôme et le pape Léon), la Vierge (avec sainte Catherine), la Visitation (avec la Nativité). Ce ne fut qu'au siècle dernier qu'il fut placé, à titre provisoire, dans la chapelle Sixtine, où il alternait sur l'autel avec d'autres tentures'.
En résumé, il est probable que Raphaël a composé, sur l'ordre de Léon X, l'esquisse du Couronnement , comme il a composé les esquisses de quelques-unes des Scènes de la vie du Christ. Mais la mort l'aura empêché de mettre la main au carton proprement dit, qui est sans doute l'œuvre d'un de ses élèves. La mort du pape, arrivée dix-huit mois plus tard, a très certainement occasionné une nouvelle suspension du travail. Le carton, envoyé à Bruxelles, sera resté en souffrance jusqu'au moment où le cardinal de Liège, pour faire sa cour à Paul III, donna l'ordre d'achever la tapisserie.
Le Couronnemejit de la l'ierge comprend treize figures. Au sommet de la composition, on voit Dieu le Père, entouré de quatre chérubins; au centre, une colombe, symbolisant le Saint-Esprit; puis la Vierge et le Christ, placés entre deux anges; en bas, enfin, deux autres anges, saint Jean-Baptiste et saint Jérôme avec son lion. Les bordures, à fond d'or, sont ornées de fleurs, de fruits, d'oiseaux, de sirènes et de ■génies de petite dimension. Elles ont évidemment été exécutées sur des dessins d'origine flamande.
Le succès des Actes des apôtres décida Léon X a commander cà son •artiste favori les cartons d'une autre suite de tapisseries représentant
I. Voyez Taja, Descvi'^ionc dcl pala^^o apostolico Vaticano; Rome, ijSo, p. G5.