LES SCÈNES DE LA VIE DU CHRIST
la Vie du Christ, ou plus exactement les Scènes de l'enfance et de la mort du Christ. C'est à tort que Passavant et d'autres auteurs ont voulu faire honneur de cette commande à François I". Le monarque français offrit, il est vrai, au Saint-Siège une tapisserie d'une haute valeur, mais cette tapisserie représentait la Sainte Cène, d'après Léonard de Vinci, et non la Vie du Christ; en outre, elle ne fut pas offerte à Léon X, mais bien à Clément VIL Des documents authentiques nous prouvent que le pape destina cette seconde suite, connue sous le nom de Ara:['^i délia Scuola nuova, et composée de douze pièces, à la salle servant aux consistoires, et qu'il en supporta seul les frais. Un splendide trône pontifical et un immense lit de parade, également en tapisserie, complétaient la décoration de la salle.
Voici, avant d'aller plus loin, l'indication des sujets de la tapisserie principale :
1" La Nativité. — 2" L'Adoration des Mages. — • 3° La Présentation au Temple. — 4-6° Le Massacre des Innocents (trois pièces). — 7" La Descente aux limbes. — 8" La Résurrection. — 9° L'Apparition du Christ à Madeleine. — 10" La Cène d'Emmaïis. — 11" L'Ascension. — 12° La Descente du Saint-Esprit.
Toutes ces pièces, à l'exception de la Descente au.x limbes, existent encore au Vatican. Elles sont accompagnées d'une tenture qui représente les Trois Vertus théologales, et qui formait à l'origine le dossier du trône pontifical.
Dès l'abord on est frappé de la différence qui existe entre cette série et les Actes des apôtres. On a de la peine à croire que l'une et l'autre proviennent de la même main, qu'une inspiration commune ait présidé à l'exécution de toutes les deux. La grossièreté du dessin, la laideur souvent repoussante des types, la vulgarité ou la lourdeur des parties accessoires, semblent trahir une origine flamande plutôt qu'italienne. Et cependant un examen approfondi fait découvrir çà et là un motif, un air de tète, un bout de draperie qui rappellent le peintre des Stances et des Loges. Involontairement, l'esprit se livre à un travail d'élimination et de restitution, et l'on arrive peu à peu à dégager la pensée première du divin maitre de la masse de défauts qui la voilent ou la défigurent.
Raphaël, et sur ce point le doute ne paraît guère possible, a commencé dans les dernières années de sa vie les travaux préparatoires pour les Scènes de la pie du Christ. De nombreux dessins, dispersés en tous lieux, témoignent de la part qu'il a prise à l'exécution de cette série.
Mais il mourut avant d'avoir pu mener à fin une entreprise si conside'rable, peut-être même avant d'avoir eu le temps d'exécuter un seul carton. Surpris par la mort du maître, Léon X chargea ses élèves de continuer et de compléter l'œuvre si brusquement interrompue. Il fit rechercher ses esquisses, et les tapisseries sont là pour nous montrer avec quel soin elles furent utilisées. Mais il y avait des compositions entières pour lesquelles Raphaël n'avait pas laissé la moindre étude. Ses successeurs se virent donc obligés d'ajouter beaucoup de leur chef. Passe encore lorsque cette tâche incombait à un artiste de la valeur de Jules Romain. Mais Raphaël continué par quelque peintre italien du dernier ordre, tel que Thomas Vincidor de Bologne, ou quelque Flamand étranger aux principes de la Renaissance, voilà qui passe toute mesure. Est-il surprenant, après Texplication qui vient d'être tentée, que les Scèiies de la vie du Christ offrent des inégalités, des imperfections si grandes !
Léon X n'assista pas à l'achèvement des Scènes de la rie du Christ. D'après le document récemment découvert dans les Archives du Capitole par M. A. Bertolotti, l'une des pièces, la iWatirité {pcm-èuc même toute la suite), ne fut livrée qu'en i53o ou i53i. Les experts chargés de l'examiner louent la perfection de la main-d'œuvre, et déclarent les Scènes de la vie du Christ supérieures à VHistoire de saint Pierre et de saint Paul (les Actes des apôtres). Clément VII, auquel la nouvelle série avait coûté une vingtaine de mille ducats, fut sans doute du même avis : la décadence avait marché si vite depuis une dizaine d'années! Mais Léon X, ce juge délicat, se serait certainement récrié en voyant les idées de son Raphaël complétées et interprétées de cette façon.
On attribue d'ordinaire à Raphaël l'invention d'une autre suite de tapisseries, également commandée par Léon X, les Amours jouant, ou, comme on les appelle quelquefois, les Giuochi di pntti, les Jeux d'enfants. Ajoutons toutefois que Vasari fait honneur de la série à Jean d'Udine.
Les Amours jouant offrent tous une disposition uniforme, trois guirlandes de fruits et de ifeurs, l'une suspendue horizontalement, les deux autres dans le sens vertical; ils représentent les jeux d'enfants ailés qui se livrent à tous les divertissements imaginables, luttant les uns avec les autres, se parant de sceptres et de couronnes, pourchassant des oiseaux, etc., etc. La fantaisie la plus exubérante s'y allie à un sen-